Antispécisme: La pente glissante du radicalisme

De l’activisme à l’action

Les militants de la cause animale sont actifs depuis longtemps dans notre pays, que ce soit au travers des sociétés de protection des animaux, de la lutte contre la vivisection ou plus récemment avec l’essor du mouvement antispéciste.

Une définition glanée sur Internet mais qui semble faire consensus définit l’antispécisme comme un courant de pensée, qui a pris naissance dans les années 1970, et qui refuse la notion d’espèce. Les antispécistes combattent les critères prédéterminés qui seraient liés à l’appartenance à une espèce, et notamment à la domination de l’Homme sur l’animal.

En mai 2017, premier coup d’éclat antispéciste en Romandie avec l’association 269Life Libération Animale qui rependait du faux sang dans un Mac Donald de Lausanne avant d’être énergiquement évacuée par la police.

L’antispécisme faisait sa une et allait susciter des vocations.

De quelques dizaines d’individus isolés, le mouvement est passé à plusieurs centaines de militants actifs qui échangent avec leurs homologues étrangers et qui participent à des actions en Suisse et dans les pays voisins.

Premières cibles, les abattoirs, vaudois en particulier, régulièrement bloqués, dénoncés, ou encore infiltrés avec à la clé des vidéos chocs et du matériel de communication percutant.

En janvier 2018, c’est le  22e salon de l’agriculture à Lausanne qui était perturbé par des militants de la cause animale, provoquant quelques accrochages mineurs avec des agriculteurs fiers et travailleurs, peu réceptifs aux arguments de jeunes perçus comme urbains et totalement déconnectés de la terre.

Enfin, depuis quelques mois, c’est Genève qui fait l’expérience d’une vague de vandalisme contre des commerces, plus particulièrement des boucheries, attribuée à des antispécistes, heureusement minoritaires, qui prônent l’action violente pour réveiller les consciences.

Convictions, moqueries et sous-estimation : le cocktail explosif

Réduire les militants actifs de la cause animale à des bobos intello urbains en manque de combat ou à des doux rêveurs, c’est commettre une grave erreur d’appréciation.

Au Royaume-Uni, bastion et figure de proue de la cause animale, l’extrémisme animalier fait partie depuis près de 20 ans des menaces majeures contre la sécurité publique suite à des attentats répétés contre des laboratoires de vivisections.

De 2000 à 2010, la National Extremism Tactical Co-ordination Unit, groupe chargé de lutter contre l’extrémisme intérieur au Royaume-Uni, était même occupée quasi exclusivement par la lutte contre plusieurs groupes d’extrémistes de la cause animale qui avaient basculé dans l’action violente.

Les services de sécurité anglais soulignent que parmi les radicalismes étudiés en Europe, celui de la cause animale est celui qui permet le recrutement le plus facile et le basculement dans l’action violente le plus rapide.

La raison à cela est très simple, la grande majorité des humains développent une empathie naturelle pour l’animal, hors de tout discours ou doctrine.

Il n’y a rien à apprendre pour être touché par le sort de certains animaux et il est tout aussi naturel de vouloir faire quelque chose.

Dans une étude de la Northeastern University de Boston parue en novembre 2017, des chercheurs ont même mis en évidence le fait que l’être humain développe plus d’empathie envers la souffrance animale qu’humaine.

Ainsi, dès lors que l’on fait un amalgame entre violence faite aux animaux et violence faite à des humains, la suite logique veut que l’action violente soit légitimée comme étant une forme de légitime défense pour autrui, et ce d’autant plus que l’animal est muet et sans défense.

Ecoute et réponses

La lutte contre la maltraitance animale ou plus largement l’exploitation animale est une lutte louable et profondément morale, c’est d’ailleurs l’un de ses atouts envers le grand public et la communication de ces groupes de militants l’a bien intégré.

La Suisse a jusqu’ici été épargnée par des actions violentes (incendies, attentats) de l’intensité qu’a connu le Royaume-Uni mais découvre des signes précurseurs d’une intensification de la lutte.

Il est dès lors intéressant de se pencher sur la manière dont les autorités anglaises ont géré et gèrent encore le mouvement animalier.

L’approche anglaise est duale, répression contre les éléments violents et collaboration avec les éléments plus modérés.

