Étape genevoise pour le programme AIR2030 et les nouveaux avions de combat

Samedi 16 février se tenait à Genève l’édition 2019 du Security Forum organisé par La Revue Militaire Suisse (RMS), le Centre d’Histoire et de Prospective Militaires (CHPM) et l’Université de Genève, sous la conduite d’Alexandre Vautravers.

Quel meilleur lieu que la cité lacustre pour évoquer un potentiel serpent de mer pour la Confédération ?

Au programme cette année, « Air power » ou Défense aérienne, avec une emphase particulière sur le programme AIR2030 suisse qui tend au renouvellement de la flotte d’avions de combat et du système de défense anti-aérien.

L’occasion de faire un point de situation sur ce programme suite à la passation de témoin entre Guy Parmelin et Viola Amherd.

Ainsi, l’avant-garde du programme AIR2030 et les avionneurs en compétition s’étaient donné rendez-vous samedi matin, 0800, à la caserne des Vernets, déjà nostalgiques de sa future disparation.

Et bien cela en valait la peine !

En effet, malgré le ton militaire, le tout fut clair, limpide et sans langue de bois.

A croire que l’ancien Département de Guy Parmelin et ses communicants avaient jusqu’ici parlé en chinois, à défaut de maitriser l’anglais.

Mention spéciale au Divisionnaire Claude Meier qui maitrise aussi bien le sujet qu’il l’exprime.

AIR2030 : Questions directes, réponses précises

Sur la question du budget, l’explication est limpide. Les acquisitions AIR2030 se feront dans le budget ordinaire de l’armée, lequel sera augmenté de 1.4% par an en valeur réelle. En clair, pas de budget extraordinaire pour ces dépenses extraordinaires.

Sur la question de la stratégie politique, le recours au budget ordinaire de l’armée n’implique pas de référendum. Le référendum dont on parle aujourd’hui était un choix du chef de Département qui souhaitait que le peuple puisse s’exprimer sur la question de principe.

A tort ou à raison, en perspective d’une hypothétique initiative du GSSA ? Devoir de réserve oblige, le débat n’est pas tranché mais le cadre est posé.

Sur les moyens alternatifs proposés par certains, soit des avions légers, des hélicoptères ou des drones, réponse imparable par l’exemple : «  Essayez d’intercepter un jet d’affaire volant à 900 km/h à 10’000 mètres d’altitude avec un hélicoptère ou un drone, c’est juste impossible. ».

Enfin, sur la question de la coopération militaire ou de la délégation de notre défense a d’autres pays, réponse sans ambages de Christophe Keckeis, ancien chef de l’armée, la collaboration c’est donnant donnant et la délégation a un coût, qui est aussi celui de la souveraineté.

Maitrise de l’espace aérien et souveraineté

La souveraineté justement, au cœur de cette journée avec des questions et des réflexions intéressantes.

Un pays peut-il encore être vraiment souverain aujourd’hui lorsqu’il ne maitrise pas/plus son espace aérien ?

Autre piste de réflexion, certains opposants au projet objectent que la souveraineté doit s’exprimer à travers le processus politique démocratique et non-pas par la maitrise du territoire par une armée.

Dans la même veine, le développement des nouveaux outils de la démocratie comme la pétition en ligne, le vote par Internet ou les réseaux sociaux ne rebattent-ils pas les cartes de la territorialité au profit du cyberespace ?

Dans un précèdent article (lien) j’avais eu l’occasion d’exprimer que, pour ma part, j’estimais que la Suisse avait besoin de nouveaux avions de combats car la défense aérienne est une composante inséparable et essentielle de la souveraineté territoriale et que, sans souveraineté territoriale, il n’y a pas de libertés qui puissent s’exercer.

A la croisée des menaces modernes

Dans la continuité de cette opinion, je me permets de faire référence aux propos de Me Nicolas CAPT sur les réseaux sociaux (voir article) qui indiquait que « confondre le tuyau et le contenu fait frémir et rappelle que la maîtrise des interfaces, souvent prêtée aux Millenials, ne garantit visiblement pas la compréhension de mécanismes de fond. »

Il en va ici de même avec ces nouveaux outils de la démocratie qui demeurent uniquement des moyens d’expression de celle-ci, pour autant que la souveraineté du territoire où elle s’exerce, même numériquement, soit garantie.

