Plaidoyer pour une révolution économique

Le terme « révolution » a une connotation suscitant crainte et méfiance.  Si on ferme les yeux à son évocation, on a vite fait de s’imaginer la tête de Louis XVI roulant dans la sciure, ou des moujiks en colère prenant d’assaut le palais d’hiver des Tsars.

Pourtant, à l’origine, il a trait à l’astronomie, et désigne le mouvement circulaire d’une planète autour d’une autre. Plus généralement, nombreux sont les exemples d’emplois positifs d’un mot qui décrit un changement important et rapide, mais pas forcément violent. Même si elle n’a pas été sans bouleversements sociaux, la « Révolution industrielle » a ainsi permis dès le début du XIXème siècle un changement radical dans le mode de vie des populations des pays occidentaux, tout comme la « révolution numérique » a modifié en profondeur notre manière de communiquer et de travailler à l’heure du changement de millénaire.

Une révolution peut donc être – pour autant qu’elle soit choisie et non subie – intrinsèquement pacifique et positive, et améliorer la qualité de vie de celles et ceux qui la vivent activement ou passivement.

C’est de ce type-là de révolutions dont a aujourd’hui besoin notre système économique. Une modification fondamentale de ses bases dans un laps de temps suffisamment court pour éviter la catastrophe que le réchauffement climatique, la destruction de la biodiversité et l’épuisement des ressources naturelles font planer au-dessus de nos têtes.

La crise économique qui succède progressivement à celle sanitaire pourrait bien être l’étincelle de cette révolution, le point de départ d’un chemin qui remettra l’humain et l’environnement dans lequel il vit au centre des préoccupations.

Outre une dépendance aux énergies fossiles et à une croissance à n’importe quel prix qui la rendent non viable à moyen terme, notre économie a vu dévoilées au grand jour de nouvelles et inquiétantes faiblesses : trop grande dépendance vis-à-vis d’une mondialisation mal maîtrisée, faible protection des indépendant-e-s et de certaines professions pourtant indispensables, ou encore distance croissante entre producteurs et consommateurs.

Si à court terme il urge de limiter les dégâts en venant en aide aux secteurs et aux personnes qui ont le plus souffert, il serait irresponsable de vouloir par la suite tout faire repartir comme avant.

L’économie de demain doit être durable, en ce sens qu’en lieu et place d’une course désespérée aux points de PIB, elle doit avoir pour boussole les limites qui sont celles de la biosphère, garantissant à celles et ceux qui viendront après nous la même qualité de vie dont nous avons pu jouir. Locale, c’est-à-dire privilégiant les circuits courts, la redécouverte de ce qui peut être produit sur place et se passant autant que faire se peut d’intermédiaires. Solidaire, car elle ne doit laisser personne de côté, et permettre à tout le monde de trouver une activité correspondant à ses capacités et à ses ambitions.

Les moyens pour y parvenir sont nombreux : investissements dans les énergies renouvelables et l’efficacité énergétique, utilisation d’outils alternatifs au PIB pour quantifier le bien-être d’une société, mise en place d’un revenu de transition écologique, relocalisation de certaines activités ou chaines de production, encouragement à la vente directe, notamment dans le secteur agricole…

Ne reste donc qu’à se retrousser les manches, et à agir chacun à son niveau pour passer de la théorie à la pratique, et faire repartir sur de plus saines et fortes bases notre économie, afin de la rendre plus résistante aux crises de demain, et en éviter au passage une bien plus importante, celle liée au réchauffement climatique.

Pour les Vert.e.s vaudois.es, cette volonté de changement passera probablement par le lancement d’une initiative populaire cantonale d’ici la fin de l’année.

Alberto Mocchi

Alberto Mocchi

Alberto Mocchi est président des Verts vaudois et conseiller Municipal (exécutif) de la commune de Daillens, dans le Gros de Vaud. À travers son blog, il souhaite participer au débat sur les inévitables évolutions de notre société à l'heure de l'urgence écologique.

7 réponses à “Plaidoyer pour une révolution économique

  1. Bel et bon texte, cher Alberto!
    Parfois et comme vieux, je désespère de notre monde foireux.

    Bravo à la jeunesse de montrer qu’elle ne se laisse pas faire.
    Vive la transition climatique 😄

    1. Cher Alberto, ce n’est pas bien de ne pas répondre à Nicolas Besson.
      Mais, j’aurais une autre question pour les “verts”.

      Votre nouvelle collègue, Johanna Gapany, s’en prend aux chinois, pour leur mauvaise gestion de cette pandémie. Une autre Suçette qui ne publie que ce qui lui sert, donc, no Comment on her Blog.
      Il semblerait que ce ne soit pas aussi simple et que bien sûr, les chinois à part d’être jaunes, ne sont donc jamais transparents.