C’est surtout cette deuxième composante qui mérite que  l’on s’y attarde.

Pionnière et très active depuis 1824,  l’association Royal Society for the Prevention of Cruelty to Animals (RSPCA) possède une hotline ouverte 24h/7 qui permet de dénoncer tout abus envers les animaux.

L’association possède en outre ses propres enquêteurs qui récoltent des éléments et montent des dossiers qui sont ensuite transmis à la police.

Ces dénonciations et ces dossiers transmis à la police sont réellement pris en charge et débouchent régulièrement sur des condamnations.

D’un point de vue judiciaire, l’Animal Welfare Act 2006, prévoit des interdictions de détention d’animaux de durée limitée ou à vie ainsi que des amendes et des peines de prison fermes jusqu’à 1 an.

En 2016, un amendement à loi passé en Irlande du Nord a relevé le plafond des peines jusqu’à GBP 20’000.- pour les amendes et jusqu’ à 5 ans de prisons pour les cas les plus graves de maltraitance animale.

Bien entendu, ces peines ne sont pas systématiques mais la réponse policière effective aux abus conjuguée à la neutralisation des éléments les plus radicaux ont drastiquement réduit la problématique outre-manche.

Il ne faut pas perdre de vue que si elles sont motivées par de multiples facteurs, les actions violentes sont aussi une manière de communiquer (et revendiquée comme telle) pour des militants qui s’estiment inaudibles pendant que d’autres êtres souffrent.

Nous aurions ainsi tout à gagner à ce qu’un effort politique soit entrepris pour que ces associations puissent travailler de concert avec les pouvoirs publics pour, déjà, combattre efficacement des situations de maltraitance animale indiscutables.

D’un point de vue judiciaire, les peines anecdotiques infligées en Suisse aux détenteurs d’animaux qui commettent des abus devraient également faire l’objet d’une révision, visiblement souhaitée par une partie grandissante de la population.

Enfin, pour ce qui est des radicaux qui sabotent les outils de travail d’éleveurs respectueux de leurs bêtes ou qui jettent des cailloux dans des vitrines d’artisans bouchers, la fermeté reste la meilleure option.

Bon baiser de Suisse.

 

Alexis Pfefferlé

Alexis Pfefferlé

Alexis Pfefferlé est associé fondateur d’Heptagone Digital Risk Management & Security Sàrl à Genève. Avocat de formation, titulaire du brevet, il change d'orientation en 2011 pour intégrer le monde du renseignement d'affaires. Actif sur les questions politiques relatives au renseignement, il enseigne également le cadre légal de l'intelligence économique à Genève.

14 réponses à “Antispécisme: La pente glissante du radicalisme

  1. Merci pour votre opinion intéressante et instructive pour l’omnivore que je suis. N’auriez vous pas négligé le problème de l’éthique chez certains éleveurs, celui peut être plus problématique de certains marchands de l’agro-alimentaire en liaison avec une doctrine économique dite ultra libérale et une classe politique finalement peu réactive. Ou est le noeud du problème, telle est la question.

    1. Cher Monsieur,
      Merci pour cette question. Le lien que vous faite entre éthique et libéralisme, que je comprends comme la pression sur les prix, est tout à fait pertinent. Je crois en effet qu’une production alimentaire éthique n’est pas compatible avec avec les bas prix souhaités par les distributeurs. Mon avis est que le noeud du problème se situe entre l’agriculteur et le distributeur. Je constate par exemple que la Confédération soutient l’agriculture à bout de bras sans remettre en question le problème centrale de la distribution (le lait est un exemple frappant). Ne devrait-on pas plutôt soutenir un réseau de distribution direct et coopératif au lieu d’injecter de l’argent pour de la production à bas prix, au détriment des agriculteurs et des animaux ? Pour reprendre les termes à la mode, la Confédération devrait encourager le F2C (Farmers to consumers / de la ferme au consommateur). Je pense que le paysan qui est bien rémunéré préfère pour le même revenu mettre 20 vaches dans un champs que 50 vaches dans une étable industrielle.

  2. Bonjour,

    Il semblerait que la source comme vous avez choisi pour obtenir la définition de l’antispécisme ne soit pas la meilleure (pour ne pas dire qu’elle est totalement erronée).
    Il n’est pas question de refuser la notion d’espèce. Cela n’aurait aucun sens. Mais de cesser de discriminer les individus sur ce critère d’espèce, alors que ce dernier n’est pas pertinent d’un point de vue moral.
    Je vous invite à consulter cet article d’un de vos confrères qui tient aussi un blog du Temps et qui explique très bien cela: https://blogs.letemps.ch/francois-jaquet/2016/10/28/quest-ce-que-le-specisme/
    Et sinon, vous pouvez également consulter le classique: http://www.cahiers-antispecistes.org/quest-ce-que-le-specisme/

    Concernant le reste, quelques commentaires:

    – Le salon de l’agriculture “perturbé par des militants de la cause animale” ? Nous avions une autorisation de manifester et les éleveurs ont réagit avec violence à notre égard en nous lançant des objets en tout genre dont des bouteilles, nous ont menacé physiquement et nous ont fait part de la variété de leurs insultes (homophobes et sexistes majoritairement).
    Est-ce que la population s’est soulevée pour nous défendre face à ces violences et au non-respect de nos droits démocratiques ? Étonnement, non. Dès lors, doit-on s’étonner que certaines personnes choisissent d’agir dans l’illégalité si même les actions légales ne sont pas possibles sans craintes pour son intégrité physique ?

    – Vous mentionnez que “Nous aurions ainsi tout à gagner à ce qu’un effort politique soit entrepris pour que ces associations puissent travailler de concert avec les pouvoirs publics pour, déjà, combattre efficacement des situations de maltraitance animale indiscutables.”. Vous laissez entendre que les pouvoirs publics agissent pour punir les situations de maltraitance animale alors que l’exemple des porcheries vaudoises et de la Fondation MART prouvent le contraire. Ces porcheries ont été dénoncées au vétérinaire cantonal à de très nombreuses reprises durant plusieurs années avant que, finalement, il réagisse quand ces images se sont retrouvées dans les journaux.
    Le problème à ce niveau concerne vraisemblablement nos autorités qui sont bien complaisantes à l’égard des éleveurs dont ils sont souvent très proches.

    – Finalement, vous mentionnez que notre lutte contre la “maltraitance animale” est “profondément morale” et je vous remercie de le reconnaître. J’aurais cependant une question à ce propos: est-ce que, selon vous, tuer un individu contre son gré n’est pas de la maltraitance ?
    Pourquoi considère-on que “Non” quand il s’agit d’un animal et “Oui” quand il s’agit d’un humain ? Pourquoi le premier est célébré et le second puni pour meurtre dans le Code pénal ?

    Meilleures salutations.

    1. Cher Monsieur,

      Merci pour votre commentaire très complet. Pour la définition, il est vrai qu’il y en a autant que d’auteurs. Je pensais, peut être à tort, que le refus de la domination d’une espèce sur une autre était majoritairement accepté.

      Pour le salon de l’agriculture, avec ou sans autorisation, on peut dire que le résultat aurait été similaire. La réaction des agriculteurs étaient prévisible dans un cas comme dans l’autre. Est-ce une excuse pour des actions illégales ? Il ne m’appartient pas de me prononcer.

      Pour la collaboration avec les pouvoirs publics et particulièrement sur la question des porcheries vaudoises, je vous rejoins. La situation actuelle et l’inaction des autorités dans ces dossiers est difficilement excusable. Je pense qu’une réponse plus ferme de la justice dans le cadre de ces dénonciations est indispensable.

      Finalement, votre dernière question est le fondement de votre combat et une question profondément philosophique. Sommes-nous carnivores par instinct ou par choix ? Très bonne question. A l’inverse de votre question, pourquoi questionne-t-on le droit de l’humain de tuer un animal et pas celui d’un animal d’en tuer un autre ?

      1. Merci pour votre réponse.

        Nous fondons bien notre démarche sur un refus de domination. Mais si, par exemple, il est justifié de nier l’existence des “races humaines”, il n’est pas justifié de nier l’existence d’espèces animales et notre démarche n’a rien à voir avec cela.

        Concernant votre dernier paragraphe, les humains sont omnivores, ce qui signifie que nous avons la capacité de digérer la chair animale, tout comme les végétaux. Nous avons donc la possibilité physiologique de ne pas tuer d’animaux pour survivre (en tout cas dans nos pays), comme en attestent de nombreuses études scientifiques (citons notamment https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/19562864).

