Sole, une ode au cinéma comme premier film

Un « drame néoréaliste » pour raconter l’histoire d’un jeune homme un peu paumé, voyou sur les bords, et d’une mère porteuse. Le cinéaste italien Carlo Sironi raconte dans son premier film, Sole, débarqué dans les salles françaises le 9 septembre dernier, une Italie sans avenir, un couple désireux de devenir parents, leur neveu devant se faire passer pour le futur père pour des raisons administratives, et cette jeune polonaise arrivée enceinte dans la péninsule. Le film affronte des thèmes comme la GPA et la paternité sans parti pris, sans jugement, mettant toujours le cinéma à la première place.

 

Le réalisateur de Sole, Carlo Sironi, à la mostra du cinéma de Venise en 2019

« Sole ne veut pas montrer la réalité telle qu’elle est, confie le réalisateur romain de 37 ans. Ce n’est pas le rôle du cinéma. Il veut la montrer à travers le filtre cinématographique. Avec l’abstraction des couleurs et des images, j’ai voulu transformer la réalité. Simplement la reproduire grâce à la technique est facile. » Carlo Sironi revient de deux semaines de promotion en France. La crise sanitaire a réduit le nombre d’avant-premières et de premières prévues dans l’hexagone. Sorti en Italie en octobre 2019, le film poursuit ainsi sa distribution l’ayant vu primé à Venise, lors de la Biennale de l’an dernier, ou encore passé par la Berlinale de ce début d’année.

Le cinéaste est satisfait autant que surpris par l’accueil en France, où « les spectateurs semblent plus habitués qu’en Italie au genre du film, à son langage et à son récit particulier, poursuit-il. Peut-être grâce à une majeure distribution du genre » chez le voisin français. La pellicule est laconique, elle laisse énormément de place au spectateur, mis lui aussi à contribution. « Le langage de mon film est classique et simple, détaille Carlo Sironi. Il laisse beaucoup de place à l’émotion, il ne veut pas accompagner le spectateur, que je considère divinatoire. Celui-ci peut imaginer ce qui se passe sans avoir besoin d’un pilote automatique. C’est là l’un des pouvoirs du cinéma. » Bien qu’aux commandes de son premier long-métrage, Carlo Sironi fait preuve d’une maîtrise de l’écriture, de la photographie, de la mise en scène et de la réalisation.

 

Les acteurs Claudio Segaluscio et Sandra Drzymalska dans Sole, de Carlo Sironi

« La pureté de Sole est le signe qu’il y a encore qui croit dans le cinéma et non dans le marketing », écrivait d’ailleurs l’hebdomadaire L’Espresso à l’occasion de la sortie italienne. Et pousse le spectateur à s’interroger. « J’ai voulu affronter toutes les questions morales que posent les problématiques de la paternité et de la GPA, explique encore Carlo Sironi. Un homme n’étant pas le père biologique peut-il tout de même le devenir ? La mère porteuse peut-elle changer d’idée ? L’enfant se sentira-t-il mieux avec des parents désireux de l’élever mais ayant payer pour l’avoir ? » Le « néo-réalisme » remarqué par Le Nouvel Obs est peut-être à rechercher dans ces questionnements.