La maladie d’Alzheimer touche plus de femmes que d’hommes

La maladie d’Alzheimer et les femmes

La maladie d’Alzheimer et d’autres démences touchent plus les femmes que les hommes dans la plupart des régions du monde. La maladie d’Alzheimer est une menace pour la santé mondiale et le nombre de cas va tripler au cours des cinquante prochaines années. Les femmes constituent non seulement la majorité des soignants, mais elles constituent aussi plus des deux tiers des patients atteints de cette maladie. Les femmes dans la soixantaine sont deux fois plus susceptibles de développer cette maladie que de développer le cancer du sein.

Différences entre les hommes et les femmes

On a supposé que cette différence de sexe était due à la plus grande longévité des femmes, mais de plus en plus de preuves suggèrent que la longévité seule n’est pas une explication suffisante. D’autres facteurs peuvent être responsables, tels que la détection précoce insuffisante, l’éducation (responsable de fournir la réserve cognitive), les hormones sexuelles et le contexte socioculturel.

Les femmes et les hommes ont également des signes cliniques différents: les hommes montrent un comportement plus agressif alors que les femmes ont tendance à avoir plus de troubles de l’humeur, mais des temps de survie plus longs. Les femmes ont un déclin cognitif et une progression de la maladie plus rapide. Ainsi, les femmes et les hommes peuvent avoir des pathologies différentes qui nécessiteraient des stratégies de gestion différentes .

“Women’s Brain Project”: Suisse

Afin de remédier ces problèmes, une organisation sans but lucratif basée en Suisse, le «Women’s Brain Project», a été créée en août 2016 pour promouvoir la recherche préclinique et clinique sur la santé cérébrale des femmes. Le groupe est composé de chercheurs universitaires, de médecins et de bio-ingénieurs qui ont décidé de prendre des mesures et de discuter de la vulnérabilité spécifique du cerveau féminin aux maladies mentales.

Ce n’est pas le premier exemple de femmes négligées dans les essais cliniques. Le même phénomène est survenu dans les maladies cardiovasculaires et le cancer, les principales causes de décès chez les femmes et les hommes. Même lorsque les femmes ont été incluses comme sujets dans la recherche clinique, l’influence du sexe ou du genre* ne sont pas largement analysée ni signalée. La plupart des études en laboratoire continuent à utiliser uniquement des animaux mâles et ne prennent pas note de la façon dont les cellules diffèrent sur la base du sexe ; ces études constituent la base biologique des études et des traitements en santé humaine.

Aller de l’avant

Dans la démence et la maladie d’Alzheimer, les différences de sexe et de genre doivent être prises en compte à la fois pour la prévention et les stratégies thérapeutiques. Différents outils de diagnostic pourraient être nécessaires chez les femmes pour l’identification d’une déficience cognitive légère et les femmes peuvent avoir une réponse différente au traitement . De telles études coordonnées peuvent conduire à de nouvelles avenues de recherche et de thérapies pour les femmes atteintes de la maladie d’Alzheimer.

* Le sexe se réfère à la composition biologique des cerveaux féminins et le genre se réfère au milieu socio-économique des femmes (accès à une éducation et à une profession).

Le vieillissement est-il une maladie? Et peut-on y remédier?

Le vieillissement est-il une maladie? Il est difficile de le considérer comme une maladie, car il touche tout le monde.

Et pour que les médicaments le «guérissant» soient approuvés à la vente par les organismes de réglementation, il faut qu’il soit considéré comme une maladie. Aucune entreprise ne veut travailler sur des médicaments qui ne peuvent pas être vendus. Si les régulateurs changeaient d’avis, l’intérêt serait grand. Il n’y a pas de marché plus grand que celui où tout le monde est touché par une maladie.

Deux médicaments aux effets prometteurs

Des chercheurs ont récemment découvert que deux médicaments utilisés pour différentes maladies montraient des effets anti-vieillissement. La metformine (PNAS DOI: 10.1073/pnas), utilisée pour le traitement du diabète, et la rapamycine, utilisées pour diminuer le rejet après la transplantation d’organe, ont toutes les deux amélioré la durée de vie. Est-ce qu’il existe un processus de vieillissement généralisé qui peut être modifié par des médicaments?

Des résultats très encourageants

Beaucoup de recherches ont été consacrées à l’étude des voies moléculaires impliquées dans la longévité. Les résultats sont tellement encourageants que des entreprises ont été créées pour capitaliser sur ces premières conclusions. À Stuttgart, en Allemagne, la société Insilico a étudié l’expression génétique qui change avec l’âge dans différents tissus. Il s’agit maintenant de trouver des molécules qui peuvent bloquer ces effets. Craig Ventor, connu pour son travail dans le séquençage de gène, a créé Human Longevity Inc. en 2013 à San Diego (USA). Il veut comprendre la génétique du vieillissement et prédire combien de temps les gens vont vivre. Deux autres entreprises, Celgene et AstraZeneca, veulent collaborer avec lui.

Les progrès de la  médecine régénérative

La longévité tombe dans le domaine de la «médecine régénérative» dont l’objectif est d’éliminer les parties dysfonctionnelles du corps et de les remplacer par des cellules-souches. Ces derniers jouent un rôle important dans la réparation et la régénération des tissus. Ces cellules peuvent être induites à se différencier en une gamme de cellules spécialisées et utilisées pour remplacer celles qui sont usées ou épuisées. Malheureusement avec l’âge, moins de cellules-souches sont produites dans notre corps et donc nous sommes incapables de réparer nos différents organes.

Dans la maladie de Parkinson, les neurones qui produisent le neurotransmetteur dopamine meurent dans le cerveau produisant des tremblements et des troubles du mouvement. Les neurones cultivés à partir de cellules-souches humaines capables de secréter de la dopamine pourront être transplantés dans le cerveau des patients atteints de cette maladie. Au Pays de Galles, les chercheurs de la société ReNeuron prévoient d’utiliser des cellules-souches pour traiter les accidents vasculaires cérébraux.

Les effets de la transfusion de sang jeune

Une approche controversée implique la transfusion de sang des jeunes aux vieux animaux. Des chercheurs ont montré qu’une transfusion de sang de souris jeune peut améliorer la cognition et la santé générale de plusieurs organes chez des souris plus âgées (Nature Medicine, DOI: 10.11038/nm.3569). Tony Wyss-Coray de l’Université de Stanford et membre du board de la société Alkahest, avec la Stanford School of Medicine, ont transfusé du plasma sanguin des personnes de moins de 30 ans à dix-huit volontaires plus âgés atteints de la maladie d’Alzheimer légère à modérée. L’objectif ultime d’Alkahest est d’identifier les protéines clés dans le plasma qui rajeunissent le tissu humain et ensuite de produire un médicament qui peut imiter les effets de ces protéines.

Inspirée par ces résultats, la société Ambrosia à Monterey, en Californie, prévoit de facturer $8000 aux participants pour des analyses de laboratoire et un traitement ponctuel avec du plasma jeune. Les volontaires ne sont pas malades ou même âgés. De tels essais sont une préoccupation chez les chercheurs et les éthiciens.

Avoir 100 ans: bientôt normal?

À ce jour, Jeanne Calmant est la personne qui a survécu le plus longtemps: jusqu’à 122 ans. Peut-être cet âge deviendra-t-il la norme dans notre société lorsque la science démêlera certains des mystères biomédicaux du vieillissement. Mais si c’est le cas, notre société sera bien incapable de faire face à ce grand nombre de personnes âgées en bonne santé. Il y aura des incidences sur les régimes de retraite, sur l’âge durant lequel il faudra travailler, sur le type de travail disponible et sur les partenaires que nous choisissons.

Il a été prédit que les enfants nés dans le monde riche d’aujourd’hui sont susceptibles de vivre jusqu’à 100 ans. Le but de toutes les recherches sur l’anti-vieillissement et le business qui va avec est de fournir la bonne santé pendant le vieillissement et non pas simplement d’augmenter la durée de vie.

Que se passe-t-il dans le cerveau de Donald Trump?

Il semble que les gens ne peuvent pas arrêter de parler de ce qui ne va pas dans le cerveau de Donald Trump. Les Russes, les Chinois et les Coréens du Nord doivent être en train de se moquer de la démocratie occidentale qui permet à cet homme d’avoir la possibilité de devenir le chef des Etats-Unis.