        Nous sommes également, pour la plupart d’entre nous, des agents moraux, ce qui signifie que nous avons la capacité de distinguer entre ce qui est bien et ce qui est mal et d’agir en conséquence.

        Donc pour répondre à votre dernière question, si nous ne questionnons pas le droit des autres animaux d’en tuer d’autres, c’est parce que ces derniers n’ont ni la capacité physiologique de survivre autrement (ce sont des carnivores strictes), ni la capacité de faire des choix moraux (ce sont uniquement des patients moraux).
        Raison pour laquelle nous avons le devoir moral de ne pas les tuer.

      2. Bonjour,

        Je me permets d’intercepter.

        Quand vous dites :

        “Pour le salon de l’agriculture, avec ou sans autorisation, on peut dire que le résultat aurait été similaire. La réaction des agriculteurs étaient prévisible dans un cas comme dans l’autre.”

        En reponse au commentaire de Monsieur Truffer :

        “Le salon de l’agriculture ‘perturbé par des militants de la cause animale’ ? Nous avions une autorisation de manifester et les éleveurs ont réagit avec violence à notre égard en nous lançant des objets en tout genre dont des bouteilles, nous ont menacé physiquement et nous ont fait part de la variété de leurs insultes (homophobes et sexistes majoritairement).” ;

        A. Il me semble qu’il ne s’agissait donc clairement pas de “perturbation” puisqu’une autorisation a ete donne ? Pourquoi dites vous donc, dans votre article, qu’il s’agissait d’un perturbation ? Pourquoi classifier l’action de maniere incorrect ? Cela pourra constituer une prise de position defavorable.

        B. Avec ou sans ladite autorisation, “La réaction des agriculteurs étaient prévisible” ? C’est-a-dire, les agriculteurs ont pour habitude d’agir en tout impunite (et cela reste acceptable) ? Oui, il me semble, pusique, “Est-ce que la population s’est soulevée pour nous défendre face à ces violences et au non-respect de nos droits démocratiques ? Étonnement, non.” ; et ceux qui ont donne autorisation, pourquoi n’assurent-ils pas la securite et l’integrite physique des manifestants autorises ? Et pourquoi des reactions du meme genre ne sera pas aussi previsible, dans ce cas, des personnes ayant subi la violence (exerce dans l’impunite total) des agriculteurs ? Pourquoi d’un cote ce sera “previsible” et de l’autre non ? En verite, est la violence accepte d’un cote mais pas de l’autre ? Puisque les agriculteurs representent la majorite et les manifestants la minorite ?

        C. “Est-ce une excuse pour des actions illégales ? Il ne m’appartient pas de me prononcer.” Mais les actions des agriculteurs, “previsible”, ou pas, sont illegales egalement ! Vous vous y prononcez, et votre reponse semble indiquer qu’il faudra prendre leur comportement violente, sexiste et homophobe comme une evidence ? N’excusez vous pas, avec ce type de commentaire, leur actions illegales ? Si vous vous permettez de vous prononcer sur l’illegalite des actions des agriculteurs dans une maniere si banale, je ne vois pas pourquoi vous ne pouvez pas vous prononcer et repondre a la question pose ?

        Quand vous dites :

        “Finalement, votre dernière question est le fondement de votre combat et une question profondément philosophique. Sommes-nous carnivores par instinct ou par choix ? Très bonne question. A l’inverse de votre question, pourquoi questionne-t-on le droit de l’humain de tuer un animal et pas celui d’un animal d’en tuer un autre ?”

        En reponse a la question :

        “tuer un individu contre son gré n’est pas de la maltraitance ? Pourquoi considère-on que ‘Non’ quand il s’agit d’un animal et ‘Oui’ quand il s’agit d’un humain ? Pourquoi le premier est célébré et le second puni pour meurtre dans le Code pénal ?”

        A. “Sommes-nous carnivores par instinct ou par choix” ? Nous ne sommes pas carnivores ; ni par “instinct” ni par “choix” ; nous ne sommes pas carnivores tout simplement ! Etre carnivore n’est pas un “instinct” ni un “choix” : c’est une morphologie – physiologie – que l’on n’a clairement pas !

