La crise politique italienne pour les nuls

L’Italie, comme nombre de pays ayant un système électoral purement proportionnel, est coutumière des crises politiques et des coalitions plus ou moins éphémères. On se souvient ainsi par exemple de la chute du premier gouvernement du social démocrate Romano Prodi en 1998, suite au retrait de l’extrême gauche de son alliance, ou de celle du dernier gouvernement présidé par Silvio Berlusconi en novembre 2011, suite à de nombreux désistements dans les rangs des partis alliés.

La crise politique que traverse l’Italie en ce moment, après l’annonce tonitruante du Ministre de l’Intérieur et chef de la Lega Matteo Salvini de rompre l’accord avec le Mouvement 5 Etoiles, est cependant inédite sous certains aspects, tout comme ses dénouements sont pour le moins imprévisibles.

Il y a tout d’abord la question de la temporalité. L’annonce de Salvini a été faite en plein mois d’août, alors qu’il s’exprimait devant une foule dans une station balnéaire. Août c’est le mois des vacances en Italie, celui de “ferragosto” (le 15 août, jour férié et donc propice aux ponts) et des exodes vers les plages. Le Parlement ferme ses portes, et beaucoup de choses fonctionnent au ralenti. Les Chefs de groupe des différents partis ont donc dû battre avec insistance le rappel de leurs troupes pour voir les parlementaires rentrer à Rome pour la séance extraordinaire des Chambres qui a eu lieu la semaine dernière. Mettre fin à un gouvernement à l’approche de l’automne, c’est aussi prendre le risque de ne pas avoir un exécutif au moment de la phase d’adoption du budget, et donc de se retrouver dans une situation explosive pour l’économie italienne, avec notamment une hausse automatique de la TVA.

Les forces en présence sont par ailleurs inédites. L’alliance “giallo-verde” ( jaune et verte, les couleurs du Mouvement 5 Etoiles et de la Lega) s’est construite contre toute attente après les élections de mars 2018, qui n’avaient vu aucun parti ou coalition atteindre la barre fatidique des 40% de voix nécessaires pour avoir une majorité aux Chambres. Elle reposait sur une volonté d’ “antisystémisme” et sur un “pacte de gouvernement” regroupant les points des programmes des deux partis sur lesquels il y avait une entente.

Avec deux partis qui n’ont eu cesse de fustiger “la vieille politique” et de mettre en avant une volonté de renouveau des institutions italiennes, toute autre coalition semble impossible, et la voie ouverte pour des élections anticipées, ce que souhaite ardemment Matteo Salvini, boosté par les sondages qui donnent la Lega à près de 40% des voix, alors qu’elle a plafonné à 17% lors des dernières élections générales.

Mais c’est là où les choses se corsent. Le chef de la Lega a probablement agi par excès de confiance, et n’avait pas compté sur la volonté du Mouvement 5 Etoiles de poursuivre son action gouvernementale et d’éviter à tout prix un vote qui le verrait perdre passablement de plumes. S’ajoute à l’équation la volonté d’une frange du Parti Démocrate (centre-gauche) menée par l’ancien Premier Ministre Matteo Renzi de revenir aux affaires, en proposant une alliance aux 5 Etoiles pourtant depuis toujours leurs ennemis jurés.

L’hypothèse de se voir sortis du gouvernement sans élections a fait tirer le frein à main à Slavini, qui a laissé entendre qu’il était prêt au dialogue et que “son téléphone était toujours allumé” afin de discuter d’une poursuite de l’alliance avec les 5 Etoiles dans un gouvernement remanié et avec un nouveau programme.

Ce scénario ne déplait pas à certains au sein des 5 Etoiles, qui posent cependant comme condition le retrait de Salvini du gouvernement, chose inacceptable pour la Lega.

En résumé, on se retrouve donc avec :

La Lega, une partie du Parti Democrate et les forces de la droite traditionnelle ( Forza Italia, le parti de Berlusconi, et les neo-fascistes de Fratelli d’Italia) qui veulent des élections anticipées.

Le Mouvement 5 Etoiles qui veut poursuivre au gouvernement, pour une frange plutôt en pardonnant la Lega, pour d’autres en construisant une alliance basée avant tout sur un programme environnemental avec le Parti Démocrate.

Au dessus de ce joyeux petchi, il y a le Président de la République, autorité morale des institutions italiennes, qui ne voit pas d’un bon œil des élections anticipées, et qui essaie de jouer les arbitres.

Le débat qui aura lieu cet après-midi au Sénat, sur la “sfiducia” au Premier Ministre Giuseppe Conte, la “perte de confiance” ou non de son gouvernement face à une majorité parlementaire, sera déterminant, et permettra probablement d’y voir plus clair. Conte a annoncé qu’il parlerait avec beaucoup de franchise de ces 14 mois en tant que Président du conseil et de ses rapports avec les deux hommes forts du gouvernement que sont le leader du Mouvement 5 Etoiles Luigi di Maio et Matteo Salvini.

Quelle que soit l’issue de ce débat et de cette crise politique, une chose est certaine : le système électoral italien doit être revu de manière radicale, afin de permettre une meilleure gouvernabilité d’un pays qui s’est trop souvent retrouvé pris en otage par des calculs de politique politicienne et les égos plus ou moins surdimensionnés de chefs de partis.

Alberto Mocchi

Alberto Mocchi

Alberto Mocchi est président des Verts vaudois et conseiller Municipal (exécutif) de la commune de Daillens, dans le Gros de Vaud. À travers son blog, il souhaite participer au débat sur les inévitables évolutions de notre société à l'heure de l'urgence écologique.

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