Pour moi, un des meilleurs articles sur le sujet, The Mind of Donald Trump, a été écrit par Dan J. McAdams dans le numéro de juin de The Atlantic. Son but était de développer une perspective objective et analytique sur Trump, en tirant parti de certaines idées actuelles de la recherche en sciences psychologiques. J’ai essayé de résumer deux d’entre elles qui ont une relation avec les neurosciences fondamentales.

Le narcissisme de Donald Trump

Selon McAdams, il est «presque impossible de parler de Trump sans utiliser le mot «narcissisme»». Une personnalité narcissique est caractérisée par une vanité extrême, une arrogance et une auto-absorption. Une étude réalisée en 2013 a montré que ces personnes ont une anomalie structurale dans une région du cerveau qui est liée à l’empathie. Les chercheurs du département de psychiatrie de l’Hôpital universitaire de la Charité à Berlin, en Allemagne, ont scanné à l’aide de l’imagerie par résonance magnétique les cerveaux de 34 personnes dont 17 personnes qui souffrent de «narcissistic personality disorder»*. Ils ont constaté que les narcissiques pathologiques ont moins de matière grise dans une partie du cortex cérébral appelée l’insula antérieure gauche. La matière grise se compose principalement de corps cellulaires des neurones et des cellules cérébrales non neuronales qui apportent des nutriments et de l’énergie aux neurones. La région de l’insula antérieure gauche du cerveau est impliquée dans le fonctionnement cognitif et la régulation des émotions. Elle est liée à la génération de la compassion et de l’empathie.

Un des désordres du narcissisme pathologique: le manque d’empathie

Trump est une mine d’or pour les psychologues qui étudient le narcissisme. Il se vautre dans l’amour de soi excessif, dans ses idées grandioses et dans son sens du droit. Les personnes hautement narcissiques cherchent toujours à attirer l’attention sur elles-mêmes. Elles veulent que d’autres personnes les admirent et qu’elles les trouvent brillantes, puissantes et belles. Elles peuvent atteindre des niveaux élevés de popularité à court terme, mais le plus souvent, les narcissiques finissent par user leurs thuriféraires. Lorsque les narcissiques commencent à décevoir ceux qu’ils éblouissaient, leur descente peut être rapide.

Les narcissiques ont du mal à accepter la critique et la moquerie. Ainsi, Trump veut que le spectacle Saturday Night Live sur NBC soit annulé parce qu’ils se moque de sa performance au cours du deuxième débat présidentiel à St. Louis, Missouri.

L’extrême extraversion de Trump

La deuxième caractéristique remarquable de Trump est son extrême extraversion qui le conduit à la recherche incessante de récompense. Les extravertis répondent plus à la dopamine que les introvertis. La dopamine est une substance chimique libérée dans le cerveau qui fournit la motivation à chercher des récompenses externes comme gagner de l’argent, grimper dans l’échelle sociale, attirer un partenaire ou obtenir un projet de grande envergure au travail.

Les extravertis aiment prendre des risques élevés

La recherche suggère que les extravertis ont tendance à prendre des risques élevés, accompagnés par de faibles niveaux d’ouverture sur l’extérieur; ils remettent rarement en question leurs convictions les plus profondes. L’ancien président républicain, George W. Bush, est connu pour son niveau élevé de extraversion et sa faible ouverture vers l’extérieur. Ce type de personnalité pourrait expliquer sa mauvaise décision d’envahir l’Irak.

Si d’aventure Donald Trump gagnait l’élection présidentielle, qu’est-ce que ces caractéristiques nous disent à propos de lui comme potentiel futur président des Etats-Unis? Elles nous disent qu’il pourrait être dangereux non seulement pour les États-Unis mais pour le monde entier.

 * Shulze, L. et al. Grey matter abnormalities in patients with narcissistic personality disorder. Journal of Psychiatric Research, 47 (2013) 1363-9.

Qu’est-ce qui se passe dans le cerveau des partisans de Donald Trump?