        B. Avant d’inverser la question, pourquoi ne pas y repondre ? D’autant plus puisque votre reponse n’est pas l’inverse de la question pose ? La question est base sur le Code Penal en vigeur ; code dont les animaux ne souscrirent pas et ne sont pas tenus par. C’est un truc des etres humaines. La reponse au meme type de violence depende de la victime ? Est ce coherent sous la loi ?

        C. “pourquoi questionne-t-on le droit de l’humain de tuer un animal et pas celui d’un animal d’en tuer un autre” ; les animaux tuent a la meme echelle que nous ? Pour les memes raisons ? Les animaux, ils font naitre des autre animaux seulement pour les tuer pour en profiter financierement ? Pour ramasser ? Les autres animaux ont un comportement aussi parasitaire que les etres humaines ?

        Bien a vous !

        Cordialement

        Jenny

        Fondatrice
        My Kitch’n Paris

        1. Chère Madame,

          Merci pour votre commentaire bien étoffé ! J’ai pris quelques jours à vous lire et à vous répondre et vous prie de m’en excuser.

          J’en retiens deux aspects, la question de la violence des agriculteurs à l’égard des manifestants et celle, plus philosophique du droit de tuer des animaux.

          Pour la première, la manifestation, autorisée et légale des acteurs véganes, avait pour but de sensibiliser les visiteurs à leur combat mais également de confronter les agriculteurs. Je ne dis pas que cela est illégal ou innaproprié mais uniquement que dans le cadre de cette démarche, il était prévisible d’observer voire de subir une réaction émotionnelle de la part de ces derniers. En aucun cas je ne cautionne les actes et les mots violents qui ont été échangés mais quand bien même la manifestation était légale, le résultat n’en demeurait pas moins prévisible. On peut également dire que la victimisation était recherchée à des fins de propagande. C’est de bonne guerre.

          S’agissant du droit de l’humain à tuer des animaux, j’estime que ne peut pas avoir de réponse claire, seulement une opinion personnelle. Je déplore tout comme vous l’élevage intensif et la maltraitance animale mais quand bien même j’aime les animaux et les respecte, je ne conçois pas de mettre sur un pied d’égalité l’homme et le chien. Si comme vous le dites, l’homme n’est pas biologiquement un carnivore, il n’en demeure pas moins un omnivore et un prédateur naturel. Je respecte toutefois et admire les personnes qui sont prête à renoncer totalement aux produits animales par conviction.

          Au plaisir d’échanger avec vous

  3. Bonjour,

    je voudrais apporter des précisions à votre article

    L’antispécisme est le refus du spécisme, qui est la discrimination arbitraire dont sont victimes des individus du fait de leur non-appartenance à l’espèce humaine. On ne tient pas compte de leurs intérêts simplement parce qu’ils ne sont pas humains. Il ne s’agit pas d’une lubie : le spécisme est indéfendable rationnellement, et toutes les grandes écoles de philosophie morale devraient en convenir (et des philosophes de ces écoles se battent pour cela à coups d’arguments difficilement réfutables). Ça fait quarante ans que des débats académiques ont lieu à ce sujet, et en quatre décennies, il n’y a pas eu d’arguments convainquants de donnés pour défendre l’idée que les intérêts fondamentaux des animaux n’ont pas à être pris en compte. Autant dire que le spécisme est injuste, et qu’il doit être combattu dans ses conséquences : l’exploitation des non-humains. L’antispécisme est certes un courant de pensée, mais c’est un courant de pensée qui a la logique et la raison pour lui, contrairement à un humanisme qui fait, de façon arbitraire (c’est-à-dire, sans véritables arguments), de l’humanité l’alpha et l’oméga de l’éthique et de la politique.

    Il faut effectivement que la société s’ouvre au débat sur le spécisme ; c’est un débat fondamental. Et qui remet en cause la justesse de nos rapports avec les autres animaux, qu’on maintient en esclavage et tue pour un oui ou pour un non, tout particulièrement pour satisfaire ce caprice qu’est de notre part la consommation de leurs chairs. La société actuelle est ultra violente avec les animaux : elle met en balance (à son seul bénéfice) les intérêts les plus frivoles des humains avec les intérêts les plus fondamentaux des autres. C’est totalement inacceptable moralement.

