Bureau individuel, à bas les privilèges ?

Dans une époque du “Tous pareils”, faut-il encore garder quelques attributs du pouvoir ? Dans ce contexte, le bureau individuel pour les cadres supérieurs et dirigeants est-il vraiment indispensable ? Ce débat, qui semble d’une autre époque, est loin d’être passé de mode. En privé, les opinions divergent.

Les inconditionnels

Incontestablement l’accession à un bureau privé est le résultat d’une carrière réussie. Après une série d’épreuves exigeant, entre autres du sang-froid et de la persévérance, un peu d’intimité et de confidentialité est accordée au récipiendaire. Mais contrairement aux idées reçues, le passage du seuil ne se fait pas comme un Consul aux portes de Rome, comme certains aimeraient le croire, mais il est plutôt vécu comme une rupture de convivialité avec ses anciens pairs. Désormais, la solitude guette son pensionnaire, enfermé entre ces quatre murs d’intimité.

Les psychosociaux

Certains n’admettent pas cette rupture et prônent au contraire le partage d’expériences, la proximité voire le nomadisme. Ils abhorrent les attributs du pouvoir et recherchent des relations plus humaines dans l’organisation. Pourquoi pas ?

La réalité

Une nomination à un poste de responsable est loin d’être neutre. Elle engage la responsabilité du titulaire qui appartient soudainement à une hiérarchie qu’elle soit subalterne ou supérieure. Une distance se met naturellement en place qui ne disparaîtra jamais. Il va falloir vivre avec. Cette différence doit être assumée, parce que plus on monte dans la hiérarchie plus les attributs du pouvoir deviennent importants et les décisions prises impactent l’ensemble de l’organisation. Lors de moments décisifs beaucoup de réflexions et de confidentialité sont nécessaires, porte fermée, hors des bruits de couloir.

Bernard Radon

Bernard Radon

Certains considèrent les organisations publiques et privées comme un lieu de tragédie face à un management peu enclin à la compassion. D’autres sans doute plus cyniques, y voient surtout une représentation d’opérette où se pâment galons dorés et fourreaux de soie, dans l'imbroglio de relations humaines. C’est autour de ces visions paradoxales que le combat des acteurs pour leur survie se cristallise dans cet univers intentionnel, égoïste et myope. Ce blog veut décrypter ces liens humains et inhumains qui relient toutes ces relations complexes où effectivement stratégie rime avec tragédie et donner quelques pistes à ceux (petits et grands) qui les vivent au quotidien. Bernard Radon N°1 du coaching de managers en Suisse romande.

6 réponses à “Bureau individuel, à bas les privilèges ?

  1. Sujet d’actualité s’il en est, dans un monde où les différences de statut se mesurent de moins en moins à l’aune des possessions (la route est toujours longue). Il convient de s’interroger sur l’origine du bureau pour en comprendre l’avenir : est-ce une récompense statutaire ou l’offre d’un espace de confort auquel tous n’ont pas droit ? Dans les deux cas il s’agit d’une représentation hiérarchique, mais le second est plus virtuel. Notre société vit cette contradiction du “tout pareil” et de la reconnaissance de toutes les différences. Il convient d’après moi de sortir des schémas passés pour affirmer sa position différemment, reconnaissant et valorisant les compétences et les forces de tous. Partant, il serait dommage de résumer ce progrès que nous pouvons faire à sa ressemblance avec quelques théories sociales égalitaires qui n’ont su prouver que leur incapacité à nous rendre heureux. Et si le bureau découlait du mérite des compétences bien utilisées, certains seraient assis sur un tabouret dans l’espace privatif d’un placard. Bureau, morne concept, expression de nos limites.

    1. Tout dépend des lunettes que vous voulez utiliser. D’un point de vue des sciences sociales (Bourdieu par exemple), vous avez entièrement raison ; d’un point de vue plus fonctionnaliste, sans doute un peu moins. Maintenant, au regard de l’Histoire, je commence à douter : Louis XIV a eu son château de Versailles, les Conseillers fédéraux ont leur Palais fédéral et les Conseillers d’Etat, toujours leurs châteaux. Je ne pense pas que ces attributs du pouvoir sont prêts à tomber. Heureusement. Alors, je ne changerai pas le monde.

  2. Il y a deux genres d’« open space » ; le très grand qui ne pose pas de problème, car les voix restent ou deviennent anonymes et inaudibles, à ceux qui ne tendent pas l’oreille, et il y a le petit « open space » qui est à mon avis une atteinte à la dignité ou presque. En Suisse, heureusement il y a des règles de superficies par personne mais à Londres par exemple ils démontent certaines fois des armoires pour placer un bureau de plus dans l’open space.

    Le bureau individuel, dans le private banking par exemple est meilleur pour le rendement, car le client n’est censé entendre au téléphone, à part la voix de son interlocuteur, que le bruit de la chute d’un stylo lourd sur un sous-main en cuire. Il ne s’agit pas d’une théorie égalitaire à mettre en place partout, mais d’une étude de l’efficacité qui s’impose chaque fois que la question se pose.

  3. Il y a encore quelques années en tant que Manager, je trouvais le concept de bureau individuel assez désuet et d’un autre temps. Un graal que certains cherchaient à atteindre pour exister ou se différencier ou encore marquer la distance hiérarchique.
    J’ai pratiqué les deux en tant que manager.
    Open Space : proximité, à l’écoute, au courant de tout, capacite de décision rapide, distance hiérarchique moins marquée.
    Bureau fermé : et bien non ce n’est pas l’exact inverse de l’open space. On peut garder la proximité, l’écoute, la décision rapide. Tout dépend de son style managérial et de sa personalité.
    Je ne suis pas attaché à un bureau séparé. Je mesure néanmoins aujourd’hui sur des fonctions de direction exigeantes sa nécessité pour la confidentialité des échanges (80% des échanges que j’ai), ou pour les moments de réflexion sur des sujets sensibles qui exigent calme et solitude bien souvent.
    La solitude du manager n’est pas une légende. Et je découvre qu’il ne faut pas la combattre, mais plutôt l’utiliser. Pour mieux décider.

    1. Merci pour ce commentaire qui vient directement de votre pratique. J’aime bien l’idée que le bureau fermé n’est pas le contraire de l’open space. Finalement d’après ce que vous dites, tout dépend du manager et de sa gouvernance.

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