Nouvelle loi anti-terroriste : un canard boiteux mais révélateur de l’inefficacité helvétique

Le 14 janvier dernier, les jeunes Verts, la Jeunesse socialiste, les jeunes Vert’libéraux et le Parti pirate ont déposé à la Chancellerie fédérale 142 800 signatures contre la nouvelle loi sur le terrorisme.

Ceci fait, nous voterons le 13 juin 2021 sur ce référendum.

Au cœur du débat, l’autonomie et le pouvoir de décision très large que la loi offrirait à la police fédérale (Fed Pol) dans ses efforts de lutte contre le terrorisme et les extrémismes violents.

Sont particulièrement visées par les critiques de tout bord, la nouvelle définition de l’« activité terroriste», qui n’exige plus la perspective d’un crime ainsi que certains articles du projet de loi (art. 23ss Loi fédérale sur les mesures policières de lutte contre le terrorisme) qui donneraient à la police fédérale un pouvoir étendu pour désigner des « terroristes potentiels » et décider de mesures préventives à leur encontre sans contrôle judiciaire significatif, c’est-à-dire sans validation préalable de la mesure de contrainte, par exemple une assignation à domicile ou une interdiction de contact, par un juge.

Pour rappel, dans le cadre d’une instruction de la police cantonale, les mesures de contraintes sont ordonnées par le Ministère public et les mesures de privation de liberté par le Tribunal des mesures de contrainte.

Ce débat n’est pas sans rappeler celui, encore récent, sur la Loi sur le renseignement (LRens), lequel avait donné lieu à des négociations tout aussi acharnées sous la Coupole et à un référendum finalement perdu par les opposants.

Cette opposition farouche d’une partie de la classe politique au projet de la LRens avait abouti à la mise en place de cautèles strictes à l’activité du Service de Renseignement (SRC), à l’introduction de procédures administratives et judiciaires très lourdes autour des mesures à disposition du Service et à l’absence de tout pouvoir dit « de police » au sein du SRC. En clair, dès que le SRC dispose de soupçons forts ou fondés envers un sujet d’enquête, il doit transmettre le dossier au Ministère Public de la Confédération qui va charger Fed Pol de la suite de l’enquête et des mesures de contrainte.

Ces restrictions nous ont conduit à avoir un Service de renseignement avec des moyens étendus mais aucun pouvoir de police et à une Police fédérale sans les moyens du service de renseignement, mais avec un rôle de police.

Ce partage des pouvoirs fonctionne sur le papier et dans la tête de certains politiciens mais dans la lutte contre le terrorisme et les extrémismes violents notamment, cette manière de faire ne fonctionne pas, et encore moins lorsqu’on y ajoute les impératifs liés à la nécessaire coopération internationale dans ces matières.

Le résultat de cette schizophrénie est ce projet de Loi fédérale sur les mesures policières de lutte contre le terrorisme sur lequel nous voterons et qui tend fondamentalement à accorder à la Police fédérale les pouvoirs qui ont été refusés au Service de renseignement pour les mêmes tâches.

A l’inverse, ne devrait-on pas accorder plutôt des pouvoirs de police au Service de renseignement ?

La question est ouverte dans l’attente du résultat du 13 juin prochain.

Quel que soit le résultat de la votation et sans se prononcer ici sur le bien-fondé des arguments du législateur et des référendaires, il semble clair qu’une nouvelle réflexion sur l’appareil sécuritaire au niveau fédéral doit être rapidement menée.

En tant que citoyen, j’espère voir particulièrement les partis de « gauche » prendrent part à ce débat, non dans un perpétuel esprit d’opposition, mais avec une approche constructive dont le premier objectif doit être l’efficacité et la cohérence du système.

 

 

 

COVID ou COMPLOTS VIDES ?

Aux cours des dernières semaines, on a beaucoup parlé des théories du complot en lien avec la crise du COVID 19.

Longtemps, nous avons observé de loin l’émergence, la diffusion puis la consécration, jusqu’au plus haut sommet de l’Etat américain des théories du complot ou des faits alternatifs comme disent aujourd’hui les stratèges politiques.

Ce qui faisait rire hier, comme la remise en question du caractère sphérique de la terre, fait beaucoup moins rire aujourd’hui alors que certains s’attaquent à des politiques publiques, à des programmes scolaires ou s’arment et se préparent à la contre-attaque suite à leur lecture de la « Vérité » sur Internet.

En Suisse aussi, avec la crise actuelle, nous avons vu émerger dans le débat public des personnalités et des théories jusqu’ici cantonnées à l’anonymat numérique.

Aux moqueries de la majorité, souvent décrite comme aveuglée et contrôlée, cette nouvelle minorité visible rétorque qu’elle ne fait que poser des questions et interroger ceux qui nous gouvernent.

La démarche est d’apparence légitime mais le problème est qu’aucune réponse n’est jamais satisfaisante. Et pour cause, l’essence même des théories « du complot » est de ne pas croire les réponses données.