    Le fait d’accorder des protections toujours plus étendues aux animaux est une nécessité, et vous faites bien d’en parler ; mais le problème ne sera véritablement résolu que le jour où la société se mettra en accord avec l’éthique et décidera de bannir l’exploitation, et tout particulièrement le coeur même de l’exploitation : le meurtre des animaux pour consommer leurs chairs. Tant que ce débat-là ne sera pas ouvert véritablement, les arguments et contre-arguments réellement exposés et discutés de façon publique, il est inévitable que des personnes essayent d’agir autrement. Heureusement, nous sommes de plus en plus nombreux à nous rendre compte de cette injustice formidable qui est sous nos yeux, totalement banalisée par des siècles de mépris injustifié envers les animaux.

    Hannah Arendt disait :

    “Des actes de désobéissance civile interviennent lorsqu’un certain nombre de citoyens ont acquis la conviction que les mécanismes normaux de l’évolution ne fonctionnent plus ou que leurs réclamations ne seront pas entendues ou ne seront suivies d’aucun effet – ou encore, tout au contraire, lorsqu’ils croient possible de faire changer d’attitude un gouvernement qui s’est engagé dans une action dont la légalité et la constitutionnalité sont gravement mises en doute. […] Celui qui fait acte de désobéissance civile, tout en étant généralement en désaccord avec une majorité, agit au nom et en faveur d’un groupe particulier. Il lance un défi aux lois et à l’autorité établie à partir d’un désaccord fondamental, et non parce qu’il entend personnellement bénéficier d’un passe-droit.”

    J’espère de tout coeur que la société suisse acceptera d’ouvrir la discussion sur la légitimité de l’exploitation animale. Je suis Français, et j’ai l’impression qu’elle est potentiellement plus ouverte au débat que d’autres pays… Mais nos préjugés nous tiennent tant à coeur, lorsqu’ils nous confortent dans une position de “Seigneurs” féodaux qui ont pouvoir de vie et de mort sur les autres… De façon générale, nous avons pourtant tout à gagner (en tout cas, beaucoup !) à intégrer l’éthique au coeur de la politique ! Personnellement, je pense qu’il est de mon devoir de lutter sans relâche contre les dominations, contre la souffrance et l’injustice – dans tous les domaines. L’exploitation animale, du fait des torts immenses qu’elle cause à tant d’individus, est parmi les problèmes éthiques et politiques, une question aujourd’hui absolument cruciale.

    1. Cher Monsieur,

      Merci pour ce commentaire très étoffé et fort intéressant. Je vous rejoins totalement sur la question du débat de société et sur notre rapport contemporain et industriel aux animaux. J’espère tout comme vous qu’au lieu de jeter la pierre à des militants parfois trop radicaux, nous nous intéresserons à la question de fond et aux fondements de cette révolte.

      Pour ma part, je ne cautionne pas les actes de violence envers les artisans et producteurs du seul fait qu’ils soient partie à une exploitation animale communément acceptée. Comme dans tout combat, on ne saurait interdire sans offrir d’alternatives.

  4. Merci pour votre réponse !

    Cela me fait penser que j’avais oublié aussi de rajouter un complément d’information dans mon commentaire précédent ; en fait, ça fait longtemps, comme vous le précisez, qu’il y a des actions publiques antispécistes ; pendant une dizaine d’années, l’association Lausanimaliste menait des actions diverses (pacifiques), de même plus tard que Genèvanimaliste. Et des militant-es ont formé en 2014 l’association PEA (http://asso-pea.ch) qui se donne justement pour mission d’ouvrir le débat de fond sur l’exploitation animale, qui a organisé ce que je pense mériter la qualification de premiers coups d’éclat antispécistes, à savoir les marches pour la fin du spécisme de 2015 et 2016, qui ont vu défiler (pacifiquement, encore) entre 700 et mille personnes dans les rues de Genève pour dénoncer cette idéologie injuste qui fonde notre société (une nouvelle marche va être organisée cette année, fin août, à Genève, de nouveau ; cf. https://www.end-of-speciesism.org/fr/). Les médias avaient beaucoup parlé de la première marche, alors. Ce sont plutôt ces marches qui ont permis de développer le mouvement antispéciste et de commecer à faire découvrir les idées et arguments du mouvement.
    Ces jours, on se retrouve devant la situation paradoxale que les médias parlent bien plus des actes de vandalisme récents à Genève qu’ils n’ont bien voulu parler des vidéos des abattoirs de Avenches et de Moudon qui ont été révélées par PEA, alors qu’elles montrent des images effroyables, qui questionnent (c’est un euphémisme) l’image gentillette qu’on se fait du “bien-être animal” en Suisse (cf. https://abattoirs-suisses.ch/). “Le pire a lieu près de chez vous”, pourrait-être leur intitulé. Je trouve que les médias pourraient mieux faire leur travail d’information, en la matière. Mais il y a ce biais, spéciste, justement, qui veut que des affaires atroces, mais qui ne concernent “que” des animaux, passent au second plan par rapport à des questions en comparaison fort anecdotiques.

