L’embarrassant partenariat de l’ONU avec le Forum de Davos

Le 13 juin dernier, le Secrétaire général de l’ONU Antonio Guterres et le Président du Forum économique mondial (WEF) Klaus Schwab ont signé un partenariat pour «accélérer la mise en œuvre de l’agenda 2030 pour le développement durable». L’alliance, faite en toute discrétion, est pour le moins controversée.

Long de quatre pages, l’accord entre l’ONU et le WEF regorge d’objectifs aussi ambitieux que déclamatoires. Y sont réunis tous les ingrédients pour un monde heureux et égalitaire: climat, égalité des genres, santé, éducation… Pourtant, aussi grandiloquent qu’il soit, le texte semble embarrasser l’ONU. L’organisation n’a même pas pris la peine de le publier sur son site internet.

En fait, ce partenariat aurait presque pu passer complètement inaperçu s’il n’avait pas été récemment dénoncé dans une lettre cosignée par près de 400 ONG – dont Public Eye (anciennement Déclaration de Berne). Adressée à Antonio Guterres, la missive demande à l’ONU de purement et simplement mettre fin à cette collaboration jugée «fondamentalement contraire à la Charte des Nations Unies». Les ONG voient d’un très mauvais œil la soudaine place de choix accordée aux multinationales du WEF dans le processus décisionnel onusien. Elles considèrent que cet accord remet en question le fondement même du fonctionnement démocratique des Nations Unies.

Formalisation écrite du lobbyisme du WEF

Des raisons de s’inquiéter pour la bonne santé démocratique onusienne, il y en a effectivement un certain nombre lorsque l’on se penche sur les quatre pages de ce «cadre de partenariat stratégique». Le texte stipule d’emblée que les deux institutions s’aideront mutuellement à «accroître leur rayonnement, à partager des réseaux, des communautés, des connaissances et des compétences». Et ce n’est que le début.

Cette formalisation écrite du lobbyisme que pourra exercer le WEF au Palais des Nations devient en effet de plus en plus décomplexée au fur et à mesure des pages. On y apprend par exemple que le club de Davos et l’ONU pourront utiliser leurs plateformes de communication respectives afin d’accroître la visibilité des thèmes sur lesquels ils se sont mis d’accord. Le point d’orgue se trouve peut-être dans l’un des derniers paragraphes, qui laisse la possibilité d’une «planification prévisionnelle et avancée pour une coopération et un impact plus efficaces».

Du «Bluewashing»

S’il est difficile de dire à quel point ce partenariat permettra aux multinationales d’influencer les décideurs onusiens sur les mesures qui les concernent directement – le texte reste malgré tout assez vague – il leur fournit dans tous les cas une opportunité unique d’embellir leur image auprès du grand public. C’est ce que Public Eye appelle le «Bluewashing»: derrière une communication humaniste amplifiée et légitimée par des partenariats avec les Nations Unies, les multinationales ont l’occasion de détourner du débat public les sujets sur lesquels elles ont un peu moins de quoi se gargariser (extraction de minerais, pompage d’eau, pesticide et autres performances peu compatibles avec les droits humains).

Il serait néanmoins naïf de penser que les membres du WEF se contenteront d’embellir leur image à travers ce rapprochement avec l’ONU. Comme le rappelle Public Eye, le Forum de Davos avait établi il y a déjà une dizaine d’années une stratégie visant à réformer la gouvernance mondiale. Nommé Global Redesign Initiative, ce modèle de gouvernance dit de «multipartite» est décrit dans un document de 600 pages plaidant en faveur d’une intégration encore plus importante des entreprises privées au sein du système onusien. Le partenariat signé le 13 juin peut en ce sens être vu comme un aboutissement.

La légitimité des Nation Unies en question

Alors que les Nations Unies souffrent des coupes budgétaires infligées par les Etats-Unis et que la méfiance envers les élites mondiales et économiques grandit un peu partout dans le monde, ce partenariat avec le Forum de Davos risque de saper encore un peu plus la légitimité de l’ONU auprès du public. C’est certainement pour cette raison que l’administration d’Antonio Guterres est si peu bavarde à propos de cet accord. Seulement, cela ne fait qu’amplifier l’impression que le multilatéralisme se fait de façon opaque par une poignées de privilégiés. Ce n’est pas ce qui apaisera les âmes révoltées.

Antoine Schaub

Antoine Schaub

Réalisant un master en études du développement à l’IHEID, Antoine Schaub est un passionné de journalisme. Il a été corédacteur en chef du journal des étudiants de Lausanne et écrit régulièrement pour le satirique numérique La Torche 2.0. A travers ce blog, Antoine partage, avec ses mots, ses réflexions et ses analyses sur l’actualité internationale.

3 réponses à “L’embarrassant partenariat de l’ONU avec le Forum de Davos

  1. L’ONU a toujours été une tentative démocratico-idéaliste de marier la carpe et le lapin, soit disant pour éviter des guerres (selon S.D.N).
    Perdant son principal bailleur de fond, les US, il cherche ailleurs, soit au même creuset.
    Les chinois sont sûrement prêts à ouvrir les cordons de la bourse, afin qu’il les favorise comme il a favorisé l’Occident.
    Mais l’ONU évite soigneusement et malgré ses promesses la restructuration de sa bureaucratie obsolète.
    (j’en ai fait les frais, il y a quinze ans à essayer d’optimiser son fonctionnement).
    Bref, à voir les ventes d’armes mondiales, il est sans doute condamné à faire partie de la disparition des espèces… !

  2. En Suisse mais aussi dans la plupart des autres pays, depuis deux générations environ les médias mainstream exaspèrent et lassent systématiquement leurs lecteurs en confondant information et idéologie, si ce n’est bourrage de crâne. Il ne s’agit que d’un prêchi-prêcha pour des “agendas” idéologiques, voulus d’ailleurs par le pouvoir. Agenda européiste: il s’agit de dénigrer en permanence ceux qui s’opposent à la destruction des nations dans une Union Européenne idéologiquement intouchable. du mauvais oeil, Même quand l’UE est manifestement dysfonctionnelle il est interdit de le dire. Agenda féministe: il s’agit de catéchiser en permanence les gens dans un évangile de lutte contre le “patriarcat” qui n’intéresse personne. Agenda climatique, car cette affaire de climat est désormais l’ultime argument du pouvoir pour contrer le sentiment populaire, qui se révolte de plus en plus contre les carcans mondialistes. Agenda mauvais oeil. Etc. Cela devient une langue de bois et cela crée une ambiance irrespirable.

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