La montre connectée, reine des espionnes

Un cadeau de mon assurance, vraiment ?

Depuis quelques années, la montre connectée s’est imposée comme un gadget essentiel, tant pour les coureurs branchés que pour les moins actifs néanmoins soucieux de compter leurs pas ou leurs calories.

Plusieurs marques se disputent le marché avec des dispositifs plus ou moins complexes qui comportent au minimum un minuteur, un GPS et un podomètre, agrémentés parfois de calculateurs divers (graisse, calories, etc.) et d’un cardio-fréquencemètre.

Surfant sur la mode, plusieurs caisses maladies en Suisse proposent des réductions de prime à leurs assurés qui acceptent de porter une montre connectée.

En fonction du nombre de pas effectués quotidiennement, les avantages sont plus ou moins importants.

Encouragement à l’activité physique contre réduction de prime, cela semble faire sens, du moins à priori.

Mais alors, pourquoi les sportifs professionnels n’ont-ils pas droit à une réduction similaire, ou les membres de clubs sportifs ? Pourquoi faut-il porter la montre pour être éligible ?

Parce que la mesure de votre activité physique n’a fondamentalement aucune valeur dans le cadre de l’assurance de base.

Que vous courriez 10km par jour ou que vous buviez 10l de soda par jour sans activité physique, les obligations de l’assurance de base sont les mêmes.

La vraie valeur se trouve dans le GPS de votre montre, couplé ou non à d’autres mesures.

En effet, les données, ou plutôt les métadonnées de géolocalisation en continue sont une mine insoupçonnée d’informations très personnelles.

Concrètement

Cédant à une promotion de son assurance maladie, Monsieur Dupont, 45 ans, s’est offert une montre connectée toutes options qu’il porte continuellement depuis un mois.

Il apprécie de voir sur le compte qu’il a créé en ligne sa progression du mois en termes de pas effectués et de calories perdues.

De l’autre côté du miroir, durant ce mois écoulé, la société productrice de la montre a appris :

  • Que Monsieur Dupont est fumeur, en effet, son GPS indique qu’il sort chaque heure de son bureau et reste environ 10 minutes sur un trottoir adjacent ;
  • Que Monsieur Dupont est principalement sédentaire car il circule toujours en voiture,  le temps de trajet par rapport aux distances indique qu’il est en voiture ;
  • Que Monsieur Dupont n’a pas un régime équilibré car il mange midi et soir au restaurant ;
  • Que Monsieur Dupont a probablement une liaison car tous mercredi après-midi il se rend à l’hôtel durant 1h et sa montre enregistre une augmentation de son rythme cardiaque durant 15 à 20 minutes ;
  • Que Monsieur Dupont consomme probablement de la drogue car durant les soirées du week-end, sa montre indique une brusque augmentation du rythme cardiaque et parfois quelques arythmies lorsqu’il se trouve en boite de nuit ;
  • Que Monsieur Dupont est insomniaque car plusieurs fois par nuit, sa montre enregistre des courtes séries de pas dans la maison et une légère augmentation du rythme cardiaque, ce qui indique qu’il est en éveille.

Sachant cela, feriez-vous affaire à long terme avec Monsieur Dupont ?

L’armée et les services secrets aussi

Loin d’être une banale anecdote, on rappellera encore l’affaire Strava, du nom de cette application de course à pied (GPS) pour Smartphone qui fait frémir nombre de gouvernements car son utilisation intensive par du personnel militaire ou du renseignement a permis de localiser des bases militaires secrètes ou d’identifier du personnel militaire sur la base de leur tracé de course quotidien.

En Suisse aussi.

A lire pour aller plus loin : Des espions de la DGSE identifiés à cause de l’application sportive Strava.

Comme le disait déjà Virgile dans l’Énéide (II, 49) il y a 2000 ans au sujet du cheval de Troye : « Je crains les Grecs, même lorsqu’ils font des cadeaux ».

A bon entendeur.