L’enjeu du « complotisme », bien que je n’aime pas le mot, est de faire basculer un système basé sur la vérité factuelle vers un système de croyance où la vérité est une opinion et non plus un fait scientifique.

Car non, toutes les sources ne se valent pas et toutes les opinions non plus. Tous ceux qui doivent travailler avec des sources documentaires le savent, l’enjeu premier d’une analyse de l’information est la qualification des sources. L’opinion de « François » informaticien à la retraite et son analyse de sources Internet n’ont pas la même valeur qu’une étude en double aveugle par trois prix Nobel dans la revue Nature.

Non, face à ces deux opinions, il n’y a pas deux théories, comme on peut le lire aujourd’hui sur Internet. Il y a la science de pointe d’un côté et l’ignorance et un empire de faux syllogismes de l’autre.

Comme l’ont mentionné certains commentateurs éclairés, poser et reposer certaines questions dont les réponses étaient considérées comme acquise c’est remettre en question les fondements. Or, sans fondements, il n’y a plus de construction possible, seulement le déséquilibre.

Dans notre société, au-delà des escarmouches rhétoriques, et souvent fleuries, sur les réseaux sociaux au sujet des potentiels complots actuels,  l’enjeu sur le long terme est de savoir comment nos démocraties vont pouvoir et plus probablement devoir consacrer certains faits et vérités scientifiques sans tomber dans l’autoritarisme et en laissant toujours ouverte la porte à la remise en question scientifique.

En effet, ce que la crise actuelle nous montre c’est qu’une partie importante de la population n’est pas en mesure de vivre dans l’incertitude ou à tous le moins de l’accepter, en particulier chez nos dirigeants.

Nous ne savons pas encore beaucoup de chose de la COVID 19, nous ignorons combien de temps cela va durer, nous ignorons quelles seront les séquelles de la maladie, nous naviguons à vue dans le brouillard et le gouvernement avec nous.

Oui, en 2020, alors que l’on peut envoyer des satellites dans l’espace, nous n’avons pas de plans éprouvés face au virus.

Nous restent alors deux solutions, affronter la crise ensemble en comprenant bien que toutes les mesures qui sont prises sont aussi inédites qu’incertaines ou mettre la faute sur les Illuminatis, les pharmas, les juifs, Bill Gates ou autres « états profonds ».

Au lieu de passer du temps à chercher la Vérité sur Youtube, on ne peut que recommander la lecture du philosophe du XIVe siècle Guillaume d’Ockham et de s’attarder particulièrement sur le concept de son désormais célèbre rasoir.

 

 

 

 

Piqûre de rappel pour les adeptes du traçage COVID

Il est de coutume de dire que l’humain à la mémoire courte.

En lisant les articles emballés sur la toute prochaine « nécessaire » application de traçage des contacts COVID, je constate que nous avons parfois la mémoire plus que courte.

Un petit rappel s’impose.

En septembre 2016, nous étions appelé aux urnes pour voter sur le référendum relatif à la nouvelle loi sur le renseignement (LRens) au terme d’une campagne acharnée de près de dix-huit mois, au Parlement, dans les commissions et dans la presse, entre les défenseurs des Droits de l’homme et les soutiens à la nouvelle loi.

En 2016, j’avais écrit à ce sujet être favorable à la nouvelle loi sur le renseignement considérant que les procédures de contrôles, notamment des mesures de surveillance dont fait partie la géolocalisation de téléphones portables, étaient suffisantes voire exagérées.

Pour information, sous l’empire de la LRens actuelle, l’autorisation pour géo localiser un numéro de portable, dont on suppose qu’il appartiendrait à une personne soupçonnée de terrorisme, nécessite au minimum l’aval d’un chef de service, l’aval d’un Conseiller fédéral, la présentation d’un dossier devant le Tribunal administratif fédéral et un jugement favorable.

Or, en ces temps troublés de COVID, la population est appelée à consentir d’ici au 11 mai à une application de traçage des contacts sociaux généralisée, sans débat démocratique, sur une base légale d’ores et déjà contestée et sans contrôle judiciaire.

Que nécessité fasse loi, certes, mais c’est justement en ces temps troublés que la Constitution et les droits fondamentaux devraient prévaloir.

Bon baiser de Suisse

Comme une guerre économique de retard

Vingt-cinq ans de retard

Guerre économique, influence, entreprises stratégiques et autres pépites industrielles, voici que le vocabulaire de l’intelligence économique débarque enfin sur le devant de la scène à la (dé)faveur de la crise actuelle.

En 1994, la Documentation française, sur commande du Gouvernement, publiait le rapport « Intelligence économique et stratégie des entreprises », appelé communément “Rapport Martre”.

Ce rapport, pièce fondatrice de la discipline de l’intelligence économique, mettait l’accent sur la nécessaire identification et la coordination des acteurs stratégiques, publics et privés – locaux et nationaux, partageant l’information à des fins de développement et de compétitivité.

Mal-aimée voir incomprise dans un pays libéral et décentralisé comme la Suisse, l’intelligence économique et l’agrégation de l’information à un niveau supra-entreprise n’ont jamais vraiment connu l’essor qu’ils méritaient, à tous le moins au niveau des pouvoirs publics.

Vingt-cinq ans après le rapport Martre, la Confédération avance toujours très timidement avec un mandat limité donné au Service de renseignement de la Confédération pour faire de la prévention auprès des entreprises contre l’espionnage économique. Rien de plus.

Pour la cartographie des industries et des sociétés stratégique suisses, pour la création de pôles de compétitivité avec une sécurisation agressive des chaines d’approvisionnement, pour l’élaboration de lois de blocage contre les prises de participations étrangères dans des sociétés suisses, entre autres, et bien nous attendrons encore.

Real politik

Début février 2020, en plein démarrage de l’épidémie, la Confédération découvrait avec un soulagement certain qu’un des leaders mondiaux de la fabrication de respirateurs se trouvait en Suisse.

Quelques jours plus tard, la consultation en urgence du secteur pharmaceutique révélait que nous fabriquons aussi des machines de tests sérologiques mais malheureusement pas les réactifs.

Nous devrons donc les négocier âprement avec nos « amis » américains, mais au moins nous avons une monnaie d’échange.

Pour les masques malheureusement, c’est une désillusion, nous n’en fabriquons plus depuis un certain temps.

Nous devrons donc accepter l’aide bienveillante et payante de la Chine, aide accompagnée d’une propagande bien huilée et au risque malgré tout de nous faire nous aussi voler nos masques sur le tarmac par des puissances « amies » et décomplexées.

Pour le gel hydroalcoolique enfin, après une période tendue, une partie de l’industrie suisse modifiera sa production à bien plaire pour permettre l’approvisionnement en suffisance de nos hôpitaux et pharmacies.

Sur les trois produits essentiels à la réponse médicale au COVID-19, nous avons eu trois fois de la chance.

Comme dit l’adage au sein de la communauté du renseignement, lorsqu’une stratégie repose sur la chance, ce n’est plus de la stratégie.

Si cette crise agit comme un révélateur de nos manquements et de notre retard, particulièrement dans notre approche de la guerre économique et des stratégies d’intelligence économique, elle sera aussi peut être le moteur des grands chantiers de demain.

Vingt-cinq ans après le rapport Martre, dans le pays le plus innovant du monde, on peut être en droit de l’espérer.

 

Bon baiser de Suisse.

AIR2030 : Acamar, la mystérieuse société américaine de consulting du Parti Socialiste Suisse

Une étude bien pratique

Dans le courant du mois d’octobre 2019, le Groupe socialiste aux Chambres fédérales présentait l’étude ACAMAR, du nom d’un soit disant Think thank chargé par ledit groupe d’effectuer une analyse critique du projet AIR2030 tel qu’envisagé par le DDPS, à savoir la combinaison de nouveaux avions de combats et le renouvellement des installations de défense sol-air.

Selon le PS, « l’étude d’ACAMAR offre les fondations d’un concept de protection de l’espace aérien suisse moderne et efficace, et constitue une alternative souhaitée au projet de loi du DDPS. »

En très synthétique, la conclusion de ce rapport est que la Suisse peut s’offrir une défense de son espace aérien efficace en achetant d’une part des avions d’entrainement, un avion italien et un avion coréen sont proposés, et d’autre part, en se focalisant sur la défense sol-air, avec un accent insistant mis sur la qualité du système américain Patriot.

Dès la sortie de « l’étude » de nombreux commentateurs avertis ont rapidement mis en exergue les nombreuses incohérences, voire erreurs d’appréciation du rapport ainsi que les recommandations un peu trop favorables à certaines sociétés, notamment Raytheon, fabricant du système de défense sol-air Patriot et Leonardo, fabricant de l’avion école M346.

Une mystérieuse société américaine

A la lecture de ce rapport, nous nous sommes demandés : Dans le fond, qui est ce think thank américain ACAMAR qui produit du jour au lendemain un rapport bien favorable aux opposants à AIR2030  ?

Pour débuter notre petite enquête, nous nous sommes mis dans la peau d’un parlementaire suisse et avons tout simplement cherché sur Google une société d’experts en « air defence ».

Comme attendu, nous avons retrouvé en premier lieu les sociétés de consulting réputées comme Jane’s en Angleterre, FTI en France ou encore Air and Missile Defence Consulting en Allemagne.

En cherchant bien, nous avons finalement trouvé quelques pages plus loin le lien vers le site du fameux ACAMAR.

Première constatation, ACAMAR a deux sites : « www.acamar-ltd.com » qui indique que la société a son siège à Dover, Delaware et « https://acamar-analysis-and-consulting-ltd.business.site» qui indique cette fois « Consultant in Colorado Springs, 102 S. Tejon St., Suite 1100, Colorado Springs, CO ».

Intéressant…

Deuxième constatation, l’adresse de son siège à Dover, Delaware, est celui de la société A Registered Agent, Inc, société qui propose des domiciliations virtuelles et un numéro de téléphone local[1].

Pas de bureaux donc,  ni de « multilingual team » comme le présente leur site, hormis si la team ne comprend que les trois fondateurs[2].

