Berlusconi : le retour de la momie ?

S’il est un sujet qui occupe depuis quelques semaines les médias italiens presque autant qu’Omicron et les diverses mesures sanitaires, c’est l’élection à la Présidence de la République, qui va se jouer le 24 janvier prochain.

Le rôle de Président de la République (j’utilise le masculin dans cet article car pour l’heure cette charge n’a été exercée que par des Messieurs) est avant tout honorifique, de “garant de la Constitution”, mais son élection est source d’enjeux et de luttes de pouvoirs dignes d’un bon épisode de House of Cards.

Ce sont les articles 83 et suivants de la Constitution italienne qui en définissent le rôle, les prérogatives ainsi que le mode de scrutin. Très concrètement, pour pouvoir prétendre à ce titre il faut sans grande surprise être de nationalité italienne, et avoir plus de 50 ans.

Comme pour le Conseil Fédéral, ce sont les deux Chambres du Parlement qui constituent le corps électoral, à qui viennent s’ajouter des délégué-e-s des 20 régions italiennes, pour un total d’un petit peu plus de 1000 voix.

Au delà des aspects protocolaires  et de représentation, le Président de la République donne mandat après les élections au chef du parti les ayant remportées de créer un nouveau gouvernement, et il supervise les éventuelles négociations entre forces politiques pour créer un exécutif de coalition. Il peut aussi et surtout “dissoudre les Chambres” si une majorité n’est plus en mesure de gouverner le pays, et convoquer de nouvelles élections.

Ce rôle a été occupé depuis 1948 (date du passage de la monarchie à un système républicain) par douze personnes, ayant des profils somme toute assez similaires : haute stature morale et politique, loin des affaires de “politique politicienne” depuis quelques années et surtout au dessus des clivages partisans.

Pas tellement le profil de l’ancien Premier Ministre Silvio Berlusconi me direz-vous… Et pourtant, ce dernier est le candidat officiel des forces dites de “centre-droite” : Ligue du Nord, les néo-fascistes de  Fratelli d’Italia et son propre parti, Forza Italia. Il mène depuis des semaines une campagne très agressive, faisant du pied à des parlementaires de tous bords, allant jusqu’à les appeler un par un au téléphone.

Il n’existe probablement pas de figure plus clivante et controversée dans la politique italienne des 30 dernières années. Gaffeur à répétition ( parmi ses nombreuses sorties sexistes, racistes ou politiquement incorrectes, on peut citer celle où il avait dit à Martin Schultz, chef de file des sociaux-démocrates au Parlement européen, qu’il allait le “proposer à un metteur en scène pour le rôle de chef d’un camp de concentration“) , prévenu dans de très nombreuses affaires criminelles, allant de la connivence avec la mafia jusqu’à la prostitution de jeunes-filles mineures, on pensait qu’à 85 ans passés son étoile politique avait fini par pâlir.

Pourtant, il est toujours là, et plus déterminé que jamais !

Heureusement, d’autres noms et scénarios sont évoqués, et son élection est à ce jour tout sauf certaine. D’aucuns essaient de convaincre l’actuel Président, Sergio Mattarella, à se lancer dans un second septennat, alors que le nom de Mario Draghi, l’actuel Premier Ministre, a la cotte parmi les parlementaires de centre-gauche. Il se murmure même que le chef de la Ligue, Matteo Salvini, pourrait se laisser tenter de trahir son allié historique Berlusconi pour se forger le statut de “faiseur de Présidents” en soutenant également Draghi.

À relever également la candidature de la rockeuse Gianna Nannini, qui a notamment le mérite de mettre en exergue l’absence regrettable de femmes parmi les policien-ne-s désigné-e-s comme “papables”.

Quelle que soit l’issue de ce scrutin, il risque de créer un petit séisme politique en Italie, qui pourrait mener à la chute du gouvernement actuel, issu d’une très large coalition de partis politiques aux programmes et positionnements fort différents et parfois antinomiques.

D’ici le 24 janvier beaucoup de choses peuvent encore arriver, mais une chose est sûre : rarement une élection à la Présidence de la République italienne aura été autant commentée et disputée…

 

Alberto Mocchi

Alberto Mocchi est président des Verts vaudois et Syndic de la commune de Daillens, dans le Gros de Vaud. À travers son blog, il souhaite participer au débat sur les inévitables évolutions de notre société à l'heure de l'urgence écologique.

3 réponses à “Berlusconi : le retour de la momie ?

  1. Que pensez-vous qu’il va se passer? Je ne connais pas bien la politique itlaienne, mais je vois que tout ce qui est pro européen et mondialiste veut mettre Draghi à la présidence. Donc moi, forcément, je préfèrerais que ce soit Berlusconi.

    La question fondamentale est: même avec Draghi président, est-ce que dans les crises économiques qui s’annoncent, l’Italie pourra se maintenir dans cette Union nEuropéenne et dans l’Euro, ou pas ? Mois je pense que non.

    Et d’ailleurs je souhaite que l’Italie sorte de l’UE et de l’Euro. Donc je suis plutôt pour Berlusconi.

    Au moins il est amusant.

    1. Je pense que cela va être compliqué pour Berlusconi, mais il n’est pas exclu qu’il soit élu. Le scénario de plus probable reste celui d’une présidence de Mario Draghi, mais les jeux restent ouverts. Concernant vos craintes quant au “mondialisme” de Draghi, on pourrait répondre que sa marge de manoeuvre en la matière sera bien moins importante en tant que Président de la République plutôt que comme Président du Conseil… Il y a une volonté de certains ténors de parti de voir Draghi – qui n’est pas membre d’un parti politique – laisser sa place, et voir le gouvernement italien redevenir davantage politisé…
      Au delà de ses prises de position et de son tempérament, c’est l’âge de M. Berlusconi qui m’interpelle. Peut-on encore exercer sérieusement des charges politiques somme toute assez lourdes à 85 ans ?

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