Anne-Paule Martin, l’atout numérique de la RTS

Présentez-vous en quelques mots…

Anne-Paule Martin, cheffe de l’Offre en ligne de la Radio Télévision Suisse

 

Quel a été votre parcours professionnel?

Une formation littéraire au départ, un passage dans le monde de l’art ensuite puis une plongée enthousiaste dans le numérique à la fin du XXe siècle à la RSR. Ma mission est alors de traduire les besoins numériques des radios.

Retour sur les bancs de l’école en 2009 lorsque je postule pour obtenir une place de stagiaire journaliste à la rédaction de l’actualité de la RSR. En 2010, passage par Berne, je live-tweet pendant une année certains débats du Parlement et participe à l’expérience Huis clos sur le Net (oui, “le loft des journalistes”).

Après un passage de deux ans chez Tamedia, comme rédactrice en chef adjointe du Matin et du Matin Dimanche en charge du numérique, je retrouve la RTS en 2013.

 

Votre rencontre avec le digital ?

Tous les jours!

Enfant, coup de foudre avec PacMan sur mon Commodore 64, dix ans plus tard, le format Real qui a permis de mettre la radio sur internet, les blogs dans la foulée, l’arrivée du premier iPhone et les réseaux sociaux quelques années plus tard.

 

Qu’est-ce qu’une « femme digitale » pour vous ?

Je suis mal à l’aise avec l’opposition des genres en général mais c’est certain que le numérique propose de nouvelles opportunités aux femmes en particulier.

 

Le digital a-t-il, selon vous, un genre ?

Non, il n’est qu’agilité et créativité.

 

La Suisse, un pays digital ?

Deux facteurs font de la Suisse un pays particulièrement digital selon moi: la prédominance des activités liées au secteur tertiaire et, dans un domaine différent, la belle qualité de médias disponibles dans notre pays.

 

Pour en savoir plus sur Anne-Paule Martin

Marie-Christine Müller, coordinatrice digitale à l’Etat de Fribourg

Présentez-vous en quelques mots…

Polyvalente, je m’adapte facilement. Ma curiosité aime les grands chantiers sur des sujets que je connais peu. Travailler en réseau afin que chacun amène sa pièce du puzzle est important à mes yeux.

 

Quel a été votre parcours professionnel?

Après une carrière dans l’information documentaire, je coordonne la communication digitale de l’Etat de Fribourg et participe à des projets de cyberadministration. Je suis aussi membre l’état-major cantonal de conduite en cas de catastrophe.

 

Votre rencontre avec le digital?

En 1995, lorsque j’ai catalogué le premier journal entièrement numérique de Suisse, qui s’appelait « XJournal », édité par l’ancêtre de Scout24. Puis en 1996,  sur le stand de la Bibliothèque nationale suisse, au Salon du livre de Genève, je faisais des démonstrations de sites web…

 

Qu’est-ce qu’une « femme digitale » pour vous?

Une femme qui pense et agit en réseaux, qui aime les nouveautés et se remet en question.

 

Le digital a-t-il, selon vous, un genre?

Non, même si les femmes sont peu présentes dans l’IT « traditionnelle ». Le digital n’est pas qu’une technique, c’est une attitude et une aptitude à mettre en relation. La mixité apporte plus d’innovation.

 

La Suisse, un pays digital ?

Pas encore, mais le changement est en marche. Les connaissances et les compétences sont là, mais les esprits sont plus lents. Quand les deux se rejoindront, la Suisse sera digitale.

 

Pour en savoir plus sur Marie-Christine Müller

#JamaisSansElles

Alors que le contenu est devenu roi, y compris dans nos contrées, que le contexte thématique tente de faire le lien avec les centres d’intérêts du business et que chaque institution, organisation, association, école, et autres collectivités y va de sa conférence ou de sa table ronde, les panels de messagers, eux, par contre, continuent de ressembler désespérément à ceux du siècle dernier…

90, voire 100% des intervenants, speakers, conférenciers issus de la gente masculine, et parmi celle-ci, on privilégie encore ceux nés avant les années 70 plutôt que la génération suivante… Vous me direz qu’avec des sujets aussi techniques que le numérique, l’intelligence artificielle, voire l’innovation de rupture ou la cybersécurité, des sujets de castes aussi segmentant que les Conseils d’administration, le leadership, l’innovation managériale ou l’usine 4.0, il paraît difficile de trouver des représentantes féminines “à la hauteur” de leurs congénères en terme d’expertise… Eh bien que nenni!

Je connais autant de femmes que d’hommes capables d’intervenir sur ces sujets, si les organisateurs/médias veulent bien se donner la peine de mettre à jour leur base de données d’experts et prendre en considération le fait qu’une conférence à 18 heures ne se marie pas forcément bien avec les horaires de repas des enfants, tout comme une émission en direct à 8h30 est plutôt incompatible avec le transbahutage à l’école du dernier-né.

Bien sûr, les choses changent: on voit désormais apparaître des événements typiquement féminins, mais qui ont l’inconvénient de faire fuir ces messieurs, un peu comme s’il fallait continuer de choisir entre les uns et les autres sans jamais pouvoir nous retrouver ensemble autour de la même table, tout comme dans nos vies privées, finalement. Quand l’un assiste à une conférence, l’autre garde les enfants et vice-versa…  Heureusement, il y a aussi des journalistes flexibles, qui sont prêts à accueillir votre progéniture le temps d’une interview dans leurs locaux, histoire de ne pas se priver de votre présence. Eh oui, c’est bien beau de dire “ça manque de femmes” d’un côté et de n’avoir rien à vous proposer quand vous demandez si l’option “garderie provisoire” est incluse dans la proposition!

Alors voilà, désormais, chaque fois que je vois passer un événement composé à quasi 100% d’hommes parmi les experts, j’interpelle l’organisateur; et si celui-ci me dit qu’il n’a trouvé personne, je me fais fort de lui donner des noms, histoire qu’il n’ait aucune autre excuse que son manque de curiosité pour proposer un panel monomaniaque.

Chez nos amis français, ils vont plus loin, comme souvent. Mais je dois avouer que de temps en temps, ça fait du bien dans un pays où on ne va sans doute parfois pas assez loin…

Une cinquantaine de décideurs et d’influenceurs hommes et femmes ont ainsi signé une initiative appelée #JamaisSansElles et qui invite à boycotter les manifestations exclusivement masculines dans la mise en lumière d’experts et d’expertises, et j’irais même au-delà: celles dans lesquelles les femmes ne sont là que pour parler de sujets dits “féminins”.

Pour ma part, j’ai définitivement décidé de ne plus assister à ce genre d’événements, et j’attends avec impatience le jour où on inversera les profils des intervenants/experts avec celui des hôtes et hôtesses lors des grands raouts de Suisse romande: ça donnera du boulot à tout le monde sans segmenter sur le physique ou l’âge dans un sens comme dans l’autre… A bon entendeur!

Victoria Marchand, Madame communication romande 2.0

 

Présentez-vous en quelques mots…

Comme Don Draper, le héros de la série Mad Men, je crois que « le changement n’est ni bon ni mauvais. Il n’est que changement. » Raison de plus pour rester curieux et ne pas avoir d’habitudes ! Le reste n’est que du travail….

 

Quel a été votre parcours professionnel?

Journaliste RP, rédactrice en chef et depuis le début de l’année, éditrice du magazine et du site Cominmag.ch

 

Votre rencontre avec le digital?

En 2005, lorsque j’ai ouvert mon premier blog en WordPress. Depuis c’est l’outil que j’utilise le plus…

 

Qu’est-ce qu’une « femme digitale » pour vous?

Une femme qui a compris que la vie professionnelle, comme la vraie vie, n’est pas statique. Qui cherche, teste, et qui est capable de faire la synthèse entre le meilleur des deux mondes (pré et post-digital).

 

Le digital a-t-il, selon vous, un genre?

Le digital est un état d’esprit et non un genre.

 

La Suisse, un pays digital ?

Pourquoi pas ? Les Suisses prennent souvent leur temps et ce n’est finalement pas un mal. Mais lorsqu’ils partent dans une direction, ils le font sincèrement et à fond. La transformation digitale qui ne fait que commencer demande que l’on garde sa raison et son sang-froid. Des qualités très suisses…

 

Pour en savoir plus sur Victoria Marchand

Mark Zuckerberg, le nouveau petit père du peuple?

Mark Zuckerberg: la loi du plus fort?
Mark Zuckerberg: la loi du plus fort?

Je ne sais pas si vous avez regardé la magnifique présentation (dites “Keynote” pour faire plus tendance) du célèbre fondateur de Facebook: le sémillant trentenaire Mark Zuckerberg. A la fois homme 3.0 (il a pris congé lors de la naissance de sa fille et posté plein de photos attendrissantes de sa progéniture sur… Facebook, évidemment), humaniste (à la naissance de sa fille, toujours, il a décidé de donner 99% de ses actions à la Fondation qu’il a créée – lui permettant, accessoirement de profiter de quelques déductions fiscales (mais ne soyons pas cyniques…)), patron averti (il a développé en moins de 15 ans une des entreprises les plus performantes de tous les temps, révolutionnant nos interactions sociales du même coup), féministe (il a recruté Sheryl Sandberg, ancienne de chez Google et créatrice du mouvement Lean in, qui ne cesse de lui rendre grâce), Mark et ses t-shirts gris sont devenus le symbole de la réussite et de l’accélération de l’innovation technologique mises au service de l’Humanité.