En claire, il ne faut pas perdre de vue que les nouvelles technologies reposent encore sur des infrastructures physiques qui doivent être protégées contre des menaces physiques et cyber, et peut être demain mixtes.

Il n’est pas irréaliste de penser que le rôle de la défense aérienne dans un futur proche, en plus de la police du ciel, sera par exemple de détecter et d’empêcher l’intrusion de drones dont la mission serait de perturber les communications ou d’infecter des réseaux avec des programmes malveillants.

Enfin, sur la question de la menace effective, on entend souvent qu’une guerre conventionnelle en Europe est peu réaliste. On peut débattre de cette question au vu des développements récents à l’Est mais surtout, c’est un argument qui méconnait totalement les menaces de demain.

Un rapide détour par les programmes et doctrines militaires en cours à l’étranger nous laisse entrevoir que l’arme aérienne sera demain autant un outil de domination qu’un vecteur de transmission.

Et vous, quel avenir voyez-vous pour la défense aérienne ?

Bon baiser de Suisse

2.9.1.0
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Alexis Pfefferlé

Alexis Pfefferlé

Alexis Pfefferlé est associé fondateur d’Heptagone Digital Risk Management & Security Sàrl à Genève. Juriste de formation, titulaire du brevet d'avocat, il change d'orientation en 2011 pour intégrer le monde du renseignement d'affaires dans lequel il est actif depuis. Engagé sur les questions politiques relatives au renseignement et à la sécurité, conférencier occasionnel, il enseigne également le cadre légal des activités de renseignement à Genève.

4 réponses à “Étape genevoise pour le programme AIR2030 et les nouveaux avions de combat

  1. Évidemment, pour la police aérienne qui fait partie des tâches de la défense , des Gripen font largement l’affaire. Une bonne vingtaine d’avions suffit, comme le montre notre voisin à l’Est. Rien ne justifie de choisir un appareil furtif en temps de paix !
    Quant aux autres missions imaginaires et hypothétiques, il vaudrait mieux attendre l’évolution à la fois technique et géostratégique pour choisir la meilleure tactique et donc conserver une marge financière pour le futur.
    La DCA fait aussi partie de la discussion et je pose la question d’une éventuelle évaluation du système russe S 400 tellement vanté par Poutine : est-il réllement capable d’arrêter des missiles supersoniques ? D’autres concurrents sont-ils à la hauteur ?
    Dans ce cas , des avions d’interception sont-ils encore nécessaires en cas de conflits ? J’en doute .

    1. Cher Monsieur,

      Le choix de l’avion n’est pas encore à l’ordre du jour. On se rappellera toutefois pour mémoire qu’Ueli Maurer avait choisi le Gripen pour avoir l’argument d’économicité de son coté, et ce contre l’avis de l’armée dont ce n’était pas le premier choix. Suspens donc.

      Pour la DCA, en effet, son renouvellement est aussi au programme. Problème pour les S400 russes, le matériel DCA doit être compatible avec les technologies de conduite de l’armée et de l’aviation en particulier. Ce n’est pas le cas pour le matériel russe et chinois qui est dès lors hors compétition d’office.

  2. En dehors de la passion de tout pilote militaire d’avoir un jouet “up do Date” (ce qu’il ne sera jamais pour de banales raisons stratégiques), et d’autres raisons plus viles comme des contre-parties business, quel pourrait bien être l’intérêt d’avoir des avions de chasse?

    Si l'”ennemi” hacke jusqu’à l’électricité, neutralise tous les réseaux?
    Car au vu de l’exiguïté du territoire suisse, on ne va pas bombarder des colonnes de pick-ups armés de mitrailleuses lourdes (Toyota, pour ne pas faire de pub:) comme en…désertie?

    100 drones, des systèmes anti-missiles, revenir au bon vieux “réduit” et tchau bonne

    1. D’ailleurs, voyez, cher Alexis je pensé à vous (mais ne le prenez pas dans le mauvais sens).
      UBS, aidé à ne pas capoter par … les suisses, volent les suisses avec un Libor truqué (comme moi)
      Condamné à… 4 milliards d’amende, ça fait combien de jets?
      Bon, vous m’avez compris, les blagues, ça suffit, on rit un tantôt
      🙂

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