Bon baiser de Suisse

Antispécisme: La pente glissante du radicalisme

De l’activisme à l’action

Les militants de la cause animale sont actifs depuis longtemps dans notre pays, que ce soit au travers des sociétés de protection des animaux, de la lutte contre la vivisection ou plus récemment avec l’essor du mouvement antispéciste.

Une définition glanée sur Internet mais qui semble faire consensus définit l’antispécisme comme un courant de pensée, qui a pris naissance dans les années 1970, et qui refuse la notion d’espèce. Les antispécistes combattent les critères prédéterminés qui seraient liés à l’appartenance à une espèce, et notamment à la domination de l’Homme sur l’animal.

En mai 2017, premier coup d’éclat antispéciste en Romandie avec l’association 269Life Libération Animale qui rependait du faux sang dans un Mac Donald de Lausanne avant d’être énergiquement évacuée par la police.

L’antispécisme faisait sa une et allait susciter des vocations.

De quelques dizaines d’individus isolés, le mouvement est passé à plusieurs centaines de militants actifs qui échangent avec leurs homologues étrangers et qui participent à des actions en Suisse et dans les pays voisins.

Premières cibles, les abattoirs, vaudois en particulier, régulièrement bloqués, dénoncés, ou encore infiltrés avec à la clé des vidéos chocs et du matériel de communication percutant.

En janvier 2018, c’est le  22e salon de l’agriculture à Lausanne qui était perturbé par des militants de la cause animale, provoquant quelques accrochages mineurs avec des agriculteurs fiers et travailleurs, peu réceptifs aux arguments de jeunes perçus comme urbains et totalement déconnectés de la terre.

Enfin, depuis quelques mois, c’est Genève qui fait l’expérience d’une vague de vandalisme contre des commerces, plus particulièrement des boucheries, attribuée à des antispécistes, heureusement minoritaires, qui prônent l’action violente pour réveiller les consciences.

Convictions, moqueries et sous-estimation : le cocktail explosif

Réduire les militants actifs de la cause animale à des bobos intello urbains en manque de combat ou à des doux rêveurs, c’est commettre une grave erreur d’appréciation.

Au Royaume-Uni, bastion et figure de proue de la cause animale, l’extrémisme animalier fait partie depuis près de 20 ans des menaces majeures contre la sécurité publique suite à des attentats répétés contre des laboratoires de vivisections.

De 2000 à 2010, la National Extremism Tactical Co-ordination Unit, groupe chargé de lutter contre l’extrémisme intérieur au Royaume-Uni, était même occupée quasi exclusivement par la lutte contre plusieurs groupes d’extrémistes de la cause animale qui avaient basculé dans l’action violente.

Les services de sécurité anglais soulignent que parmi les radicalismes étudiés en Europe, celui de la cause animale est celui qui permet le recrutement le plus facile et le basculement dans l’action violente le plus rapide.

La raison à cela est très simple, la grande majorité des humains développent une empathie naturelle pour l’animal, hors de tout discours ou doctrine.

Il n’y a rien à apprendre pour être touché par le sort de certains animaux et il est tout aussi naturel de vouloir faire quelque chose.

Dans une étude de la Northeastern University de Boston parue en novembre 2017, des chercheurs ont même mis en évidence le fait que l’être humain développe plus d’empathie envers la souffrance animale qu’humaine.

Ainsi, dès lors que l’on fait un amalgame entre violence faite aux animaux et violence faite à des humains, la suite logique veut que l’action violente soit légitimée comme étant une forme de légitime défense pour autrui, et ce d’autant plus que l’animal est muet et sans défense.

Ecoute et réponses

La lutte contre la maltraitance animale ou plus largement l’exploitation animale est une lutte louable et profondément morale, c’est d’ailleurs l’un de ses atouts envers le grand public et la communication de ces groupes de militants l’a bien intégré.

La Suisse a jusqu’ici été épargnée par des actions violentes (incendies, attentats) de l’intensité qu’a connu le Royaume-Uni mais découvre des signes précurseurs d’une intensification de la lutte.