Le think thank académique est en réalité une société commerciale

Troisième constatation, ACAMAR n’est pas vraiment un think thank mais une société commerciale qui fut d’abord enregistrée au Colorado, auprès de son fondateur, Michael Unbehauen, le 13 août 2018 avant de changer de siège pour s’installer au Delaware depuis le 29 octobre 2019.

Il s’agit donc en réalité d’une étude sur mesure commandée auprès d’une société privée.

S’agissant des activités d’ACAMAR, nous avons également noté que les fondateurs n’ont annoncé le début des activités d’ACAMAR que le 4 avril 2019[3].

La société n’avait donc que six mois d’existence au moment où elle a rendu son rapport sur la politique de défense aérienne de la Suisse. On peut difficilement parler d’une référence en la matière.

Quatrième constatation, avant le rapport AIR2030, le seul document publié par les fondateurs d’ACAMAR était un papier de trois pages publié sur leur site au sujet des tensions entre la Guyane et le Venezuela ainsi qu’une étude de 15 pages sur le bouclier anti-missile américain, publié à leur compte, auprès d’une base de données d’articles scientifiques à la réputation douteuse et contre laquelle l’ETH Zürich met en garde[4].

Une étude en forme d’entorse à l’exemplarité intellectuelle du PS

Au vu de ces éléments, la question légitime que l’on peut se poser est : comment diable le PS a-t-il trouvé cette société de consulting ? Qui l’a recommandée et qui l’a payée ?

On notera encore le petit mensonge du Parti Socialiste qui mentionne sur son site que  Jane’s Defense, publication faisant autorité en matière de défense, soutient « la proposition du PS de créer une force aérienne bi-types »[5]

En vérité, l’article de Jane’s prend note du rapport et de la position du PS sans juger et encore moins soutenir[6].

Enfin, s’agissant des recommandations du rapport ACAMAR, lesquelles sont actuellement mises en avant par le comité référendaire,  il est piquant de noter que le constructeur des avions alternatifs, soit Leonardo et son avion école M346, fait également partie du consortium d’entreprises proposant l’Eurofighter à la Suisse.

Dans ces conditions, Leonardo aurait-il même le droit de vendre cet avion à la Suisse au détriment des  autres membres du consortium Eurofighter ?

Mais bon, à la guerre comme à la guerre, même quand on y est opposé !

Bon baiser de Suisse

[1] https://www.delawareregisteredagent.com/

[2] https://www.acamar-ltd.com/about

[3] https://baltimore.citybizlist.com/article/542418/united-states-military-veterans-launch-acamar-analysis-and-consulting-ltd

[4] https://publications.waset.org/10010456/the-us-missile-defense-shield-and-global-security-destabilization-an-inconclusive-link et https://css.ethz.ch/en/services/css-partners/partner.html/093875

[5] https://www.sp-ps.ch/fr/dossiers/paix-et-securite/protection-de-lespace-aerien-suisse

[6] https://www.sp-ps.ch/sites/default/files/documents/2019-11-05_jane-s_swiss-social-democrats-propose-split-fighter-acquisition_0.pdf

Monnaie Facebook : Et pour quelques Libra de plus

Rappel des faits 

Mi-juin 2019, Facebook annoncait le lancement de sa future crypto-monnaie LIBRA, laquelle devrait être gérée depuis Genève.

Pour ce projet, Facebook s’est associé à vingt-sept opérateurs digitaux ou financiers internationaux, notamment Uber, eBay, Visa, PayPal, ou encore Mastercard pour n’en citer que quelqu’uns.

Sitôt l’annonce faite, de nombreux commentateurs et politiciens se sont exprimés pour dénoncer le risque de dérive, la privatisation de la monnaie, l’utopie d’une monnaie globale ou encore pour d’ores et déjà annoncer la future résistance farouche des Etats à ce nouvel acteur.

Il y a certainement un peu de vrai dans tout cela mais les articles et opinions sortis à ce jour font l’impasse sur deux enjeux majeurs de cette possible nouvelle crypto-monnaie.

 

La taxe sur les transactions, par les privés

Cheval de bataille de plusieurs brillants économistes, dont Marc Chesney, professeur de finance de l’Université de Zurich, la taxe sur les transactions financières est une utopie de gauche pour les uns et une solution miracle pour les autres.

Discutée depuis longtemps, sans toutefois être vraiment prise au sérieux par les gouvernements, la Suisse en premier lieu, cette taxe alternative, ou ce complément aux impôts actuels semblait voué à être ignoré par les Etats.

C’était sans compter sur Facebook. Une rapide étude du concept et des partenaires (VISA, MASTERCARD, PAYPAL) indique clairement que le modèle d’affaire, et de rentabilité, du LIBRA sera celui du trafic des paiements.

Autre indice, le LIBRA fonctionne sur une blockchain fermé.

Sur la blockchain du BITCOIN par exemple, laquelle est ouverte, ce sont les participants au réseau qui fournissent la puissance de calcul pour valider les transactions, validation qui donne droit à une rémunération (ce qu’on appelle le minage). En d’autres termes, lors de chaque transaction, une petite taxe est prélevée pour assurer la validation de celle-ci.