Donald Trump a été classé comme un narcissique, un psychopathe,  un bigot, un fraudeur, un misogyne, un menteur, un rustre,  et un paranoïaque. Mais la seule chose, avec lui, qui laisse encore plus perplexe que sa psychologie, c’est la psychologie de ses partisans.

Que nous dit la recherche scientifique?

La question pour nous est dès lors celle-ci: qu’est-ce qui se passe dans leur cerveau qui les rend si aveuglément dévoués?

La recherche scientifique a montré que les cerveaux des conservateurs (les républicains) ont une réponse exagérée à une sensation de peur par rapport aux cerveaux des libéraux (les démocrates)*. Lorsque les conservateurs sont confrontés à un stimulus qui peut être perçu comme une menace (des bruits étonnants et des images effrayantes), ils ont une réponse physiologique plus fort par rapport à ceux des libéraux. Les chercheurs ont mesuré la conductivité de la peau qui augmente avec le stress émotionnel une fois que le taux d’humidité dans la peau augmente. Ils ont également examiné le clignement de l’œil qui augmente en amplitude à cause de la peur.

Amygdale et positionnement politique

Une étude d’imagerie cérébrale publiée dans la prestigieuse revue Current Biology** a montré que les gens qui sont plus  à droite politiquement ont tendance à avoir une plus grande amygdale, une structure dans le cerveau qui est activée lors d’un état de peur et de l’anxiété.

Une autre étude dans le même journal a montré qu’il était possible de prédire si quelqu’un était libéral ou conservateur simplement en examinant son activité cérébrale par l’imagerie fonctionnelle pendant qu’il visionne des images menaçantes ou répugnantes tels que les corps mutilés***. Dans les faits,  le cerveau des conservateurs a généré une activité plus forte en réponse à des images inquiétantes.

Donald Trump provoque la peur et la recherche de sécurité

Ces réponses cérébrales sont automatiques et ne sont pas contrôlées par la logique ou la raison. Donald Trump provoque la peur en disant constamment que les immigrants musulmans et mexicains sont des dangers imminents. Ces seuls mots activeront le cerveau des conservateurs et les amèneront à se concentrer sur la sécurité. Donald Trump sera ainsi considéré comme un protecteur, lui qui est pourtant si offensif.

La question qui demeure aujourd’hui est la suivante: est-il possible de changer l’esprit des républicains avant le 8 novembre et que faudrait-il pour cela?

*     Oxley et al., Science 321 (2008) 166. Political attitudes vary with physiological traits.

**    Kanai et al., Current Biol. 21 (2011) 677. Political orientations are correlated with brain structure in young adults.

***    Ahn et al., Current Biol. 24 (2014) 2693. Nonpolitical images evoke neural predictors of political ideology.

La pratique du hockey sur glace est très dangereuse pour le cerveau

 

Au cours des vingt dernières années, il est devenu évident que des coups répétés à la tête à fort impact font courir aux athlètes des risques de dommages permanents au cerveau. Il s’agit des sports de contact comme le football américain, le rugby, le hockey sur glace, les arts martiaux mixtes et la boxe. Une pathologie particulière a été reconnue pour les joueurs de football américain qui ont reçu des coups répétés à la tête. A l’autopsie, les médecins ont noté une accumulation de la protéine tau, une des caractéristiques de la maladie d’Alzheimer. Jusqu’à présent, 91 cerveaux des anciens joueurs de football aux Etats-Unis ont été analysés et 89 d’entre eux ont démontré cette pathologie particulière.

L’accumulation toxique de la protéine tau

A l’heure actuelle, nous ne savons pas ce qui se passe dans ces cerveaux endommagés. Il est possible que l’accumulation de la protéine tau est déclenchée par un traumatisme crânien. Même après l’arrêt d’un traumatisme, l’accumulation de la protéine tau continue et devient toxique pour les cellules nerveuses. Ce processus peut prendre des années et pourrait être aggravé par la consommation d’alcool ou de drogues.

Rugby, hockey, football américain

Pourquoi notre société continue-t-elle d’exposer nos jeunes à un tel risque en jouant au rugby, au hockey sur glace et autres sports qui causent des contacts à la tête? Si un adolescent qui a eu une blessure à la tête en jouant un de ces sports est examiné plusieurs mois plus tard, on peut détecter des dommages au niveau cellulaire du cerveau. Ces altérations apparaissent sans aucune commotion cérébrale ou d’autres symptômes. Si la personne continue de jouer sur plusieurs mois, ces blessures cellulaires accumulent et causent des dommages irréversibles au cerveau. Cette maladie s’appelle l’encéphalopathie traumatique chronique, ou CTE, diagnostiquée pour la première fois en 2002.

L’encéphalopathie traumatique chronique menace les enfants

En fonction de la gravité de la blessure, l’adolescent prend des risques de développer certaines manifestations de CTE comme la dépression majeure, la perte de mémoire, des pensées suicidaires, la perte de l’intelligence ainsi que la démence plus tard dans la vie. La CTE est également liée à la drogue et l’abus d’alcool une fois que la personne entre dans sa vingtième, trentième ou quarantième année.

Les nouvelles technologies sont mises au point pour détecter la protéine tau dans le cerveau vivant. De cette manière, il sera possible de suivre le dépôt de la protéine tau pendant de nombreuses années après une blessure à la tête. De même, des casques modernisés sont conçus pour détecter la force des coups à la tête. À long terme, notre société devrait assumer sa responsabilité: car il n’est pas anodin d’exposer ainsi les enfants à des dommages neurologiques à long terme causés par leurs activités sportives.

Le type d’exercice physique le meilleur pour le cerveau? Courir et marcher!

Cela fait de nombreuses années que l’on sait que l’exercice peut modifier la structure et la fonction du cerveau. Des études chez les animaux et l’homme ont montré que l’activité physique peut augmenter le volume du cerveau et aussi stimuler la neurogenèse (la création de nouvelles cellules neuronales dans le cerveau mature). Des études menées sur les animaux montrent que l’exercice est capable d’augmenter le nombre de nouvelles cellules du cerveau par 2 à 3 fois dans l’hippocampe, une zone clé pour la mémoire, l’émotion et l’apprentissage. Cette partie du cerveau est très sensible aux effets du vieillissement et des dommages neurologiques.

Ce que nous montrent les rats

Aussi bien, quel type d’exercice devrions-nous faire pour influencer la santé du cerveau à long terme? De nouvelles études menées par des chercheurs de l’Université de Jyvaskya en Finlande ont montré les effets de différents types d’exercice chez les rats1. Les chercheurs ont mis à disposition d’un groupe d’animaux des roues d’exercice dans leurs cages où ils ont ainsi pu courir à volonté. La plupart des rats faisaient plusieurs kilomètres chaque jour. D’autres animaux ont dû escalader un mur avec de petits poids attachés à leurs queues (un type de musculation). Un troisième groupe effectuait des exercices de haute intensité; il s’agissait de courir sur un tapis roulant à une vitesse rapide et vigoureuse pendant 3 minutes suivi de 2 minutes de marche lente. La totalité de cette séquence a été répétée pour un total de 15 minutes.

Les cellules varient en fonction du type d’exercice

Après avoir poursuivi ce régime pendant 7 semaines, les chercheurs ont examiné l’hippocampe de ces animaux. Etonnement, le nombre de nouvelles cellules cérébrales a varié en fonction du type d’exercice. Les meilleurs résultats se trouvaient chez les rats qui couraient régulièrement. Les plus mauvais résultats sont obtenus chez les animaux qui soulevaient des poids; leurs cerveaux ressemblaient à des contrôles qui ont mené une vie sédentaire. Les résultats intermédiaires se trouvaient chez les rats qui effectuaient des exercices de haute intensité.

De l’importance de l’exercice aérobic

Les chercheurs ont conclu que l’exercice aérobic soutenu est la clé pour créer de nouvelles cellules cérébrales chez les rats. Des études récentes aux États-Unis ont montré que les gens qui courent régulièrement augmentent la production d’une protéine musculaire appelée cathepsine B; simultanément leurs résultats sur une variété de tests de mémoire2 sont améliorés.

L’exercice physique est important non seulement pour la neurogenèse, mais il peut aussi améliorer les troubles de l’humeur. En outre, il maintient la santé des muscles qui est essentiel pour le vieillissement3. De nouvelles études montrent que l’exercice réduit le risque de développer treize différents types de cancer4. Si vous voulez améliorer votre santé, il suffit de bouger.

1. Nokia, M.S. J Physiol 594.7 (2016) 1855–1873 Physical exercise increases adult hippocampal neurogenesis in male rats provided it is aerobic and sustained.

2. Running-Induced Systemic Cathepsin B Secretion Is Associated with Memory Function. Cell Metab. 2016 Jun 21.

3. Power, G.A. J Applied Physiol. Mar 24 (2016) Motor unit number and transmission stability in octogenarian world class athletes: can age-related deficits be outrun?

4. Moore, S.C. et al. JAMA Intern Med. May 16 (2016) Association of Leisure-Time Physical Activity With Risk of 26 Types of Cancer in 1.44 Million Adults.

Pourquoi le multitasking est mauvais pour le cerveau

A notre époque des e-mails, des SMS, de Facebook de Twitter et j’en oublie, nous sommes constamment en mode multitasking: en d’autres termes, toujours à faire plusieurs choses à la fois. Notre mode de vie a changé en raison de ces technologies et en conséquence nous avons créé une nouvelle forme de dépendance.

Nous accomplissons les tâches de dizaines de personnes

Il y a trente ans, si nous devions gérer notre courrier ordinaire, des secrétaires étaient embauchées pour s’en occuper. Nous passions par des agences pour planifier nos voyages et organiser nos billets de train, d’avion et d’hôtel. Maintenant, nous faisons toutes ces opérations nous-mêmes grâce à l’Internet et aux téléphones «intelligents». Idem pour ses opérations bancaires… Bref, nous accomplissons aujourd’hui nous-mêmes les fonctions assumées auparavant par des dizaines de personnes différentes. Et dans le même temps, nous essayons de suivre nos vies, nos amis, notre famille, nos carrières, nos loisirs et nos sports.

Problème: notre cerveau n’est pas capable d’exécuter un tel multitasking. Selon Earl Miller, un chercheur au Massachusetts Institute of Technology (USA), nous ne pouvons pas faire plusieurs tâches à la fois. En réalité il s’agit de passer d’une tâche à un autre très rapidement. Même si nous pensons que nous avons accompli beaucoup de choses, le multitasking nous a rendus moins efficace.

Pourquoi le multitasking nous rend moins efficace

Explication. Le multitasking provoque une augmentation de la production de cortisol, une hormone du stress ainsi que de l’adrénaline capable de sur-stimuler le cerveau. Ces substances peuvent causer un brouillard mental et même des pensées confuses. En outre, le multitasking crée une boucle de dépendance due à la libération de la dopamine, un neurotransmetteur plus des opioïdes (produit par le cerveau) qui nous récompense; ils nous font sentir bien. Chaque petite tâche donne un sentiment de récompense qui nous fait croire que nous avons réalisé énormément de travail. En fait, nous n’avons réalisé que plusieurs petites choses au lieu d’une tâche majeure.

Le multitasking consomme beaucoup d’énergie

Selon Ross Poldrack, un chercheur à l’Université de Stanford (USA), l’apprentissage de nouvelles informations en mode multitasking envoie cette nouvelle information dans une fausse partie du cerveau (le striatum au lieu de l’hippocampe). En plus le multitasking nécessite une énorme quantité d’énergie dans le cerveau qui peut nous rendre épuisé et désorienté même après une courte période de temps. Lorsque nous nous engageons dans une tâche exécutive centrale, moins d’énergie est requise.

Multitasking et comportement agressif

Une augmentation d’hormones de stress peut conduire à un comportement agressif et impulsif. Souvent, des mauvaises décisions sont prises parce que nous sommes pressés. La facilité avec laquelle on envoie un courriel a conduit à un changement dans les mœurs et les gens ont tendance à devenir moins polis. L’imagerie du cerveau, réalisée à l’Université du Sussex (Royaume-Uni), a montré que les sujets qui faisaient très souvent du multitasking démontraient moins de densité cérébrale dans le cortex cingulaire antérieur, un endroit responsable de l’empathie et du contrôle émotionnel.