Il est dès lors intéressant de se pencher sur la manière dont les autorités anglaises ont géré et gèrent encore le mouvement animalier.

L’approche anglaise est duale, répression contre les éléments violents et collaboration avec les éléments plus modérés.

C’est surtout cette deuxième composante qui mérite que  l’on s’y attarde.

Pionnière et très active depuis 1824,  l’association Royal Society for the Prevention of Cruelty to Animals (RSPCA) possède une hotline ouverte 24h/7 qui permet de dénoncer tout abus envers les animaux.

L’association possède en outre ses propres enquêteurs qui récoltent des éléments et montent des dossiers qui sont ensuite transmis à la police.

Ces dénonciations et ces dossiers transmis à la police sont réellement pris en charge et débouchent régulièrement sur des condamnations.

D’un point de vue judiciaire, l’Animal Welfare Act 2006, prévoit des interdictions de détention d’animaux de durée limitée ou à vie ainsi que des amendes et des peines de prison fermes jusqu’à 1 an.

En 2016, un amendement à loi passé en Irlande du Nord a relevé le plafond des peines jusqu’à GBP 20’000.- pour les amendes et jusqu’ à 5 ans de prisons pour les cas les plus graves de maltraitance animale.

Bien entendu, ces peines ne sont pas systématiques mais la réponse policière effective aux abus conjuguée à la neutralisation des éléments les plus radicaux ont drastiquement réduit la problématique outre-manche.

Il ne faut pas perdre de vue que si elles sont motivées par de multiples facteurs, les actions violentes sont aussi une manière de communiquer (et revendiquée comme telle) pour des militants qui s’estiment inaudibles pendant que d’autres êtres souffrent.

Nous aurions ainsi tout à gagner à ce qu’un effort politique soit entrepris pour que ces associations puissent travailler de concert avec les pouvoirs publics pour, déjà, combattre efficacement des situations de maltraitance animale indiscutables.

D’un point de vue judiciaire, les peines anecdotiques infligées en Suisse aux détenteurs d’animaux qui commettent des abus devraient également faire l’objet d’une révision, visiblement souhaitée par une partie grandissante de la population.

Enfin, pour ce qui est des radicaux qui sabotent les outils de travail d’éleveurs respectueux de leurs bêtes ou qui jettent des cailloux dans des vitrines d’artisans bouchers, la fermeté reste la meilleure option.

Bon baiser de Suisse.

 

Surveillance des assurés : mensonges à gauche, pragmatisme partout ailleurs

L’épouvantable détective qui cache une méconnaissance totale du sujet

Depuis l’annonce début avril du lancement d’un référendum contre la modification de loi qui doit permettre aux assurances sociales d’engager des détectives privés, on voit fleurir les commentaires outragés d’une partie de la population et de la classe politique contre des dispositions qui ont pourtant facilement passé l’écueil du législateur.

Alors, ces nouvelles dispositions, pragmatisme ou outrage à l’État de droit ?

L’argument d’autorité, celui qui doit choquer le citoyen, est que des détectives privés seront autorisés à surveiller des assurés, et même à utiliser des GPS, sans l’autorisation d’un juge, au contraire de la  police ou des services de renseignements.

A défaut d’être totalement fallacieux, l’argument a au moins le mérite de mettre à nouveau en évidence l’absurdité de certaines procédures imposées aux services de l’Etat (voir La grogne monte aux services secrets suisses, «ligotés» par des règles strictes).

En premier lieu, les nouvelles dispositions ne feront que consacrer une pratique de longue date dans les assurances sociales, pratique confirmée par le Tribunal Fédéral, même sans bases légales topiques, et qui n’avait jusqu’ici pas déplacé les foules.

En second lieu, les détectives privées qui pratiquent aujourd’hui en Suisse, dans le cadre des assurances sociales ou dans le cadre d’autres mandats divers et variés, ne bénéficient d’aucunes prérogatives légales.