Dans le cas du LIBRA c’est Facebook uniquement qui validera les transactions et donc qui empochera la taxe de transaction.

Ainsi, à chaque fois que quelqu’un achètera quelque chose n’importe où dans le monde avec du LIBRA, Facebook sera en mesure de prélever une commission sur la transaction, commission presque imperceptible pour le consommateur mais qui sera perçue directement par Facebook.

En d’autres termes, avec le LIBRA, le consortium formé autour de Facebook sera en mesure de lever une taxe sur l’ensemble des transactions faite en LIBRA dans le monde, là où les États ne peuvent taxer, par le biais de la TVA, que dans leur périmètre fiscal national.

 

Vers un nouveau soft-power de la crypto-monnaie

L’argument phare des opposants précoces au LIBRA est que les Etats ne laisseront pas faire.

Certes. Mais si j’étais Donald TRUMP je laisserais faire.

A l’heure où le Dollar est remis en cause dans les échanges internationaux, le LIBRA est une occasion stratégique sans précédent.

En effet, pour qu’une crypto-monnaie soit adoptée et surtout utilisable, il lui faut notamment pourvoir la convertir en monnaie fiduciaire. En claire, convertir ses LIBRA en francs suisses, en Euro ou en Dollars.

Et c’est là que la stratégie se dévoile.

Pour permettre cette conversion, Facebook devra opérer comme un agent de change, ce qui suppose une licence de type bancaire pour opérer.

Or, cette licence lui sera conféré probablement en premier lieu par les autorités américaines pour du change LIBRA/USD.

Imaginons maintenant que le LIBRA soit largement adopté, notamment dans les pays qui connaissent une instabilité politique et monétaire, c’est bien les Etats-Unis qui, au final, pourront surveiller les transactions et si nécessaire bloquer les transactions en LIBRA ou leur conversion selon les circonstances.

Ceci d’autant plus que l’utilisateur du LIBRA, au contraire du BITCOIN, sera parfaitement identifiable par son compte Facebook, qui parions le sera obligatoire pour utiliser la monnaie.

Nous verrons peut être dans le futur des personnes interdites de paiement en LIBRA ou qui verront leur compte en LIBRA bloqué par le gouvernent américain par le biais de cette identification.

Pour l’heure, le Congrès américain a demandé un moratoire sur le lancement du LIBRA, le temps d’en comprendre les enjeux et les risques. Il est probable que l’avantage stratégique du LIBRA pèsera lourd dans la balance.

Il y a fort à parier que les mois à venir Facebook demandera une licence pour changer sa monnaie et que les États-Unis la lui accorderont.

 

Un pied de nez à Genève

Facebook l’a annoncé, le LIBRA sera géré depuis Genève par une association à but non lucratif !

Les revenus issus des transactions, eux, seront sans aucun doute encaissés dûment par une société dont on ne connaitra peut être jamais le nom ou la situation.

 

Bon baiser de Suisse, et de Genève, siège du LIBRA

 

Le jour où la République du Congo a conquis les étoiles

C’est une vidéo qui, pour le coup, a fait plusieurs fois le tour de la terre.

Cette vidéo, c’est celle du lancement, un peu raté quand même, de la fusée Troposphère 5, fer de lance de la conquête spatiale congolaise et de son sorcier, le scientifique Jean-Patrice Kéka.

Scientifique excentrique, éternel optimiste, magicien de la récup, Jean-Patrice Kéka a des ambitions formidables pour le pays le plus riche de la planète dont les habitants sont malheureusement parmi les plus pauvres du monde comme l’a rappelé si justement Denis Mukwege, prix Nobel de la paix 2018.

Qu’à cela ne tienne, la passion de l’espace est plus forte que les moqueries, le retard technologique et le manque de moyens.

Jean-Patrice Kéka l’annonçait en janvier, 2019 sera une année spatiale en République du Congo, avec le lancement de sa nouvelle fusée, Troposphère 6, notamment soutenue financièrement par deux lausannois, Christian Denisart et Daniel Wyss.

Troposphère 6, sur le papier, c’est 5 mètres de hauteur, 3 étages et un petit satellite pour prendre des photos de la Terre, au cas où les 200 kilomètres d’altitude seraient atteints.

Deux cents kilomètres, rien que ça ! Avec mes collègues, on a quand même eu un petit sourire en coin en le lisant.

Et puis nous avons rêvé:

 

– Imagines une seconde que la fusée s’élève au-delà de toute espérance et termine sa course dans un autre satellite. La Nasa rirait jaune.

– Mieux, qu’elle entre en collision avec un satellite et provoque une réaction en chaine qui détruirait la moitié des satellites là-haut.

– Excellent. La fusée à 50’000.- qui nettoierait l’orbite terrestre et ferait des milliards de dégâts.

 

Et, nous avons ri car dans le fond, ça serait une belle histoire que ces jeunes scientifiques s’ouvrent une voie vers les étoiles alors que leur horizon est trop souvent bouché.