Les parades pour éviter les mauvaises habitudes

Quelle est la solution? Désactiver les notifications, créer des moments précis pour vérifier les e-mails tout au long de la journée et se concentrer sur la tâche à accomplir.

En d’autres termes, essayez de mettre fin à ce qui est devenu une très mauvaise habitude.

Quelques bonnes nouvelles sur la démence

On a prédit une augmentation globale spectaculaire du nombre de personnes atteintes de démence. Un effet souvent appelé effet de «tsunami». Cependant, des études récentes au Royaume-Uni ont montré que la démence a diminué de 20% au cours des vingt dernières années, en particulier chez les hommes. La situation des femmes est plus complexe (la maladie d’Alzheimer représente 62% de tous les cas de démence).

Quelle était la recherche?

Les chercheurs du Royaume-Uni ont évalué 7’500 personnes de plus de 65 ans entre 1989 et 1994 dans le but de savoir combien de personnes ont développé une démence au cours de cette période. Ils ont répété l’étude 20 ans plus tard (2008-2011). Selon leurs études, ils ont prédit qu’il y aurait 250’000 nouveaux cas par an. En fait, il n’y a eu que 200’000 nouveaux cas équivalent à une diminution significative de 20%. Ainsi, le nombre de nouveaux cas n’a pas augmenté aussi rapidement que ce qui avait été anticipé1.

Quelle serait la cause de cette diminution?

Jusqu’à présent, l’incertitude règne sur la cause exacte de cette diminution, mais les auteurs soulignent qu’il y a eu des améliorations spectaculaires de la santé vasculaire au cours des dernières années. La conséquence en est une diminution du nombre de personnes qui développent des maladies cardiaques et des AVC, deux facteurs de risque de démence.

De plus les hommes fument moins et vivent plus sainement. Des tendances similaires ont été signalées en Europe occidentale et dans certaines parties des Etats-Unis. La baisse de la démence peut également être liée à un meilleur accès à l’éducation et aux services de santé comparé à la génération précédente.

La situation des femmes est plus complexe : on a constaté une augmentation des cas pour celles entre 80-84 ans ; en revanche, on constate une légère baisse pour les autres groupes d’âge. La raison de cette différence entre les hommes et les femmes reste à déterminer.

Pourquoi ces résultats sont importants?

Ces résultats sont potentiellement importants, car ils suggèrent qu’il est possible de prendre des mesures préventives contre la démence. Ce que l’on appelle les changements de style de vie telles que l’arrêt du tabagisme, une alimentation saine ainsi que le fait de rester mince et en forme. Notre risque de maladie peut être réduit suivant ce que nous avons fait 10, 20 ou 30 ans auparavant. C’est pourquoi les chercheurs au Royaume-Uni ont appelé le gouvernement à faire un plus grand effort pour encourager les gens à vivre plus sainement.

Ainsi sera-t-il peut-être possible de prévenir la démence «tsunami» qui a été prédite.

1. Matthews, F.E. et al. 2016 Nature Commun. 7, 11398. A two decade dementia incidence comparison from the Cognitive Function and Ageing Studies I and II.

Cultivez plus de neurones: manger de la vitamine B3!

L’un des résultats les plus importants au cours des dix dernières années dans le domaine des neurosciences est la découverte de cellules souches qui croissent et se divisent dans différentes parties du système nerveux central. Ces cellules ont le potentiel de contribuer à la fonction cognitive et à produire les différents types de cellules du cerveau.

Mais hélas, même ces cellules ne sont pas épargnées par le processus de vieillissement. Avec le temps, elles diminuent en nombre et leur fonctionnement est affaibli. Elles deviennent incapables de remplacer les cellules qui meurent naturellement dans le cerveau. Bien entendu, leur déclin est plus rapide dans les maladies cérébrales.

L’importance de la vitamine B3

Saluons donc l’importance d’une publication récente dans la prestigieuse revue Science1 de Johan Auwerx et son équipe à l’EPFL. Les chercheurs ont constaté que l’administration de la vitamine B3 à des souris âgées (2 ans), pourrait restaurer la capacité d’un grand nombre de leurs organes à rajeunir et même prolonger leur survie. La clé du processus réside dans les mitochondries, les petites centrales d’énergie qui maintiennent toutes les fonctions quotidiennes. Cependant, au cours du vieillissement, ces petits moteurs souffrent de fatigue et sont incapables d’entretenir la puissance régénératrice des cellules souches. Conséquence : les cellules mourantes ne sont plus remplacées.

Ce que provoque la vitamine B3

Les expériences récentes d’Auwerx et ses collègues ont montré que l’administration d’un supplément de vitamine B3 stimule les cellules souches à régénérer la peau, les muscles et le cerveau ainsi que d’autres tissus. Certes, toutes ces études ont été effectuées chez les souris, mais les études cliniques chez l’homme ne sont pas loin en particulier ceux qui souffrent de maladies musculaires et neurodégénératives (Parkinson, Alzheimer et sclérose latérale amyotrophique).

Mangez du thon, du saumon, du poulet…

En attendant, nous pouvons tirer profit de ces observations et appliquer ces résultats à notre alimentation quotidienne. Mangez plus d’aliments qui contiennent des niveaux élevés de vitamine B3: du thon, du saumon, du poulet, des asperges et des champignons. En stimulant nos cellules souches neurales à prospérer, nous pouvons créer un cerveau plus sain.

  1. Zhang et al. 2016 Science le 28 avril

 

Le sommeil: essentiel pour l’élimination des déchets toxiques dans le cerveau

Nous passons environ un tiers de notre vie à dormir, mais les chercheurs n’ont pas encore compris l’importance de vivre si longtemps dans un état d’inconscience. Nous savons que le sommeil est essentiel pour la consolidation de la mémoire, de l’apprentissage et de la concentration.

Le rôle essentiel du sommeil

Des nouvelles recherches ont maintenant démontré un nouveau rôle pour le sommeil – il nous donne du temps pour éliminer les déchets toxiques accumulés dans le cerveau pendant nos heures de veille. Ils sont éliminés par un système lymphatique qui est spécifique au cerveau (le système glymphatique).

Le cerveau humain pèse seulement 1,5 kg, soit l’équivalent de 2% de la masse corporelle moyenne. Toutefois, il consomme 20 à 25% de l’énergie totale du corps. Au cours de ce processus, de grandes quantités de débris toxiques sont générées et chaque jour, 7 grammes de protéines usés doivent être remplacés par celles nouvellement créées. En d’autres termes, il faut remplacer l’équivalent du poids propre du cerveau au cours d’une année.

La menace des substances toxiques

Des perturbations dans l’élimination des déchets pourraient conduire à l’accumulation de substances toxiques dans le cerveau. Par exemple, dans des maladies neurologiques telles que la maladie d’Alzheimer ou la maladie de Parkinson, il existe une accumulation de protéines toxiques qui ne peuvent être éliminés par le cerveau. Dans des études chez la souris, il a été démontré qu’il existe une accumulation de protéines toxiques dans le cerveau durant l’état de veille qui décroît ensuite au cours du sommeil. Si les souris sont privées de sommeil, elles subissent une augmentation de la production de bêta-amyloïde et de tau protéines, deux des signes caractéristiques de la maladie d’Alzheimer.

Une des conséquences: Alzheimer

Dans une étude de 5 ans sur 6000 personnes, les personnes qui montraient une mauvaise qualité de sommeil étaient plus susceptibles de développer des troubles cognitifs et des problèmes précoces de mémoire. Dans certains cas, cela peut conduire à la maladie d’Alzheimer.

Ces nouvelles études sur le système d’élimination des déchets du cerveau et de sa relation au sommeil viennent à un moment où les chercheurs sont à la chasse des moyens de prévenir les maladies neurologiques telles que la maladie d’Alzheimer. Il y a au moins 400 essais cliniques en cours dans le monde entier pour tester de nouveaux médicaments contre cette maladie débilitante et aucun médicament à ce jour n’a démontré un avantage clair. Peut-être les sociétés pharmaceutiques devraient-elles envisager de nouvelles thérapies qui stimulent le système de l’élimination des déchets du cerveau et le sommeil.