Voulez-vous vous faire ubériser?

Marre d’attendre votre électricien toujours en retard?

Marre des heures de travail facturées à des prix prohibitifs?

Marre de ne pas trouver d’installateur qui se déplace après 19h?

Marre de devoir faire appel à un professionnel certifié pour contrôler vos installations ou raccorder une nouvelle chaudière?

Avec e-lectricien.ch et son application pour smartphone disponible sur l’App Store et Google Play, c’est fini! En quelques clics, nous nous assurons de faire venir chez vous quelqu’un qui règle votre problème.

Avec e-lectricien, fini les complications: Pas de CFC, pas d’autorisation selon l’ordonnance fédérale sur les installations à basse tension, pas d’enregistrement de l’horaire de travail, pas de salaire conforme à la convention collective. Simplement un pool d’intervenants débrouillards et capables, contre une modique rémunération, de résoudre votre problème!

Avec e-lectricien, vous avez enfin ce qu’il vous faut et rien de plus: un type qui vient chez vous régler votre problème pour pas cher. 

Evidemment, cette publicité est légèrement caricaturale. Par ailleurs, à ma connaissance, elle est (encore) fictive. Mais si je sors ce blog d’une pause trop longue due aux élections communales pour vous la soumettre, c’est parce qu’elle peut, je crois, aider à réfléchir. Le problème principal dans la construction de la problématique Uber dans le discours public d’aujourd’hui réside dans une confusion, voulue par les uns, entretenue par les autres, entre deux types d’« innovations » apportées par cette nouvelle offre:

  • D’une part, l’application systématique et, il faut le dire, fort bien réalisée, au transport de personnes d’une série de nouveaux moyens de communications qui facilitent la commande d’un véhicule, l’estimation du temps de parcours et du prix, la facturation, la circulation, etc.
  • D’autre part, le mépris pur et simple de lois en vigueur, qui prévoient que les chauffeurs de taxis enregistrent leur temps de circulation pour éviter qu’ils ne roulent trop longtemps de suite (pour des motifs de sécurité routière évidemment), qu’ils disposent d’un permis de conduire spécifique (là également, pour assurer la sécurité de la route et des passagers), qu’une autorisation leur soit octroyée (ce qui permet au passage, par exemple, de vérifier leurs antécédents judiciaires par exemple ou qu’ils disposent d’une assurance adéquate).

Il est possible qu’Uber pose de bonnes questions, y compris sur la deuxième série de facteurs évoqués ci-dessus. Certaines normes sont-elles obsolètes? Faut-il faciliter l’accès à certains secteurs d’activité, abaisses les exigences d’admission à certaines professions? Quel équilibre souhaitons-nous entre la sécurité à long terme et le bas prix des prestations? Débattons-en: nous savons tous comment certaines instances officielles peuvent parfois faire preuve de zèle dans l’application de règlements, voire parfois créer des contraintes de toutes pièces. Débattons-en, donc, mais lucidement et franchement – et non pas dans une forme de transe admirative face à la créativité technologique, qu’elle vienne de Californie ou d’ailleurs.

Et enfin, parlons de salaires: une bonne partie des prix bas d’Uber, en particulier du produit UberPOP, s’explique très simplement. Les chauffeurs en tirent des salaires misérables, d’une dizaine de francs de l’heure – alors que la profession ne se distinguait pas, à la base, par des revenus mirobolants. La flexibilité qui semble aujourd’hui l’exigence maîtresse faite aux salariés montre un autre visage, et se confond avec ce qu’il est convenu d’appeler en Suisse le “dumping salarial” (ou sous-enchère), et qui consiste simplement à payer les gens qui travaillent bien moins cher qu’il n’est d’usage dans la branche et dans la région.

A ce tarif-là, qui veut se faire ubériser?

Benoît Gaillard

Benoît Gaillard

Qu'est-ce qui nous réunit? Comment réaliser la solidarité aujourd'hui? De quelles règles avons-nous besoin? Benoît Gaillard défend et illustra la puissance du collectif dans un environnement marqué par l'individualisme et la mondialisation. Il est conseiller communal socialiste à Lausanne.

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