La fusée n’est pas encore dans l’espace mais la conquête spatiale a aussi ça de magique, c’est qu’elle fait rêver les hommes, indistinctement de Kinshasa à Lausanne.

Bon baiser de Suisse

Pour ceux que cela intrigue:

Troposphère 5

https://www.youtube.com/watch?v=rZCzzh7tbWc

Troposphère 6

https://www.youtube.com/watch?v=0Gkonac7_dM

 

 

2.9.1.0

Assurance maladie : le jour où vos élus vous ont craché au visage

Qu’est-il donc passé par les têtes du Parlement en cette journée du 5 mars 2019 lors de l’adoption par le Conseil des Etats de l’augmentation des franchises de l’assurance maladie ?

Pas un jour ne passe depuis le choc de l’annonce des augmentations de primes en 2017 sans que des citoyens, des journaux ou des partis n’expriment publiquement l’urgence et la nécessité de soulager la classe moyenne, et la grande majorité de la population, du fardeau des primes et des coûts de la santé.

A cela, élus et technocrates de l’assurance n’ont répondu jusqu’ici que par responsabilisation du patient, augmentation des franchises et inertie coupable.

A croire que dans notre démocratie louée par ces mêmes élus, le citoyen est devenu inaudible, à tout le moins dans le domaine de la santé.

Que faudra-t-il pour imprimer dans la tête de nos élus que la plupart des gens ne peuvent plus payer leurs primes. Oui, Mesdames et Messieurs les élus, nous sommes en Suisse et l’argent manque pourtant dans les familles pour payer les primes, les impôts, le dentiste et demain la franchise de base.

On trouverait presque l’annonce risible si elle n’était pas synonyme d’une précarisation supplémentaire d’une tranche croissante de la population.

Viendrait-il à l’idée d’un capitaine de bateau de jeter une bouée en plomb à quelqu’un qui se noie ? On constate qu’à Berne, en l’absence d’expérience maritime, on répond positivement à cette question.

A croire que sans le dire, le plan miracle adopté par le Parlement pour juguler la hausse des coûts est l’exclusion progressive des patients du système faute de moyens suffisants.

Et pourtant, les moyens d’actions et les pistes de réflexion ne manquaient pas.

Un petit tour dans l’actualité récente et nos élus auraient découvert, peut-être pour la première fois, les marges infâmantes sur les médicaments vendus en Suisse, les bénéfices après impôts des 57 caisses d’assurances maladies autorisées dans le pays ou encore le montant des réserves qui se monte aujourd’hui à près de 9 milliards.

Aux oubliettes les mesures profondes et systémiques, on se contentera de charger encore et un peu plus le citoyen.

A croire qu’à Berne, comme à Paris à la veille de la révolution de 1789, on n’est guère enclin à écouter les gens de peu.

Si la gauche lance un référendum quel qu’il soit pour stopper, limiter ou geler l’augmentation des dépenses pour le citoyen en lien avec l’assurance maladie, elle aura mon vote.

Pour nos élus à Berne, qui n’ont visiblement pas encore compris, il est l’heure de trouver des solutions concrètes pour baisser la charge financière des ménages et non d’opérer des augmentations déguisées.

Un franc qui sort du budget du ménage sous la forme d’une prime, d’une franchise ou d’une participation aux coûts est un franc de moins en fin de mois, et ce quelle que soit la profonde réflexion intellectuelle menée en amont sous la coupole

Contraindre le peuple à user de la démocratie directe avec une majorité acculée financièrement pourrait s’avérer un jeu dangereux pour ce pays.

Je vous conseille une révolution de Palais pour en éviter une citoyenne.

2.9.1.0

Étape genevoise pour le programme AIR2030 et les nouveaux avions de combat

Samedi 16 février se tenait à Genève l’édition 2019 du Security Forum organisé par La Revue Militaire Suisse (RMS), le Centre d’Histoire et de Prospective Militaires (CHPM) et l’Université de Genève, sous la conduite d’Alexandre Vautravers.

Quel meilleur lieu que la cité lacustre pour évoquer un potentiel serpent de mer pour la Confédération ?

Au programme cette année, « Air power » ou Défense aérienne, avec une emphase particulière sur le programme AIR2030 suisse qui tend au renouvellement de la flotte d’avions de combat et du système de défense anti-aérien.

L’occasion de faire un point de situation sur ce programme suite à la passation de témoin entre Guy Parmelin et Viola Amherd.

Ainsi, l’avant-garde du programme AIR2030 et les avionneurs en compétition s’étaient donné rendez-vous samedi matin, 0800, à la caserne des Vernets, déjà nostalgiques de sa future disparation.

Et bien cela en valait la peine !

En effet, malgré le ton militaire, le tout fut clair, limpide et sans langue de bois.

A croire que l’ancien Département de Guy Parmelin et ses communicants avaient jusqu’ici parlé en chinois, à défaut de maitriser l’anglais.

Mention spéciale au Divisionnaire Claude Meier qui maitrise aussi bien le sujet qu’il l’exprime.