En clair, un détective privé n’a pas plus de droit qu’un citoyen lambda et est soumis aux mêmes règles et obligations que celui-ci dans ses recherches et observations.

La nouvelle loi ne changera rien à cela. Prétendre que les détectives pourront, avec cette loi, pratiquer des surveillances secrètes sans l’aval d’un juge est un mensonge !

La révision de la loi n’est en réalité qu’un correctif législatif rendu nécessaire par une décision de la Cour européenne des droits de l’homme afin que les assurances sociales, dont on rappelle qu’elles financent les rentes avec nos cotisations, puissent mandater des détectives privés en cas de soupçons de fraude grave.

Le droit ainsi octroyé aux assurances sociales d’utiliser les services d’un détective sera alors le même que celui de tout citoyen ou entreprise suisse.

Et le GPS alors ?

La seule vraie nouveauté de la loi est l’introduction d’une base légale explicite autorisant les détectives à utiliser un GPS, dans certains cas précis, et avec l’autorisation d’un juge.

En clair, la seule mesure vraiment nouvelle de la loi sera soumise à l’autorisation d’un juge, précisément ce que demande les référendaires…

Quel impact aurait vraiment ce référendum ?

En cas d’acceptation du référendum, seules les assurances sociales seront pénalisées, et par conséquent les fraudeurs avantagés, la modification de la loi n’ayant pour objet que le recours à des détectives privés dans le cadre restreint des assurances sociales.

En effet, hors assurances sociales, tout un chacun pourra continuer à mandater un détective privé dans le respect des lois en vigueur.

Bon baiser de Suisse.

 

 

 

Votation sur les avions de combat: échec et mat ?

Vendredi 9 mars 2018, la presse nous apprenait que le Souverain serait à nouveau appelé à voter sur l’achat de nouveaux avions de combats.

Monsieur le Conseiller fédéral Parmelin a ainsi opté en faveur du crédit extraordinaire, soumis à référendum, au lieu de lisser l’achat des avions sur plusieurs exercices du budget ordinaire de l’armée, ce dernier étant voté par les Chambres.

Pour rappel, l’achat du Gripen avait été refusé en 2014 par 53.8% des votants, échec que l’on attribua rapidement et globalement à Ueli Maurer et à sa campagne de communication, unanimement qualifiée de maladroite.

On parlait alors d’un crédit de seulement CHF 3.126 mia contre près de CHF 8 mia aujourd’hui.

Dans la foulée de l’annonce de la future votation, le chef de l’armée Philippe Rebord annonçait dans la Südostschweiz am Wochenende et la Schweiz am Wochenende que les pilotes feront campagne car « Le gros avantage des pilotes militaires est qu’ils sont immensément crédibles ».

A l’instar de l’Ordre des médecins pour les rémunérations de certains de ses membres ou des régies pour les loyers de l’arc lémanique ?

Attention aux pièges d’une campagne de l’armée qui s’adresserait à des convaincus ou au contraire, qui s’adresserait à des opposants avec l’argument émotionnel.

Quels votants…

Les commentaires d’ores et déjà publiés sur Internet sont de bons indicateurs des forces en présence, lesquelles peuvent être catégorisées en trois groupes, les soutiens à l’achat, les opposants de principe et ceux que j’appellerai les «  Alternativistes ».

Le premier groupe des soutiens de l’armée n’a pas changé d’avis et insistera à nouveau sur la nécessité de cet achat.

Dans le deuxième groupe, celui des opposants de principe, on retrouve le GSSA, une bonne partie de la gauche et tous ceux qui œuvrent à la réduction des moyens et des compétences de l’armée.

Ce groupe, comme celui des soutiens à l’armée, n’a certainement pas changé d’avis sur l’achat de nouveaux avions de combats et se prépare à une campagne féroce.

Enfin,  le groupe des Alternativistes regroupe, quant à lui, toutes celles et ceux qui estiment, tous bords politiques confondus, qu’il y a d’autres investissements plus urgents, plus utiles ou encore plus éthiques à faire avec un crédit extraordinaire de la Confédération.

Questions rhétoriques alternativistes :

  • Comment justifie-t-on un chèque en blanc de CHF 8 mia à l’armée alors que le peuple a refusé une hausse des rentes AVS de CHF 70.- par mois pour nos retraités ?
  • Comment justifie-t-on un crédit de CHF 8 mia pour l’armée alors que rien ne bouge à Berne pour les primes maladies ?
  • Dois-je accepter que l’on donne un crédit supplémentaire à l’armée, payé avec mes impôts, alors qu’il n’y a pas de crédits supplémentaires pour des places en crèche pour mes enfants ou pour un congé paternité ?

Si je suis un votant Alternativiste qui hésite, répondez-moi que ces problèmes n’ont aucun rapport ou ne me répondez pas et je voterai oui au référendum.

Si la campagne à venir en faveur de l’achat des nouveaux avions de combat s’articule à nouveau sur la nécessité stratégique, l’urgence de renouveler la flotte ou le charisme de nos pilotes alors la leçon n’aura pas été apprise et ce sera un nouvel échec devant le peuple.

…pour quelle campagne ?

Pour gagner, cette campagne devra être celle des Partis et non celle de l’armée.

Cette campagne doit viser un compromis rationnel et tout helvétique sur la répartition des ressources extraordinaires de l’Etat.

Il n’y aura certainement pas d’avions de combat sans une compensation décente en faveur des problématiques sociales ou des projets de sociétés soutenus par les Alternativistes.

Pour ma part j’estime que la Suisse a besoin de nouveaux avions de combats  car la défense aérienne est une composante inséparable et essentielle de la souveraineté territoriale et que, sans souveraineté territoriale, il n’y a pas de libertés qui puissent s’exercer.

Bon baiser de Suisse.

Espions privés : mythes, réalité, opportunités

Régulièrement, la presse a l’occasion de décrire l’intervention dans une affaire médiatique de ce qu’elle appelle volontiers, et qui constitue un abus de langage, un espion privé ou un barbouze.

Il convient de rappeler qu’un espion est par définition un individu engagé dans des activités d’espionnage, comportements typiques réprimés par le code pénal (Art. 272ss CP).

En dehors de ces activités illicites, s’exercent de manière tout à fait légale des activités de renseignement d’affaires ou d’intelligence économique.

Une industrie légale et compétitive

Bien loin des controverses, malheureusement parfois justifiées, qui continuent de coller à la peau de ces professionnels de l’information, Londres, Paris ou encore Moscou accueillent ouvertement de nombreuses sociétés d’intelligence économique qui ont sues se rendre indispensables à nombre de cabinets d’avocats et de sociétés qui ont un besoin d’informations stratégiques.

Ces sociétés opèrent tant pour le secteur privé que pour des entités publiques, comme par exemple la Banque Européenne d’Investissement (BEI), dont l’appel d’offre pour un contrat bisannuel de fourniture de renseignements fait à chaque fois l’objet d’une féroce bataille entre les poids lourds du secteur.

Parfois, ces sociétés sont également directement engagées par des États pour conduire des investigations complexes et transnationales.

C’est par exemple le cas de la Moldavie qui a engagé en 2012 un célèbre cabinet d’investigation américain pour déterminer ce qu’il était advenu de près d’un milliard d’euros qui avaient disparu des caisses de l’État.

Plus proche de nous, les nombreux arbitrages commerciaux tranchés en Suisse regorgent de rapports et d’éléments de preuves rapportés par des  « business intelligence firms » de Mayfair, du nom de ce quartier de Londres qui concentre la majorité des sociétés d’investigation et de renseignement qui comptent en Europe et dans le monde.

Et en Suisse ?

Très attachée à la protection des données et échaudée par son expérience avec les sociétés militaires privées, la Suisse est partagée entre méfiance et opportunité économique.

