Soins infirmiers : le Conseil Fédéral tire sur l’ambulance

Le 7 novembre dernier, moins de 10 mois après son lancement, des dizaines d’infirmières et d’infirmiers venant de toutes les régions du pays déposaient à la Chancellerie fédérale 120’000 signatures portant sur l’initiative “pour des soins infirmiers forts“.

Récolter autant de signatures en si peu de temps est un véritable exploit, surtout de la part d’une association professionnelle qui ne s’était jusque là jamais prêtée à l’exercice. Lancer une initiative est en effet un pari parfois risqué, qui demande un investissement et une mobilisation considérable de la part de la base du mouvement. Plusieurs exemples plus ou moins récents ( dont le plus emblématique est peut-être celui du PLR et de son initiative “contre la bureaucratie“) sont là pour nous rappeler qu’il est malheureusement facile d’échouer en la matière.

Or c’est à une mobilisation incroyable de toute la profession infirmière que l’on a pu assister dès le lancement de l’initiative fin janvier 2017. Des milliers d’infirmières et d’infirmiers se sont improvisé-e-s militant-e-s, et ont pris stylos, feuilles de signatures et le meilleur argument qui soit : celui de l’expérience vécue, pour aller convaincre la population d’agir.

Cet élan d’engagement pour une cause est signe d’un fort sentiment d’appartenance à une profession et à ses valeurs, mais aussi malheureusement d’un certain malaise.

Car les conditions de travail dans les soins ne sont pas au beau fixe, et ont tendance à empirer dans bien des domaines. La pénurie de personnel, mais aussi des volontés d’économies toujours plus marquées et les exigences en termes de rendement qui en découlent, font que la situation est préoccupante.

Deux chiffres illustrent particulièrement bien la situation :

Il aurait fallu former 10’000 infirmier-e-s supplémentaires ces cinq dernières années en Suisse pour répondre aux besoins en personnel dans les soins, et près de la moitié (45,9%) des infirmier-e-s quittent la profession avant l’âge de la retraite.

La pénurie engendre des conditions de travail plus pénibles, qui elles-mêmes poussent de plus en plus de personnes à quitter la profession, et font réfléchir à deux fois les jeunes avant de se lancer dans cette carrière, créant un cercle vicieux aux conséquences à terme très inquiétantes.

C’est pour y remédier que l’Association suisse des infirmier-e-s (ASI) a lancé l’initiative pour des soins infirmiers forts, et que tant de soignant-e-s se sont mobilisé-e-s. L’initiative demande en effet en très résumé à ce que la Confédération et les cantons reconnaissent à sa juste valeur l’importance des soins infirmiers, qu’ils veillent à former suffisamment d’infirmier-e-s, et à ce que les conditions de travail  dans la branche soient convenables.

Il en va au final de la qualité des soins pour toutes et tous, car outre les professionnel-le-s, ce sont en dernier ressort les patient-e-s qui font les frais d’un système de santé qui ne se soucie pas du bien-être de ses employé-e-s.

Légiférer pour améliorer les conditions de travail dans les soins et reconnaître le rôle et les compétences propres aux infirmier-e-s semble donc aller de soi, et l’initiative a été soutenue par des politiciennes et politiciens de tous bords, dépassant largement l’habituel clivage gauche droite.

Pourtant, le Conseil Fédéral a annoncé aujourd’hui qu’il était urgent de ne rien faire, et que tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles, rejetant ainsi l’initiative.

Se cacher derrière quelques mesures incitatives mises en place ces dernières années, et qui peinent à porter leurs fruits, n’est pas acceptable, et revient à fermer les yeux sur une situation qui demande une action claire et énergique.

Espérons donc que le Parlement saura mieux écouter le malaise croissant dans la profession infirmière, et la volonté de dizaines de milliers de professionnels de voir leur incroyable travail au service de la collectivité mieux reconnu et soutenu.

Sinon, ce sera très probablement au Souverain de trancher.

Alberto Mocchi

Alberto Mocchi

Alberto Mocchi est président des Verts vaudois et conseiller Municipal (exécutif) de la commune de Daillens, dans le Gros de Vaud. À travers son blog, il souhaite participer au débat sur les inévitables évolutions de notre société à l'heure de l'urgence écologique.

3 réponses à “Soins infirmiers : le Conseil Fédéral tire sur l’ambulance

  1. Je pense que , comme à l accoutumé La Suisse va compter sur les infirmiers francais et autres. En leurs faisant miroiter des salaires plus élevés.

  2. Bravo à tous ,enfin des courageux exprimant ce que même de nombreux patients y compris médecins réclament ,moins de paperasses et plus de temps à accorder aux patients

  3. A mon avis, on ne cible pas correctement les économies à faire. Infirmière, je reconnais que les conditions de travails ne sont de loin pas optimales et que nous devons de plus en plus laisser le côté humain de la profession de côté. La surcharge de travail est également un risque non négligeable quant à la qualité des soins. Et, pour répondre à certains commentaires, de nationalité suisse je suis plus qu’heureuse que du personnel infirmier étranger vienne travailler chez nous (au même tarif que nous, soit dit en passant). Sans eux, les hôpitaux peuvent fermer.

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