AIR2030 : Questions directes, réponses précises

Sur la question du budget, l’explication est limpide. Les acquisitions AIR2030 se feront dans le budget ordinaire de l’armée, lequel sera augmenté de 1.4% par an en valeur réelle. En clair, pas de budget extraordinaire pour ces dépenses extraordinaires.

Sur la question de la stratégie politique, le recours au budget ordinaire de l’armée n’implique pas de référendum. Le référendum dont on parle aujourd’hui était un choix du chef de Département qui souhaitait que le peuple puisse s’exprimer sur la question de principe.

A tort ou à raison, en perspective d’une hypothétique initiative du GSSA ? Devoir de réserve oblige, le débat n’est pas tranché mais le cadre est posé.

Sur les moyens alternatifs proposés par certains, soit des avions légers, des hélicoptères ou des drones, réponse imparable par l’exemple : «  Essayez d’intercepter un jet d’affaire volant à 900 km/h à 10’000 mètres d’altitude avec un hélicoptère ou un drone, c’est juste impossible. ».

Enfin, sur la question de la coopération militaire ou de la délégation de notre défense a d’autres pays, réponse sans ambages de Christophe Keckeis, ancien chef de l’armée, la collaboration c’est donnant donnant et la délégation a un coût, qui est aussi celui de la souveraineté.

Maitrise de l’espace aérien et souveraineté

La souveraineté justement, au cœur de cette journée avec des questions et des réflexions intéressantes.

Un pays peut-il encore être vraiment souverain aujourd’hui lorsqu’il ne maitrise pas/plus son espace aérien ?

Autre piste de réflexion, certains opposants au projet objectent que la souveraineté doit s’exprimer à travers le processus politique démocratique et non-pas par la maitrise du territoire par une armée.

Dans la même veine, le développement des nouveaux outils de la démocratie comme la pétition en ligne, le vote par Internet ou les réseaux sociaux ne rebattent-ils pas les cartes de la territorialité au profit du cyberespace ?

Dans un précèdent article (lien) j’avais eu l’occasion d’exprimer que, pour ma part, j’estimais que la Suisse avait besoin de nouveaux avions de combats car la défense aérienne est une composante inséparable et essentielle de la souveraineté territoriale et que, sans souveraineté territoriale, il n’y a pas de libertés qui puissent s’exercer.

A la croisée des menaces modernes

Dans la continuité de cette opinion, je me permets de faire référence aux propos de Me Nicolas CAPT sur les réseaux sociaux (voir article) qui indiquait que « confondre le tuyau et le contenu fait frémir et rappelle que la maîtrise des interfaces, souvent prêtée aux Millenials, ne garantit visiblement pas la compréhension de mécanismes de fond. »

Il en va ici de même avec ces nouveaux outils de la démocratie qui demeurent uniquement des moyens d’expression de celle-ci, pour autant que la souveraineté du territoire où elle s’exerce, même numériquement, soit garantie.

En claire, il ne faut pas perdre de vue que les nouvelles technologies reposent encore sur des infrastructures physiques qui doivent être protégées contre des menaces physiques et cyber, et peut être demain mixtes.

Il n’est pas irréaliste de penser que le rôle de la défense aérienne dans un futur proche, en plus de la police du ciel, sera par exemple de détecter et d’empêcher l’intrusion de drones dont la mission serait de perturber les communications ou d’infecter des réseaux avec des programmes malveillants.

Enfin, sur la question de la menace effective, on entend souvent qu’une guerre conventionnelle en Europe est peu réaliste. On peut débattre de cette question au vu des développements récents à l’Est mais surtout, c’est un argument qui méconnait totalement les menaces de demain.

Un rapide détour par les programmes et doctrines militaires en cours à l’étranger nous laisse entrevoir que l’arme aérienne sera demain autant un outil de domination qu’un vecteur de transmission.

Et vous, quel avenir voyez-vous pour la défense aérienne ?

Bon baiser de Suisse

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L’IA en Général d’armée

Le 22 janvier 2019, une Intelligence Artificielle développé par Google et baptisée DeepMind battait sèchement sur Starcraft II, 10 victoires pour une défaite, l’équipe professionnelle d’E-Sport Liquid TLO.

Moins médiatisée que les exploits d’Alpha Go au jeu éponyme ou que celles de l’IA Deep Blue d’IBM aux échecs, cette récente victoire d’une intelligence artificielle dans un jeu de stratégie grand public marque un nouveau tournant de l’évolution technologique et laisse entrevoir le futur de l’IA en matière de stratégie militaire.

A vos ordres DeepMind !

Dans la stratégie conventionnelle, on distingue généralement trois phases : La reconnaissance, la planification et l’action.

Dans le cadre des échecs et du jeu de Go, sans rien enlever à la noblesse et à la complexité des stratégies mises en œuvre, l’IA opère dans l’action, en adaptant sa stratégie à la stratégie adverse. Il n’y a pas de phase de reconnaissance ou de planification.

A l’inverse, le jeu de stratégie en temps réel Starcraft II intègre ces trois dimensions.