Pourtant, sans le savoir vraiment, la Suisse est discrètement devenue la deuxième place européenne en matière de renseignement d’affaires derrière Londres avec des sociétés d’intelligence économique, dont certaines suisses, sont reconnues bien au-delà de nos frontières.

Parallèlement, la plupart des importants acteurs étrangers de cette industrie ont au moins un bureau de représentation dans notre pays.

Plus fantasmé que connu, le renseignement privé à la sauce anglaise c’est avant tout un métier bien encadré, des procédures de compliance de plus en plus strictes et une majorité d’ employés choisis parmi les étudiants des meilleures universités européennes.

Au niveau Suisse, le Canton de Genève fait office de précurseur avec la création de l’Office de Promotion des Industries et des technologies (OPI) qui offre plusieurs services en matière d’intelligence économique et avec ses cursus et options à la Haute École de Gestion et à l’Université de Genève qui forment dans le domaine.

Enfin, au niveau économique, on est bien loin des clichés sur l’investigateur solitaire qui chasse le mandat d’adultère avec des chiffres d’affaires en Suisse qui peuvent atteindre plusieurs millions de francs voir plus de 100 millions de dollars à l’étranger pour la plus grosse société d’intelligence économique américaine cotée en bourse.

Dans la tradition de ses banques privées, de ses cabinets d’avocats prestigieux et de ses pépites industrielles, la Suisse a également une bonne carte à jouer comme lieu incontournable du renseignement d’affaires.

Bon baiser de Suisse.

Loi anti-corruption américaine : une arme de déstabilisation massive

Avez-vous déjà entendu parler du Foreign Corrupt Practices Act (FCPA) ?

Probablement pas, et c’est fort dommage.

Une loi extraterritoriale

Le Foreign Corrupt Practices Act (FCPA) est une loi fédérale américaine de 1977 créée pour lutter contre la corruption d’agents publics à l’étranger.

Certes. Vous me dites qu’il existe une loi américaine destinée à sanctionner des pratiques de corruptions commises à l’étranger ?

Où est le problème ?

Et bien partout et pour tout le monde, et c’est bien là où le bât blesse.

Le FCPA, comme l’appelle les connaisseurs, est une loi extraterritoriale, à savoir qu’elle déploie certains de ses effets en dehors du territoire national américain.

A première vue, cela fait effectivement du sens pour une loi qui est censée lutter contre des pratiques de corruptions commises à l’étranger.

La plupart des gens s’accordent sur le fait qu’un citoyen suisse ou une entreprise suisse qui se rendent coupable de corruption à l’étranger puisse être poursuivis en Suisse. C’est d’ailleurs ce que prévoit notre code pénal aux Art. 102 et 322septies CP.

Et si je vous disais maintenant qu’une entreprise suisse qui commet un acte de corruption en Lituanie peut être poursuivie aux États-Unis et condamnée à verser aux autorités américaines une amende vertigineuse dont pas un centime n’ira au pays victime.

Nettement plus choquant n’est-ce pas ?

Le département de la justice américain (DOJ) fonde sa compétence à poursuivre des actes de corruptions commis à l’étranger sur la base de critères très ténus et de ce fait souvent ignorés, voire difficilement concevables pour nous Européens.

Par exemple, utiliser le dollar US pour payer un pot-de-vin ou le fait, pour un individu engagé dans un acte de corruption, de correspondre par l’intermédiaire d’un service de messagerie américain tel que Gmail ou Facebook permet de poursuivre n’importe quel individu ou entreprise aux États-Unis, quelle que soit sa nationalité ou le lieu de son siège.

Et cela même si aucun américain ou entreprise américaine n’est impliqué.

Une arme de guerre économique

Nos voisins français ont véritablement découvert le FCPA en 2014 avec l’amende colossale infligée à BNP Paribas (8,9 milliards de dollars) puis celle infligée à Alstom (772 millions de dollars) qui a permis au passage à General Electric de racheter à bon prix la division Energie du groupe français.

