Sur Netflix, près des deux tiers des séries anglophones n’ont droit qu’à une seule saison

Entre 2013 et 2020, Netflix a initié pas moins de 97 séries originales anglophones, sans compter celles encore en cours de production. Qu’il s’agisse de créations internes ou de reprises de séries lancées par d’autres diffuseurs, ce volume conséquent permet de dresser un premier bilan de la politique éditoriale de la multinationale américaine. Et les chiffres sont édifiants : en quelques années, la promesse de laisser à ses auteurs le temps de prendre leurs marques a été complètement balayée.

En près d’une décennie, Netflix a eu le temps de produire 83 séries américaines, 6 séries britanniques, ainsi que 8 séries canadiennes, sud-africaines, australiennes, allemandes ou espagnoles (Fig. 1). S’y ajoute un grand nombre de séries non anglophones dont ne tient pas compte le présent bilan.

Figure 1 : Nombre de séries par nationalité

Il s’agit pour l’essentiel de drames (40) et de comédies (33), auxquels s’adjoignent 19 miniséries et 5 anthologies (Fig. 2). Ces deux dernières valeurs confortent une tendance observée par Cyril Béghin dès 2018, qui consiste à « juguler les durées, tout en conservant les segmentations, à travers la multiplication des miniséries et des anthologies [1] ».

Figure 2 : Nombre de séries par type

La répartition se révèle cependant beaucoup plus déséquilibrée quand on s’intéresse au nombre de saisons que comptent les séries de Netflix (Fig. 3).

Figure 3 : Nombre de saisons par série

Extrêmement rares sont les heureuses élues à aller au-delà de 3 saisons. En effet, 93 % des séries de Netflix s’interrompent avant d’accéder à une quatrième saison. Orange Is the New Black (7 saisons) et House of Cards (6 saisons) demeurent à ce jour les séries les plus durables du service de SVOD. La première sera bientôt rejointe par Grace and Frankie, dont la septième et dernière saison sera prochainement mise en ligne.

A contrario, près des deux tiers (58 %) des séries lancées par Netflix sont stoppées au terme de leur première saison. L’entreprise californienne a certes attendu le 14 septembre 2016 pour annuler sa première série originale (Bloodline, après 3 saisons), mais les quatre années qui ont suivi ont vu la tendance s’inverser de façon radicale, signe que Netflix est entré dans une ère de contraction et de renouvellement accéléré de sa production sérielle.

Si le leader mondial du marché du streaming a pu apparaître, aux yeux de certains professionnels de l’audiovisuel en mal de financements, comme un « eldorado », ils sont désormais prévenus : à de rares exceptions près, l’idylle se révèle de courte durée. Les blagues les plus courtes sont-elles (toujours) les meilleures ?


[1] Béghin Cyril, « Au temps du binge », Cahiers du cinéma, n° 750, décembre 2018, p. 29.

Benjamin Campion

Benjamin Campion est enseignant-chercheur en études cinématographiques et audiovisuelles. Il travaille sur l’histoire, l’économie et l’esthétique des séries télévisées, la censure cinématographique et télévisuelle, ainsi que les liens entre cinéma et nouvelles images.

Une réponse à “Sur Netflix, près des deux tiers des séries anglophones n’ont droit qu’à une seule saison

  1. Evolution normale. Netflix est une machine a cash. Quand un produit ne plait pas, on le retire des rayons ! C’est comme les comédies musicales a Broadway. 12 créations a chaque saison (hors Covid !), 2 qui durent. It’s the economy, stupid !

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