  • La préparation d’une stratégie d’avant match (car le jeu démarre sans que l’on connaisse l’emplacement et la stratégie de l’adversaire),
  • La planification des ressources (nécessaires pour construire des unités et des bâtiments) ; et,
  • L’action, assez conventionnelle, qui nécessite une réadaptation en temps réel de la stratégie.

Dans le cadre de l’affrontement entre DeepMind, sous le pseudo d’AlphaStar, et ces joueurs professionnels, nous avons pu constater, et cet élément a été repris par les critiques, que la vitesse d’exécution de l’IA était bien supérieure à celle d’un joueur humain, et que cette vitesse lui a permis en partie de prévaloir.

A cet argument, les concepteurs rétorquent que la vitesse d’exécution était de facto supérieure car expurgée de tout mouvement parasite, par exemple des sélections hésitantes ou des clics inutiles.

Pour le reste, l’IA aurait été calibrée pour ne pas pouvoir effectuer ses tâches plus rapidement qu’un joueur humain.

Nous ne trancherons pas la controverse ici.

Un élément qui fait par contre l’unanimité, c’est la qualité et la vitesse du micro-management de l’IA, dans sa gestion des ressources, de la production et de l’utilisation de ses troupes. Sur ce dernier point, il est intéressant de constater que l’IA a un style de jeu tout à fait particulier lorsque elle fait effectuer à ses troupes des avancées puis un retrait tactique et ainsi de suite pour déjouer la distance maximale et la visée des armes ennemies.

L’unique partie perdue par AlphaStar contre le joueur star Mana est aussi riche d’enseignement. En effet, le joueur professionnel découvre en premier la base adverse ce qui lui donne un avantage, sachant distinctement où envoyer ses troupes pour perturber l’ennemi. L’avantage ainsi acquis, et habilement exploité, permet la victoire de l’humain.

Il faut toutefois faire le constat redoutable que l’humain prévaut ici une seule fois sur onze parties, dans un mode un contre un (1 vs 1). Il est quasiment certain, sur la base de ce qui a été montré, que deux humains jouant en 2 vs 2 contre l’IA n’auraient probablement eu aucune chance.

Et c’est là l’enseignement le plus important de cet événement, la capacité de coordination et de micro management de l’IA dans un contexte stratégique.

Sur le champ de bataille de demain

Transposé dans le monde réel, cette partie de jeux vidéo met en évidence que l’efficience militaire dépend fondamentalement de la capacité à planifier et coordonner différents acteurs.

En cela, l’IA, avec sa capacité d’exécuter des actions stratégiques sans hésitations ou sans actions parasites, dévoile un potentiel incomparable dans la conduite stratégique avec pour corolaire un avantage indéniable à l’entité qui la contrôle.

Dans l’exercice d’anticipation technologique, force est de constater que la pensée commune se borne à imaginer l’IA en pilote d’armes autonomes, et en particulier de robots tueurs que l’on imagine volontiers anthropomorphes.

Notons pour l’exercice intellectuel qu’en terrain réel, un robot, même doté d’une excellente IA, sera encore pour longtemps exposé à des aléas techniques et environnementaux, et sa performance dépendante d’un facteur chance ou relative à l’intelligence et aux capacités d’un adversaire humain.

Or, ce que montre AlphaStar en joueur de jeux vidéo, c’est que l’avantage stratégique de l’IA est encore plus marqué dans le rôle du commandant que dans celui du combattant.

Groupes de combat dirigés par une IA

De ce constat, qui est certainement partagé par ceux qui inventent les armes de demain, il faut déduire que la projection d’entités contrôlées par l’IA sur un théâtre d’opérations ne sera probablement pas aussi visible qu’actuellement anticipé.

En effet, sur la base de notre réflexion précédente, il ne ferait aucun sens d’exposer à des risques divers des machines hautement technologiques alors que la plus-value de l’IA se trouve dans sa capacité à coordonner et commander des troupes.

Nous pouvons ainsi prédire que le futur de l’IA dans un cadre militaire se matérialisera sous la forme d’une IA centrale, par exemple dans un poste de commandement avancé, qui aura à sa disposition diverses sortes de robots et de drones, pas forcément d’une technologie très avancée pour autant que l’IA de contrôle et de commande puisse s’y connecter pour les coordonner et leur faire exécuter des tâches déterminées.

Dans sa partie de StarCraft II, l’IA a montré sa capacité à sacrifier des éléments pour obtenir un avantage stratégique.

Dans un scénario pas si improbable, on pourrait  imaginer que la pacification d’une province afghane soit par exemple confiée à un ordinateur dotée d’une IA comparable à celle de DeepMind, installé dans un container à Kaboul, et qui coordonnerait et commanderait des entités robotisées dans le but d’accomplir la mission confiée par ses programmateurs.

Les questions de l’indépendance de la machine et des biais dans les algorithmes étant réservées, le futur de la guerre dépend dès aujourd’hui, pour ne pas dire hier, de la capacité des états et des belligérants à maitriser et  mettre en œuvre des intelligences artificielles.

Bon baiser de Suisse.