Depuis fin 2017, c’est le groupe Airbus, éternel rival de l’américain Boeing, qui est aux prises avec la justice américaine sur fond de FCPA.

La Suisse n’est pas en reste, la RTS dévoilait en effet le 3 janvier dernier que la justice américaine enquête sur Novartis au sujet de soupçons d’actes de corruption prétendument commis par l’entreprise suisse en Grèce.

Novartis avait déjà payé une amende de 25 millions de dollars aux Etats-Unis en 2016 pour mettre fin à une poursuite pour des actes de corruption commis en Chine.

Plus qu’une loi, le FCPA est un instrument de Smart Power assumé, fer de lance de la guerre économique que se livrent ennemis mais aussi alliés.

A l’heure des discussions sur le budget de l’armée, peut-être devrait-on également s’interroger sur notre arsenal de guerre économique et les contre-mesures à notre disposition.

Bon baiser de Suisse.

L’administration qui rend fou

Dans le classique Les 12 travaux d’Astérix, le célèbre gaulois et son fidèle compagnon Obélix se rendent à l’administration romaine pour tenter d’obtenir le fameux laisser-passer A38. Baladés d’étages en fonctionnaires, les deux héros finissent par en perdre leur latin, la raison et leur sang-froid.

Métaphore comique et critique avouée de l’administration française par ses auteurs, cette épreuve administrative garde, deux milles ans plus tard, toute sa pertinence.

A l’heure des discussions sur l’identité numérique suisse, sur l’administration Blockchain et sur le développement de l’administration en ligne, arrêtons-nous un instant sur une réalité un peu…en retard.

Exemples choisis des documents à produire en 2018, en format papier bien entendu, pour quelques démarches administratives:

  1. Arrivée d’un Confédéré dans le Canton : 6 documents de 3 administrations différentes ;
  2. Déclaration de naissance d’un nouveau-né de nationalité étrangère : 4 documents de 4 administrations différentes ;
  3. Inscription au registre cantonal des avocats : 5 documents de 4 administrations différentes.

Un changement de paradigme

L’Etat a-t-il un problème avec le numérique ? Non, pas fondamentalement.

Les administrations se modernisent et de gros efforts dans ce sens sont consentis, notamment à Genève ou Zürich où l’administration est poussée en avant par des magistrats numériquement ambitieux.

L’Etat à un problème avec la transformation digitale et les changements de paradigme.

La vrai force du digital c’est la mise en réseau et l’accessibilité instantanée.

L’heure n’est plus à la numérisation progressive des différents Offices, l’heure est à la fusion totale des données administratives, au guichet unique et à un accès direct, instantané et sécurisé pour chaque citoyen-utilisateur à ses données personnelles et administratives.

En 2018, nous désespérons encore au guichet l’Office de la Population car il manque un imprimé de l’Etat civil ou nous rageons au Service Cantonal des Véhicules car il manque l’attestation de domicile.

Le citoyen-utilisateur 2.0 au centre de l’administration

Et si toutes les administrations avaient accès à tout ?

Et si j’avais une carte d’identité qui me permettait, au guichet de n’importe quelle administration, de débloquer de manière ciblée pour le fonctionnaire toutes les informations dont il a besoin ?

Ou mieux, si je pouvais stocker dans ma carte d’identité toutes mes informations personnelles et administratives et que je pouvais les mettre à jour en ligne et m’en servir sur un portail d’e-administration unique ?

Dans ce cas, je n’aurais pas à me lever 1h plus tôt demain matin pour aller faire la queue à l’Office des Poursuites pour une attestation.

Et  vous, comment voyez-vous l’administration de demain ?

Bon baiser de Suisse.

#administrationdedemain #letemps

 

 

 

 

 

Quel maître espion pour le Service de Renseignement de la Confédération ?

Fin novembre 2017, le chef du Service de Renseignement de la Confédération (SRC), Markus Seiler, quittait ses fonctions pour rejoindre le département des affaires étrangères d’Ignazio Cassis, fraichement élu.