Ainsi donc, si vous jetez un coup d’oeil sur son “show” (on y décèle quelques relents des efforts incommensurables que lui demande la prise de parole en public) vous aurez le privilège de découvrir la vision sur 10 ans de Mark pour Facebook, mais aussi, pour le Monde. Son leitmotiv? Permettre à n’importe qui de partager n’importe quoi avec tout le monde. Et c’est beau. Parce que sur le papier, Mark va s’évertuer dans les années à venir à connecter les 4 milliards de personnes qui naviguent pour l’instant dans les eaux troubles de l’ignorance, afin de leur permettre d’avoir, eux aussi, accès à la connaissance, à l’information, aux services, surtout.

D’ailleurs, il va non seulement les connecter techniquement, mais aussi leur offrir la possibilité de tester gratuitement des services, dont ceux de première nécessité, liés à la santé, par exemple. Toujours aussi beau. Le tout via des interfaces conçues pour être moins gourmande en données, afin de limiter les coûts pour des internautes au pouvoir d’achat relativement faible. Et bien sûr, il va aussi proposer aux entreprises de tester en version démo la présentation de leurs services et produits sur ces interfaces allégées. Car Mark veut bien offrir l’accès à l’information pour les populations moins bien loties, mais ces 4 milliards de connectés à venir sont surtout 4 milliards de consommateurs potentiels pour ses clients, et 4 milliards de producteurs de contenus supplémentaires pour alimenter ses canaux de distribution.

Non content de connecter les “Cosette du numérique”, Mark veut aussi nous permettre de rester en contact avec nos différents cercles de relation, et de façon plus confidentielle, plus privée. Whatsapp a récemment subi un encryptage de bout en bout pour nous protéger de l’ingérence de l’Etat (Facebook, lui saura avec qui vous avez communiqué, même s’il ne pourra probablement pas savoir sur quoi – le code source n’étant pas publié, nous n’avons que leur parole…), et hier c’était au tour de Messenger de déployer ses deux nouveaux atouts:

1. la possibilité, pour n’importe qui, d’entrer en contact avec une entreprise en direct via Messenger (et d’affiner ses demandes avec le soutien de l’intelligence artificielle)

2. la possibilité d’effectuer un nombre d’opérations (paiement, recherche, partage de documents, etc.) qui ressemblent davantage aux caractéristiques d’un Browser ++ que d’un service de messagerie pure et simple.

Vous serez donc à l’intérieur de Facebook, mais à l’intérieur de Messenger, avec de telles possibilités (et une captation stimulée par les réponses pertinentes des algorithmes) que vous n’aurez plus envie ou besoin de sortir de chez vous… pardon, de chez lui!

Je vous passe la partie sur le Live qui permet à tout le monde de publier directement ses vidéos sur Facebook, en direct (Periscope appartenant à Twitter, il fallait bien faire quelque chose), tout ça pour “fluidifier” l’expérience des gens, c’est à dire nous, et surtout, pour enquiquiner YouTube, propriété de Google. Bienvenue dans le monde intégré de Facebook, et surtout, dans un système fermé pouvant déjà s’appuyer sur 1,5 milliards d’utilisateurs aux réflexes conditionnés par les règles du géant bleu.

Résumons:

  • il y a donc un type seul sur scène, à la tête d’une des plus grosses fortunes mondiales et d’une communauté de 1,5 milliards de personnes, qui nous explique que nous allons tous continuer à travailler gratuitement pour lui,
  • que son seul objectif, c’est de nous permettre d’entrer en relation avec les personnes qui nous sont chères,
  • tout ça dans un environnement dont les règles sont définies par lui et
  • qui condense tout ce dont nous “aurions” besoin (selon lui) pour être heureux…

 “Travail, famille, patrie”, ça vous rappelle quelque chose?

Au passage, il accède à toutes nos données personnelles, fixe les prix d’entrées et les règles aux industries (qu’il se propose même d’uberiser, ni vu, ni connu, grâce à l’intelligence artificielle notamment) et nous soumet des contenus qu’il n’a pas créés selon ce qu’il détermine être pertinent pour nous afin de nous vendre des produits qu’il ne fabrique pas…

Naïvement, devant ce stakhanovisme assumé, je m’attendais à voir la foule se lever et crier “mort à la dictature” ou “nous ne sommes pas des esclaves”… que nenni: le coup de grâce est intervenu lorsque Mark a annoncé la remise d’un Samsung et d’un masque Gear VR à chaque participant et que l’audience s’est mise à applaudir à tout rompre, saluant la générosité sans borne de son bienfaiteur…

Du pain et des jeux, vous avez dit?