Un gaspillage évitable

190 kilos. C’est le poids moyen d’une otarie femelle adulte, mais aussi et surtout la quantité d’aliments qui sont perdus en Suisse par personne et par an, entre la récolte et le frigo du consommateur, en passant par le commerce de détail. C’est l’OFEV qui nous l’apprend via la publication d’une intéressante étude.

L’image est saisissante : pensons à une pomme cultivée dans un verger de la Côte vaudoise. La faire pousser va demander des litres d’eau, ainsi que – si l’on parle d’une culture conventionnelle – de l’épandage de divers produits phytosanitaires. Une fois cueillie elle sera emmenée par camion jusqu’à un centre de distribution, puis dans un supermarché. Là des consommateurs venus probablement en voiture la ramèneront chez eux, puis l’oublieront peut-être dans un plat posé sur la table du salon ou dans le bac à fruits et légumes du frigo (cela est arrivé à tout le monde au moins une fois) jusqu’à ce qu’elle devienne impropre à la consommation. Elle sera donc jetée à la poubelle, alourdissant un sac qui sera ensuite transporté par camion jusqu’à une centrale d’incinération, où elle demandera de l’énergie supplémentaire, car sa composition fait qu’elle ne brûle pas tant bien…

On l’aura donc compris, ce n’est pas une bonne affaire pour l’environnement, sans parler de l’aspect éthique et social plus que discutable de jeter à la poubelle des aliments alors que même dans notre riche Suisse des personnes n’arrivent pas à manger de manière équilibrée faute de moyens suffisants.

Que faire alors ?

Des solutions existent et peuvent s’appliquer aux différents éléments de la chaîne allant du producteur au consommateur.

Il y a tout d’abord la sensibilisation des consommatrices et consommateurs à l’absurdité des critères esthétiques en matière de produits alimentaires, et tout particulièrement de fruits et légumes. Une carotte tordue ou une aubergine un peu plus ronde que la moyenne ont exactement les mêmes valeurs nutritives et le même goût que leurs consœurs prêtes pour le concours de « Miss potager ». En réduisant quelque peu les standards et calibrages qui s’appliquent dans la grande distribution – à la demande plus ou moins explicite de nous consommatrices et consommateurs – on éviterait bien des tonnes de denrées passant directement du champ au compost.

Autre marge de manœuvre, celle en lien avec les dates de péremption. Une étude de l’Union Européenne a montré en 2011 qu’elles sont responsables d’environ 20% du gaspillage alimentaire des ménages.  Si on ne saurait mettre en doute leur utilité pour la santé des consommatrices et consommateurs, le système est victime d’une trop grande rigidité. Les dates limites de consommation sont ainsi 1/3 plus courtes en Suisse que dans des pays comme la France ou l’Allemagne, où on ne compte pourtant proportionnellement pas plus de cas d’intoxications alimentaires. Le bon sens est par ailleurs de mise en la matière, et jeter un paquet de pâtes ou un morceau de parmesan le lendemain de la date estampillée sur l’emballage relève de l’absurdité. Pour des produits non à risque le consommateur peut se fier à sa vue, à son odorat et à ses papilles pour déterminer si un produit est toujours comestible ou non. Les commerces peuvent aussi jouer un rôle en distribuant leurs invendus encore aptes à la consommation à des associations caritatives.

Enfin, il y a nos habitudes de consommation à mettre en question. Les grandes surfaces nous ont habitués à acheter en une seule fois de très grandes quantités d’aliments, à consommer sur une semaine ou plus. Les risques de se retrouver avec des fruits gâtés ou du lait caillé en sont donc sensiblement accrus. Quand les contraintes temporelles le permettent, il est donc préférable d’acheter en petites quantités, presque « au jour le jour », selon ses besoins et auprès des producteurs directement, ce qui garantit une plus grande fraicheur des produits et un remède efficace contre le « syndrome du frigo trop plein ».

La lutte contre le gaspillage alimentaire passe donc par un changement dans nos habitudes, mais aussi par des révisions légales et réglementaires. Le Conseil Fédéral a été mandaté par le Parlement pour mettre en place un plan d’action contre le gaspillage. Espérons qu’il soit à la hauteur des enjeux de cette problématique majeur d’un point de vue environnemental comme éthique.

Alberto Mocchi

Alberto Mocchi

Alberto Mocchi est président des Verts vaudois et conseiller Municipal (exécutif) de la commune de Daillens, dans le Gros de Vaud. À travers son blog, il souhaite participer au débat sur les inévitables évolutions de notre société à l'heure de l'urgence écologique.