      En revanche, les peaux blanches américaines, anglo-saxophonistes, sont rouges, non de honte, mais de leurs manipulations massives. Ce doit être un châtiment indien?

      Bon, remarquez, c’est trendy 🙂

      Mais la question arrive…
      … que pensent les “verts” (bien sûr le parti politique suisse) de tout ce Binz?

      1. Si l’on voit votre titre et votre nonchalence de réponse, nul doute que la révolution ne viendra pas de vous…
        Quelle honte, ces suizo-italianossss!

        1. Je vous trouve bien impatient cher Olivier… 😉 Votre message date du soir d’un jour férié, et votre courroux s’est déclenché un tout petit peu plus de 24 heures plus tard…
          J’essaie toujours de répondre, mais n’ai pas toujours les disponibilités pour le faire dans l’heure 🙂

          La position des Verts concernant le COVID-19 a été pendant la pandémie d’essayer de faire “profil bas” au niveau de la gestion de la crise, afin de laisser travailler le Conseil Fédéral et les gouvernements cantonaux.
          Par contre, on s’engage aujourd’hui sur deux fronts :
          – Celui de voir des aides en suffisance pour soutenir à court terme l’économie, et si possible adressées aux bonnes personnes et aux bons secteurs ( plutôt aux PME et artisans qu’aux grands groupes économiques ou à l’aviation).
          – Celui de changer de modèle de société, notamment au niveau économique, un peu sur le modèle de ce que je décris dans le texte ci-dessus.

          1. Bon et merci enfin de votre réponse.
            je vis en Uruguay et ici, un jour sur deux est férié et on travaille à 30% les jours ouvrables, cherchez l’erreur.

            Mais vous n’avez quand même pas répondu à ma question 🙂

  2. Merci pour cette lecture enrichissante.

    Cela dit, et je tiens à m’excuser pour mon intervention redondante, comme vous mettez un certain accent sur le développement des énergies renouvelables permettant de remplacer petit à petit les énergies fossiles, pouvez-vous me dire si la Suisse est sur la bonne voie, et le fait qu’elle soit à nouveau classée 2e par le WEF en matière de transition énergétique ce soit une nouvelle réjouissante ?

    https://www.letemps.ch/suisse/suisse-reste-deuxieme-transition-energetique-selon-wef

    J’ai déjà posé la même question à deux blogueurs du Temps :

    La PS Martine Docourt, mais qui n’a pas publié les commentaires, ni répondu en privé, me laissant songer qu’elle utilise le Blog du Temps comme une vitrine publicitaire gratuite au frais des abonnés, puisqu’elle évite de se mêler au bas peuple.
    (https://blogs.letemps.ch/martine-docourt/2020/05/15/une-reprise-pourra-elle-etre-sociale-solidaire-et-ecologique-elle-le-devra/)

    Le pédagogue, entrepreneur, consultant, conférencier, chroniqueur et essayiste Richard-Emmanuel Eastes qui a eu la politesse de me répondre.
    Mais selon lui, la transition énergétique (je le cite) “n’est pas porteuse d’espoir” car “il n’y a guère d’expert de l’énergie qui croit encore que cette transition permettra de conserver nos modes de vie actuels tout en limitant notre empreinte écologique à ce que la planète est capable de supporter.”
    Etant vous-même un expert en la matière, validez-vous ses propos ?
    (https://blogs.letemps.ch/richard-emmanuel-eastes/2020/05/16/il-ny-a-pas-de-chantage-climatique/)

    Merci d’avance !

    1. Bonjour, et merci pour votre message.
      Oui, je pense que la Suisse est sur la bonne voie, en ce sens que certaines votations comme la stratégie énergétique 2050 acceptée par le peuple en 2017 ou des engagements pris par le Conseil Fédéral au niveau international ( accords de Paris) nous indiquent la direction.
      Par contre, on est encore un peu à la traine, notamment dans le domaine des transports, où les émissions ont augmenté l’année dernière. Le potentiel de l’énergie solaire, qui est par ailleurs pourvoyeuse d’emplois locaux, est totalement sous-exploité : https://www.lenouvelliste.ch/articles/suisse/energies-la-suisse-toujours-a-la-traine-dans-le-secteur-solaire-et-eolien-939425
      et notre biodiversité souffre d’une agriculture trop intensive par endroits et du mitage du territoire.
      Bref, la Suisse n’est pas un mauvais élève, mais les défis qui nous attendent sont tellement importants qu’on ne peut pas se reposer sur nos lauriers 🙂

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *