L’ambivalence des scientifiques travaillant dans l’environnement

La communauté scientifique dont je fais partie est éparpillée à travers le monde. Des chercheurs de tous les pays tentent de comprendre le fonctionnement de la nature et les changements qu’elle subit. Chaque année, nous nous retrouvons pour échanger nos connaissances, expliquer et discuter avec nos collègues des dernières découvertes lors de conférences organisées à différents endroits du globe. Il y a un peu plus d’une année, je me trouvais à une de ces conférences aux États-Unis. La plus importante du genre pour les Sciences de la Terre et de l’Environnement. En arpentant les couloirs du gigantesque centre des congrès de La Nouvelle-Orléans, je me suis rendu compte que le mot « réchauffement climatique » était sur toutes les lèvres et dans toutes les recherches. La très large majorité des domaines des sciences environnementales sont en effet touchés de près ou de loin par ces changements globaux. C’est là que « l’ambivalence » des scientifiques que nous sommes me frappa.

Nous étions 24’000 personnes rassemblées pour discuter de l’impact des changements climatiques causés par l’humain sur l’environnent et j’avais traversé l’Atlantique en avion pour m’y rendre. C’était certainement aussi le cas de la plupart des autres participants. En menant quelques recherches, j’ai découvert que des scientifiques se penchent sur cette question depuis quelques années. En 2002 par exemple, il a été démontré que les 9’500 participants de cette même conférence ont parcouru en moyenne 8’000 km en avion pour y parvenir. Ce qui correspond à l’émission annuelle de CO2 de 2’250 voitures citadines. Ce sont les chiffres pour une conférence, or la plupart des chercheurs assistent à plusieurs évènements par années…

Un institut de recherche norvégien a calculé les émissions de CO2 causés par les déplacements professionnels de ses employés sur trois ans. Ils ont mesuré que 90% de ces émissions étaient dues aux voyages en avion. De plus, ils ont constaté que le bilan carbone lié uniquement aux déplacements d’un scientifique de cet institut était supérieur au bilan carbone pour tous les aspects de la vie d’un individu lambda. En Suisse aussi, les mêmes constats sont faits ; L’École polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL) a récemment calculé que les déplacements de ses chercheurs représentaient plus d’un tiers des émissions de CO2 de cette institution. Elle réfléchit aux moyens à mettre en œuvre pour diminuer ces derniers.

L’Université de Bâle est la première à commencer à mettre en place des mesures en ce sens. Les déplacements de moins de 1’000km devront dorénavant se faire en train. Cette mesure ne concernera cependant que les étudiants. L’Université de Neuchâtel quant à elle se penche sur le principe « pollueurs-payeurs » pour les déplacements en avion de ses chercheurs. D’autres solutions sont également envisagées à l’échelle globale : l’espacement dans le temps des grandes conférences, la mise en place de mesure de compensation pour les émissions de CO2 qui y sont liées ou encore le choix de leur emplacement (pour minimiser les déplacements). Les visioconférences sont elles aussi envisageables. Toutefois le networking et les discussions physiques semblent être un frein à son développement.

Une solution plus radicale se profile donc; la sélection plus consciencieuse des conférences en fonction de leur localisation et la restriction drastique du nombre de nos participations à ces conférences. Enlever toute sorte de réunion entre scientifique semble difficile. Les rencontres des membres de la communauté scientifique servent en effet un dessein plus grand : la diffusion et le partage du savoir. L’adage anglais « Think global, act local » (penser globalement, agir localement) le transcrit bien. Les connaissances scientifiques sont utiles à la société ; le développement de la pensée globale sur les questions environnementales se traduit en effet par une multiplication des initiatives citoyennes locales en faveur du climat. La science progresse et la mobilisation citoyenne grandit.

Malgré cette note positive, je ne peux que constater la difficulté du monde scientifique à surpasser cette ambivalence. Cette notion prend d’ailleurs une tournure plus dramatique à la lecture des dernières études montrant que la crédibilité des scientifiques qui traitent du réchauffement climatique va de pair avec leur attitude personnelle en matière de réduction d’empreinte carbone.

Aline Buri

Aline Buri est biologiste et chercheuse à l'Université de Lausanne. Elle s’intéresse à l’écologie spatiale et plus particulièrement à l’impact des changements climatiques sur la végétation alpine. Elle a fait de sa curiosité pour le monde son métier, et est convaincue que la Science peut apporter plus à la société que de simples chiffres.

4 réponses à “L’ambivalence des scientifiques travaillant dans l’environnement

  1. Très bien votre constat et vos interrogations, je partage, mais SVP gardez aussi votre esprit scientifique et restez donc critiques, en particulier face aux théories ambivalentes du GIEC qui ne sont basées que sur des interprétations à partir de projections à l’aide d’outils statistiques. Accessoirement le CO2 est nécessaire au monde végétal, mais ça vous le savez déjà.

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