Gouverneure Koike bouleverse Tokyo

Avant de devenir gouverneur de Tokyo, Yuriko Koike avait déjà une impressionnante carrière politique à son actif – d’autant plus notable de par son statut de femme dans un environnement encore très masculin et machiste. Elle est surnommée par certains le « papillon de fer » pour avoir voleté de parti en parti avant de rejoindre le Parti Libéral Démocrate (PLD) en 2002, mais également pour son libéralisme économique et pour ses opinions conservatrices, voire nationalistes, concernant la défense nationale et les questions historiques.

Ce n’est cependant pas uniformément une politicienne de droite : Elle a ardemment défendu les droits des femmes dans le monde professionnel, et son intérêt pour les questions écologiques est bien connu – en tant que Ministre de l’Environnement, elle fut en 2005 à l’origine de l’initiative « cool biz » visant à permettre aux employés de bureau japonais de se vêtir plus légèrement en été et en contrepartie à diminuer l’utilisation de l’air conditionné.

 

Une gouverneure déterminée et populaire

Mme Koike est entrée dans la course au gouvernorat de Tokyo sans le soutien de son parti, qui avait nommé un rival comme porte-étendard. Qu’à cela ne tienne, elle a largement triomphé grâce à sa renommée déjà bien établie et à sa capacité à créer des liens avec les citoyens. Elle a gardé son sens de la volonté populaire une fois élue, suspendant par exemple le projet, mal vu par beaucoup, de déplacer le célèbre marché au poisson de Tsukiji hors de son emplacement traditionnel et pittoresque.

Son administration a également convaincu le Comité Olympique International de réduire les coûts montants de Tokyo 2020, et, répondant à la frustration de beaucoup, elle s’est faite l’avocate d’un meilleur équilibre entre vie privée et travail pour les salaryman japonais souvent poussés à dédier leur vie à leur entreprise aux dépens de leur famille. Elle a par exemple interdit aux employés de la ville de rester au bureau le soir jusqu’à des heures déraisonnables.

 

Promesse de grand nettoyage

Avec autant d’initiatives bienvenues moins de trois mois après son élection, il n’est pas surprenant que Mme Koike soit très populaire auprès des habitants de Tokyo. Ce soutien sera-t-il cependant suffisant pour l’emporter en cas d’affrontement avec l’élite politique de la ville ? En effet, elle a choisi comme mission principale de rendre l’administration municipale plus transparente et plus réactive, et de réexaminer son budget pour éliminer les dépenses inutiles ou douteuses – à commencer par son propre salaire qu’elle a promis de diviser par deux.

Ce « grand nettoyage » risque fort de mettre Mme Koike en conflit avec les membres de l’assemblée municipale et autres politiciens de la ville qui risquent de perdre plusieurs avantages dont ils jouissent aujourd’hui (par exemple l’usage de voitures de fonction). De plus, les critiques de la gouverneure envers les coûts élevés et montants des Jeux Olympiques de 2020 sont en partie dirigées contre le copinage entre politiciens, bureaucrates et chefs d’entreprises, notamment dans le domaine de la construction, qui est une spécialité japonaise. Ces arrangements conduisent à des contrats de construction publique surévalués et à des excès d’investissement dans les infrastructures, ce dont le comité de préparation des Jeux est clairement coupable.

 

Un affrontement avec l’établissement inévitable ?

Ajouté au fait que Mme Koike a fait campagne contre le désir de son parti qui domine l’élite politique du pays, ces attaques contre la façon traditionnelle de faire les choses sont vouées à provoquer de la résistance. La gouverneure doit faire preuve d’une probité exemplaire pour éviter qu’un écart de conduite ne la mette en situation périlleuse et ne permette à ses adversaires de demander sa démission – le sort de ses deux prédécesseurs.

Elle aura également besoin de tout son soutien populaire. Ce soutien compte beaucoup pour l’instant et a facilité la réconciliation de Mme Koike avec le Premier Ministre Shinzo Abe, avec qui elle partage nombre d’opinions politiques et qui est récemment apparu tout souriant en sa compagnie. Cependant, dans le monde fermé de la politique japonaise, il est difficile de savoir quelle protection sa popularité offrira à Mme Koike si elle doit faire face à une crise. On ne peut qu’espérer qu’elle soit suffisante pour lui permettre de mettre en place les fort louables réformes dont elle s’est fait l’avocate.

Antoine Roth

Antoine Roth

Antoine Roth suit des études doctorales à l’Université de Tokyo, Japon. Il a auparavant obtenu un Bachelor en Relations Internationales à l’Université de Genève ainsi qu'un Master en Etudes Asiatiques à l’Université George Washington, et effectué un stage de six mois à l'Ambassade de Suisse au Japon. Il se passionne pour les questions sociales et politiques qui touchent le Japon et l’Asie de l’Est en général.

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