Une réponse à “Un gaspillage évitable

  1. L’étude que vous citez est intéressante, mais :

    Il serait possible d’aller encore plus loin dans les réflexions à ce sujet. Je prends l’exemple de Villeneuve qui n’a plus de récupération de compost, excepté dans la grande déchèterie qui est très loin, mais les mini-déchèteries de quartier n’en ont plus. Je comprends la position de la Commune, car les containers étaient emplis d’autres choses inadéquates et les déchets n’étaient plus recyclables. Cela implique pour les 25% de la population mobilité réduite de tout jeter dans des sacs payants, dont les plus petits font 17 litres et ne sont donc remplis qu’à un quart avant d’être jetés, car au bout de 3 jours ça pue et les vers arrivent. Les personnes âgées qui n’ont qu’une aide par semaine, voire une fois toutes les deux semaines, ne savent plus comment faire. Aller à la mini déchèterie avec un sac serait déjà impossible pour elles pour autant qu’il y ait un container à disposition. Il n’y en a pas. En plein été, elles vont se retrouver dans des situations de puanteur impossibles à vivre.

    Et même dans les Communes disposant de containers dans les immeubles ou de mini-déchèteries à proximité, comme à Montreux, les sacs compost de 5 litres, s’avèrent beaucoup trop lourds pour ces personnes et sont dégradables en 3 jours, ça coule, etc… ne sont donc remplis eux aussi qu’à un tiers avant d’être jetés. Cela revient à ces personnes aux petits revenus extrêmement cher au final.

    Même en faisant très attention au gaspillage, les épluchures, il faut bien les mettre quelque part.

    Les personnes qui ont une aide par semaine pour faire les courses, sont confrontées à des multipacks constamment, ne peuvent plus se nourrir de façon variée, car pas d’achat possible à la pièce. Dans les communes ou localités où il n’y a pas de marché, où lorsque tous les petits commerçants locaux ne sont pas accessibles faute rampes de trottoir, elles sont bien obligées d’envoyer leur aide faire les courses en voiture beaucoup plus loin. C’est le cas à Villeneuve. La rue principale dans laquelle sont tous les petits commerçants, n’est accessible à aucun endroit, il n’y a pas une seule rampe de trottoir pour pouvoir accéder à tous ces commerçants et aucun marché hebdomadaire à disposition.

    Il y a un manque total de réflexion vraiment approfondie et holistique sur ces sujets écologiques, mais aussi économiques.

    Et aussi un effort pédagogique à faire auprès des citoyens avant d’exiger d’eux des efforts en leur retirant les moyens de pouvoir le faire.

    A Genève où je vivais il y a quelques années, tous les immeubles avaient des containers, poubelle normale, papier, compost et des déchèteries à chaque coin de rue pour tout le reste. 75-80% du terreau vendu était fabriqué grâce au compost.

    A Clarens, la déchèterie mobile refusait de reprendre les plastiques propre, lavés soigneusement qui avaient servi aux emballages de nourriture des super-marchés, alors que les plastiques étaient utilisés pour faire du biogaz. J’ai vu un employé communal sortir de mon sac trié, tous les plastiques un par un, pour en chercher désespérément un qui était sale, sans le trouver.

    J’étais arrivée avec mon moyen auxiliaire électrique chargé comme un mulet, de nombreux sacs où tout était parfaitement trié d’avance, un jour de pluie et très froid en sus. Me suis faite agresser par ces deux employés.

    “Si vous les avez lavés, ils sont plein de produits chimiques”.

    “Non, Monsieur, je n’utilise que des produits de vaisselle et nettoyage bio”.

    “Alors ça, je ne vous crois pas”.

    Je n’y suis plus jamais retournée. J’ai rendu à la Migros ou Coop leur bien, soit leurs emballages. C’est mon aide qui allait porter le reste à la déchèterie de sa Commune la Tour-de-Peilz, qui elle accepte les plastiques propres, avec sa voiture !

    Les différences entre les différentes communes sont si énormes que des règles devraient se poser sur le plan cantonal une fois pour toutes.

    Et d’informer les citoyens récalcitrants au tri de manière plus pédagogique, moins dictatoriale, en leur en donnant les moyens et leur expliquer qu’ils ont des enfants… qui paieront les dégâts de tout cela, de manière simple.

    Merci à vous pour vos articles toujours intéressants.

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