Depuis lors, l’intérim est assuré par Paul Zinniker, le très expérimenté numéro deux du Service.

Prévue au printemps, la nomination du nouveau chef du SRC sera une tâche ardue tant le nombre de candidats pour ce poste pourtant exposé est élevé.

Rien qu’au sommet de la liste, pas moins de six profils de grande qualité, dévoilés par Le Temps en décembre dernier, s’activent déjà dans l’ombre pour s’installer dans le siège du chef.

Le choix sera d’autant plus compliqué que le Service est en pleine mutation depuis l’entrée en vigueur de la nouvelle Loi sur le renseignement (LRENS) et que les attentes, autant internes que politiques, sont grandes.

Sans préjuger des atouts et des défauts des candidats actuels, arrêtons-nous un instant sur quelques défis qui attendent le futur M helvétique.

  • Trouver l’équilibre entre efficacité et respect de la LRENS

Très bureaucratique, c’est pourtant le premier grand chantier qui attend le futur chef du SRC.

Sur le papier, la nouvelle Loi sur le renseignement a donné de nouveaux outils au SRC en contrepartie d’une surveillance administrative et politique accrue.

Dans la réalité, c’est une véritable usine à gaz procédurale qui entrave largement la liberté d’action et d’initiative du Service.

Le nouveau chef du SRC devra avoir le courage politique de monter au créneau pour réaffirmer les fondamentaux du renseignement, à savoir le secret -parfois absolu-, la souplesse opérationnelle et l’esprit d’initiative.

Ce sont ces éléments qui doivent distinguer le SRC de la Police Fédérale sans quoi s’opérera sans doute une fusion des prérogatives et des compétences qui posera rapidement la question de l’utilité même du Service.

  • Contrer les extrémismes et gagner en indépendance

En matière de terrorisme et de lutte contre les extrémismes, la Suisse ne peut compter que sur ses alliés et ses ennemis. Voilà en une phrase un résumé la place actuelle du SRC au sein des services de sécurité européens.

Budget opérationnel limité, impossibilité de tracer les flux bancaires ou encore infiltrations et surveillances refusées par frilosité politique, le recrutement de nos sources propres et l’acquisition agressive du renseignement sont largement bridés.

Nous pouvons remercier nos voisins de nous offrir des arrestations sur un plateau mais s’il y a bien un métier dans lequel il faut éviter d’être débiteur, c’est le renseignement.

Le nouveau chef du SRC aura ainsi la charge de ménager nos alliés tout en donnant une impulsion nouvelle à un Service qui doit impérativement gagner en indépendance.

  • Contrer les risques cyber et adapter les systèmes d’information

On disait hier que l’argent était le nerf de la guerre, cela est moins vrai depuis Internet.

Attaques informatiques, espionnage et manipulation, le cyber espace est devenu un lieu incontournable de conflits et le lieu où il faut être pour contrer et anticiper les menaces.

Un rapide coup d’œil à l’historique des projets informatiques au sein de la Confédération fait frémir et le nombre d’acteurs, fédéraux et cantonaux, impliqués dans la cyberdéfense suisse augure déjà de la cacophonie qui ne manquera pas d’émerger en cas d’audit.

Au niveau purement opérationnel, la Suisse est également un millefeuille de bases de données publiques et privées, plus ou moins bien tenues, et de registres, plus ou moins informatisés.

Expliquez aux services de renseignements français ou allemands que le SRC n’a pas d’accès direct aux bases de données des opérateurs, des banques ou même aux documents des registres du commerce, ils vous riront au nez.

La question est évidemment plus politique qu’opérationnelle, mais le futur chef du SRC devra impérativement avoir la fibre informatique et être un lobbyiste chevronné à même d’étoffer le service informatique du SRC.

Enfin, à plus long terme, le chef du SRC devra montrer une grande habileté politique pour participer à la nécessaire transformation digitale des institutions et à la concentration des bases de données qu’il est urgent d’opérer au niveau national.

Bon baiser de Suisse.