écolos et paysans, une alliance de raison ?

Les défenseurs de l’environnement, ou “écolos” comme on les appelle souvent, n’ont pas forcément la cote au sein du monde agricole. Souvent considérés comme des casse-pieds, on les accuse de ne pas vraiment connaître la nature qu’ils veulent défendre, eux qui seraient tous des citadins. Cela vaut aussi dans le domaine politique, où ce sont plutôt les partis conservateurs qui sont vus comme défendant au mieux les intérêts de la paysannerie. Le slogan “La nature est une chose bien trop importante pour la confier à des écolos“, inscrit sur un visuel partagé sur les réseaux sociaux par un agriculteur et candidat UDC au Conseil National est à ce propos symptomatique d’un discours diffus et entretenu par force clichés.

Pourtant, à y regarder de plus près, écolos et paysans ont des intérêts en bonne partie convergents, et les partis écologistes défendent des positions tout à fait favorables au monde agricole.

La volonté de privilégier en matière alimentaire le local et la qualité plutôt que la quantité sont ainsi au centre des préoccupations des Verts, qui se battent depuis toujours pour la consommation la plus écologique qui soit, celle d’aliments produits dans la région dans des conditions optimales pour les producteurs comme pour les consommateurs. Ils s’opposent par ailleurs à la concurrence déloyale que représentent des denrées importées et produites selon des standards moins regardants que ceux en vigueur en Suisse. L’initiative “Pour des aliments équitables” sur laquelle la population suisse a voté en 2018 en est un exemple parlant, et il est intéressant de relever qu’elle avait été soutenue par Prometerre, l’association défendant les intérêts des métiers de la terre dans le canton de Vaud. Même topo quant au principe du “Cassis de Dijon“, contre lequel les Verts furent plutôt seuls à se battre en 2009. Au niveau local, les élu-e-s des Verts sont par ailleurs à l’origine de nombreuses initiatives pour privilégier l’utilisation de produits locaux dans les cantines gérées par les pouvoirs publics.

L’opposition à certains accords de libre échange et leurs répercussions potentiellement désastreuses pour l’agriculture suisse sont aussi au cœur de l’action des Verts. Importer de l’huile de palme d’Indonésie ou du soja du Brésil est un non-sens écologique complet, qui risque de  sacrifier notre production agricole sur l’autel d’intérêts économiques plus puissants.

Plus généralement, c’est le rôle social, économique et environnemental majeur d’une agriculture familiale et paysanne qui tient à cœur aux Verts. L’industrialisation vécue par ce secteur dans d’autres pays, avec des domaines toujours plus grands, mécanisés et déshumanisés s’est trop souvent faite au détriment de la qualité de vie des exploitants, de la nature et du tissu social des zones rurales, sans pour autant réussir à maintenir la compétitivité face aux produits importés de l’autre bout du monde. Un prix équitable pour les matières premières agricoles, lait, betteraves sucrières ou céréales, est ainsi indispensable si on veut freiner l’hémorragie qui voit le nombre d’exploitations agricoles fondre année après année en Suisse.

Bien sûr, il y a aussi des points de désaccord entre monde agricole et protecteurs de l’environnement, mais on se focalise bien trop souvent sur ceux-ci, éludant un panorama bien plus large de convergences avérées ou possibles.

Plutôt que se regarder en chiens de faïence, au prisme de  stéréotypes trompeurs, paysans et écolos feraient bien de se parler et s’écouter davantage, car ce qui les unit semble bien plus fort que ce qui les divise.

 

Alberto Mocchi

Alberto Mocchi

Alberto Mocchi est président des Verts vaudois et conseiller Municipal (exécutif) de la commune de Daillens, dans le Gros de Vaud. À travers son blog, il souhaite participer au débat sur les inévitables évolutions de notre société à l'heure de l'urgence écologique.

2 réponses à “écolos et paysans, une alliance de raison ?

  1. De la pomme vermillonnée (financée par la haute finance prédatrice et anti-sociale) au vote vert, hahah 🙂
    ne rêvez pas trop, cher Alberto, le paysan digne et pur, ne vote depuis lurette pas UDC!

  2. Si vous êtes un paysan, non attiré par une production industrielle, méfiant envers l’agroalimentaire et l’agrochimie, ayant compris les enjeux de notre terre, notre eau et notre air, de plutôt favorable aux circuits courts, alors à coup sûr vous n’êtes certainement pas compatible avec l’UDC/SVP.
    Il existe beaucoup d’autres partis en Suisse qui ont compris le problème, que plusieurs scientifiques s’époumonent à faire comprendre, et même le PLR les a finalement rejoint.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *