Les bus au cœur de la cohésion sociale

Article paru dans l’édition 2018-17 du journal du Syndicat du personnel des transports

Lorsque Jeremy Corbyn, leader du parti travailliste du Royaume-Uni, s’apprête à prendre la parole, l’été dernier, pour une séance de questions à Theresa May, cheffe du gouvernement, personne n’imagine qu’il va poser une série de questions sur les bus. Oui, sur les bus, sur ces transports publics de la proximité. Ricanements au sein de la Chambre : comment un sujet aussi dérisoire et anecdotique mériterait-il d’être débattu au Parlement du pays ?

Pourtant, Corbyn touche au plus juste. Les prestations de transport par bus sont aujourd’hui catastrophiques à travers le pays : cadences minimales, retards fréquents, matériel vétuste, sous-capacité.

Il est admis que la privatisation et la dérégulation du rail britannique a gravement détérioré la qualité du service et le niveau de sécurité. On sait moins qu’il en va de même des lignes de bus qui ont aussi subi, dans les années 1980, une vague de libéralisation. Le modèle de sociétés publiques exploitant un réseau déterminé par les autorités a laissé place à une concurrence entre entreprises pour les lignes les plus profitables. Quant aux communes qui souhaitent subventionner le transport là où il n’est pas rentable, elles n’ont plus pour interlocuteur qu’un immense acteur privé en situation de quasi-monopole régional… En 2016 encore, la droite vote une loi interdisant aux collectivités locales d’exploiter elles-mêmes un service de bus !

Le délabrement des bus au Royaume-Uni est un problème social et économique. Pour qui n’a pas de voiture, c’est une menace pour l’accès à l’emploi, à l’école, à la santé, à la culture. Sans parler des effets désastreux sur l’environnement que provoque le recours accru aux véhicules individuels.

Plus récemment, en France, les « gilets jaunes » manifestaient aussi contre la faiblesse des transports publics locaux qui met leur pouvoir d’achat à la merci de la hausse du prix des carburants. Ils placent ainsi à l’agenda un sujet souvent laissé de côté dans le débat politique national, où l’on parle plus volontiers de TGV que de bus régionaux.

Aujourd’hui, la Suisse brille par contraste. La densité de desserte y est exceptionnelle, et la mobilité du quotidien occupe une place importante dans les discussions médiatiques et parlementaires. Et pourtant, ici aussi, quelques acharnés de la libéralisation travaillent à saper le modèle. Les exemples internationaux le montrent : leur résister est une tâche de salut public !

Benoît Gaillard

Benoît Gaillard

Qu'est-ce qui nous réunit? Comment réaliser la solidarité aujourd'hui? De quelles règles avons-nous besoin? Benoît Gaillard défend et illustra la puissance du collectif dans un environnement marqué par l'individualisme et la mondialisation. Il est conseiller communal socialiste à Lausanne.

4 réponses à “Les bus au cœur de la cohésion sociale

      1. Oui, il me semble que l’objectif depuis Tatcher est moins de “privatiser”, au profit de compagnies privées, que de favoriser la vente de véhicules et surtout, de concentrer la population dans de plus grandes zones économiques, ce qui favorise aussi la hausse des loyers dans ces centres.
        Ce me semble aussi le cas pour la France.

        1. Je ne crois pas que de vraies mesures d’aménagement du territoire destinées à favoriser le peuplement des zones urbaines soient venues accompagner ce qui a bien été une privatisation des compagnies de bus. Mais je suis ouvert à ce qu’on me montre le contraire… Quant aux prix dans les centres, je ne crois pas qu’ils aient eu besoin de ça pour prendre l’ascenseur. Dans les pays connaissant de meilleures dessertes en transports publics, la tendance est la même.

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