AIR2030: A la rencontre du consortium Eurofighter et du Typhoon (3/5)

Que produire en Suisse  ?

Mercredi 17 octobre 2018, 0800, Lausanne.

Troisième journée BtoB et troisième introduction du Président du Groupe romand pour le matériel de Défense et de Sécurité (GRPM).

« On ne vient pas en Suisse pour produire des choses simples et pas chères, on vient produire en Suisse des biens complexes ou pour dépasser des challenges techniques »

C’est direct mais le ton est donné.

Pour détendre l’atmosphère, l’introduction est ponctuée par une petite plaisanterie bienvenue car, on le sait bien à Berne, le rire, c’est bon pour la santé.

D’European Fighter Aircraft à Typhoon

Troisième journée BtoB et dernier avion européen en lice pour le programme AIR2030, l’Eurofighter-Typhoon.

Produit d’une coopération unique en Europe et dans le monde, l’Eurofighter –Typhoon est un biréacteur de 4ème génération + né du souhait, au début des années 80,  de plusieurs pays de fabriquer en coopération un avion multi-rôles européen dans un contexte de guerre froide.

Partenaire au début, la France quitte rapidement le programme en 1985 pour développer son propre chasseur, le Rafale, lequel a fait l’objet de la journée BtoB du 16 octobre dont le compte rendu est disponible ici.

Les « Eurofighters » ont tour à tour pris différents noms, d’abord EFA (European Fighter Aircraft) puis Eurofighter, puis Eurofighter 2000 pour enfin prendre le nom d’Eurofighter Typhoon.

L’exemple de la coopération européenne et industrielle

La présentation du jour se veut ambitieuse.

En effet, l’Eurofighter Typhoon est aujourd’hui produit par un consortium industriel composé de quatre entreprises principales  rattachées au quatre pays piliers du programme, AIRBUS pour l’Allemagne, BAE SYSTEMS pour le Royaume-Uni, LEONARDO pour l’Italie et EUROJET pour l’Espagne.

Les différents pays / industries se partagent la production selon les investissements de leur pays dans le programme. Nous avons donc 33 % pour l’Allemagne, 33 % pour le Royaume-Uni, 21 % pour l’Italie et 13 % pour l’Espagne.

Les quatre sociétés vont se succéder sur scène en l’espace d’une petite heure.

Nous démarrons avec une introduction par le représentant d’AIRBUS.

La force du programme Eurofighter c’est l’expérience industrielle et la coopération maitrisée.

Les chiffres sont impressionnants : 623 avions commandés dont près de 500 actuellement en utilisation dans 5 forces aériennes européennes, 9 pays utilisateurs au total, 100’000 places de travail et plus de 400 sociétés impliquées dans 180 lieux de production différents.

Toutefois, comme pour le Rafale, l’Eurofighter Typhoon est un programme mature avec peu ou pas de place pour une compensation directe dans le cadre du programme lui-même.

Cependant, le consortium a fait ses devoirs avant de venir en Suisse et les exemples de coopération possibles ne vont pas manquer.

Les quatre piliers

On enchaine donc avec LEONARDO.

Le groupe italien a décidé de mettre l’accent sur son expérience en matière d’affaires compensatoires.

En chiffres, LEONARDO c’est 40 ans d’expérience dans les affaires compensatoires dans près de 30 pays, 100 projets en cours dans 12 pays différents et près de EUR 3mia à compenser dans les 15 prochaines  années.

Pour LEONARDO, l’EUROFIGHTER en Suisse c’est prendre part à un grand projet européen et pouvoir s’offrir un accès privilégié au marché international au travers des entreprises qui composent le consortium.

C’est au tour du représentant de BAE SYSTEMS d’intervenir.

Il insiste sur la taille du groupe, 3ème mondial, plus de 80’000 employés dans 40 pays et 80 pays clients.

Pour son représentant, le groupe peut ouvrir à la Suisse les portes de marchés très intéressants comme les Etats-Unis ou le Golfe.

BAE SYSTEMS met en avant les domaines du groupe à forte croissance et dans lesquels la Suisse pourra jouer un rôle de premier plan : Le cyber, l’électronique, surtout dans le domaine civil/commercial avec AIRBUS, et l’espace.

Avec « la nouvelle philosophie suisse en matière de satellites » (petits satellites utilisés en réseaux) ils viennent chercher chez nous la technologie du futur.

Touché, l’assemblée est flattée.

Nous passons sans transition à l’espagnole EUROJET.

Pour son représentant, la force d’EUROJET c’est sa capacité à travailler en équipe.

EUROJET travaille sur l’EUROFIGHTER, l’A400 ou encore l’hélicoptère tigre, ces projets ont apporté au groupe l’expérience de la coopération internationale et de la coordination. Intégrer la Suisse ne sera pas un problème nous dit-on.

S’en suit une présentation technique du moteur de l’Eurofighter. Comme mes voisins, je ne comprends pas tout mais je crois comprendre que pour son créateur, c’est un excellent moteur.

Après cet interlude technico-ibérique, c’est au tour du représentant d’AIRBUS de conclure.

En premier lieu quelques chiffres sur le groupe : EUR 59mia de chiffre d’affaire en 2017, 12’000 sous-traitants qui se partagent EUR 50 mia de commandes et 129’442 employés.

Précis, allemand, efficace.

Il précise qu’AIRBUS a 7’265 avions en commande dont 1’019 commandés en 2017.

Vous cherchez un partenaire solide et pérenne ? Vous l’avez trouvé.

En second lieu, comme pour BAE SYSTEMS, le représentant d’AIRBUS confirme que les secteurs qui montent et dans lesquels ils cherchent des partenaires sont le cyber, l’espace, l’urban mobility ou encore les drones.

Autant de secteurs qui, très justement, aiguisent depuis quelques années l’appétit de l’industrie suisse et des EPF.

Enfin, et c’est le premier constructeur à le soulever, AIRBUS souligne que remplir CHF 6mia en offset c’est une tâche difficile.

Les partenaires d’EUROFIGHTER ne veulent pas acheter pour acheter ou simplement faire leur marché.

La présentation se conclut en ces termes : Le consortium souhaite une vraie collaboration bilatérale avec la Suisse (!). L’Europe n’aura de cesse de nous surprendre.

 

Alexis Pfefferlé

Alexis Pfefferlé

Alexis Pfefferlé est associé fondateur d’Heptagone Digital Risk Management & Security Sàrl à Genève. Avocat de formation, titulaire du brevet, il change d'orientation en 2011 pour intégrer le monde du renseignement d'affaires. Actif sur les questions politiques relatives au renseignement, il enseigne également le cadre légal de l'intelligence économique à Genève.

3 réponses à “AIR2030: A la rencontre du consortium Eurofighter et du Typhoon (3/5)

  1. Vous l’avez compris, il me semble qu’il y a d’autres priorités et même si ce sont de magnifiques joujous.
    Mais il faut vous féliciter pour le professionalisme de vos compte-rendus, bravo

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