La montre connectée, reine des espionnes

Un cadeau de mon assurance, vraiment ?

Depuis quelques années, la montre connectée s’est imposée comme un gadget essentiel, tant pour les coureurs branchés que pour les moins actifs néanmoins soucieux de compter leurs pas ou leurs calories.

Plusieurs marques se disputent le marché avec des dispositifs plus ou moins complexes qui comportent au minimum un minuteur, un GPS et un podomètre, agrémentés parfois de calculateurs divers (graisse, calories, etc.) et d’un cardio-fréquencemètre.

Surfant sur la mode, plusieurs caisses maladies en Suisse proposent des réductions de prime à leurs assurés qui acceptent de porter une montre connectée.

En fonction du nombre de pas effectués quotidiennement, les avantages sont plus ou moins importants.

Encouragement à l’activité physique contre réduction de prime, cela semble faire sens, du moins à priori.

Mais alors, pourquoi les sportifs professionnels n’ont-ils pas droit à une réduction similaire, ou les membres de clubs sportifs ? Pourquoi faut-il porter la montre pour être éligible ?

Parce que la mesure de votre activité physique n’a fondamentalement aucune valeur dans le cadre de l’assurance de base.

Que vous courriez 10km par jour ou que vous buviez 10l de soda par jour sans activité physique, les obligations de l’assurance de base sont les mêmes.

La vraie valeur se trouve dans le GPS de votre montre, couplé ou non à d’autres mesures.

En effet, les données, ou plutôt les métadonnées de géolocalisation en continue sont une mine insoupçonnée d’informations très personnelles.

Concrètement

Cédant à une promotion de son assurance maladie, Monsieur Dupont, 45 ans, s’est offert une montre connectée toutes options qu’il porte continuellement depuis un mois.

Il apprécie de voir sur le compte qu’il a créé en ligne sa progression du mois en termes de pas effectués et de calories perdues.

De l’autre côté du miroir, durant ce mois écoulé, la société productrice de la montre a appris :

  • Que Monsieur Dupont est fumeur, en effet, son GPS indique qu’il sort chaque heure de son bureau et reste environ 10 minutes sur un trottoir adjacent ;
  • Que Monsieur Dupont est principalement sédentaire car il circule toujours en voiture,  le temps de trajet par rapport aux distances indique qu’il est en voiture ;
  • Que Monsieur Dupont n’a pas un régime équilibré car il mange midi et soir au restaurant ;
  • Que Monsieur Dupont a probablement une liaison car tous mercredi après-midi il se rend à l’hôtel durant 1h et sa montre enregistre une augmentation de son rythme cardiaque durant 15 à 20 minutes ;
  • Que Monsieur Dupont consomme probablement de la drogue car durant les soirées du week-end, sa montre indique une brusque augmentation du rythme cardiaque et parfois quelques arythmies lorsqu’il se trouve en boite de nuit ;
  • Que Monsieur Dupont est insomniaque car plusieurs fois par nuit, sa montre enregistre des courtes séries de pas dans la maison et une légère augmentation du rythme cardiaque, ce qui indique qu’il est en éveille.

Sachant cela, feriez-vous affaire à long terme avec Monsieur Dupont ?

L’armée et les services secrets aussi

Loin d’être une banale anecdote, on rappellera encore l’affaire Strava, du nom de cette application de course à pied (GPS) pour Smartphone qui fait frémir nombre de gouvernements car son utilisation intensive par du personnel militaire ou du renseignement a permis de localiser des bases militaires secrètes ou d’identifier du personnel militaire sur la base de leur tracé de course quotidien.

En Suisse aussi.

A lire pour aller plus loin : Des espions de la DGSE identifiés à cause de l’application sportive Strava.

Comme le disait déjà Virgile dans l’Énéide (II, 49) il y a 2000 ans au sujet du cheval de Troye : « Je crains les Grecs, même lorsqu’ils font des cadeaux ».

A bon entendeur.

Bon baiser de Suisse

Alexis Pfefferlé

Alexis Pfefferlé

Alexis Pfefferlé est associé fondateur d’Heptagone Digital Risk Management & Security Sàrl à Genève. Avocat de formation, titulaire du brevet, il change d'orientation en 2011 pour intégrer le monde du renseignement d'affaires. Actif sur les questions politiques relatives au renseignement, il enseigne également le cadre légal de l'intelligence économique à Genève.

2 réponses à “La montre connectée, reine des espionnes

    1. Cher Monsieur, merci pour votre commentaire. J’ai lu votre article à mon tour et je trouve particulièrement pertinente votre idée sur l’effet psychologique que peut avoir cet objectif à atteindre.

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