    1. Oh que si, la presse locale et régionale (mais pas nationale on est d’accord) a parlé de l’abattoir de Moudon (j’y habite). Par contre tout reste à savoir ce que sont les images “effroyables”. Oui il y a du sang, oui il y a visiblement des animaux apeurés et un appareil qui fonctionne mal, mais rien d’illégal. Je vous cite les propos du vétérinaire cantonal dans la presse locale : “Le hic, c’est que les affirmations péremptoires de PEA sont totalement démenties par le vétérinaire cantonal vaudois Giovanni Peduto: «Ces images mettent en évidence des non-conformités, tant au niveau du ménagement des animaux, que de leur immobilisation et du processus de mise à mort.» Giovanni Peduto précise aussi que son service a pris des mesures bien avant la diffusion du film en question, et s’interroge des véritables raisons de dévoiler à présent ce tournage datant de 2017.”
      Donc sur le plan local, beaucoup d’indignation (souvent due aussi à la nationalité des tenanciers de l’abattoir), mais heureusement vite oubliée. Il y a beaucoup de petits paysans dans la région, qui auraient dû faire subir bien plus de route à leurs bêtes s’il avait été fermé.
      Pourquoi ne pas en parler plus ? Personnellement je trouve parfois que la presse locale fait beaucoup de pub au “mouvement”. Il n’y a qu’à voir ces jours avec le lancement de l’initiative prétendument contre l’élevage industriel, zéro critique, pas de questions dérangeantes… parce que si cette chose devait passer, ça ne serait pas que les “élevages industriels” qui auraient du souci à se faire.

  5. ” Nous aurions ainsi tout à gagner à ce qu’un effort politique soit entrepris pour que ces associations puissent travailler de concert avec les pouvoirs publics ”

    Les véritables antispécistes ne sont pas des welfaristes. Il n’y a aucune négociation, aucune complaisance. Nous ne sommes pas des adeptes des réformettes et des demi-mesures.

    Cordialement,
    Association antispéciste et abolitionniste – Vegan Corporation – France

    1. Voilà qui à au moins le mérite d’être clair. L’auteur que je suis est encore un peu attaché au compromis tout helvétique.

      Merci pour votre message.

  6. – Considérer qu’un pouvoir en place est injuste ne pousse pas à souhaiter le chaos.
    – Critiquer la monotone uniformité de la vie et du progrès n’implique pas de faire un retour vers le Moyen Age avec l’éclairage à la bougie et le supplice de la puanteur des immondices des villes.
    – Ne pas aimer les abattoirs n’implique pas nécessairement de se nourrir de légumes crus.

    Et même si celui qui s’oppose à la vivisection ne devrait plus respirer, puisque chacun de ses mouvements respiratoires coûte la vie de quelques bactéries, on sait que l’anarchisme politique, l’artisanat opposé à l’industrialisation, le végétarisme intégral, les sectes et partis excentriques ont un certain succès, dans l’esprit du temps.
    Or, l’argumentation de Fabien Truffer – comme le serait toute conversation avec un antispéciste – se répète à chaque fois que des individus confrontés à une pratique ne veulent pas renoncer à penser. La logique est au service du progrès et de la réaction, comme elle est au service de la réalité (le monde extérieur). Même si celle-ci cherche querelle au programme de celui qui voit en elle la source de souffrances alors qu’il cherchait le bonheur (en tant qu’«agent moral») par l’instauration de relations affectives.

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