L’égalité s’illustre aussi dans le nom de nos rues

Je souhaitais partager avec vous lectrices et lecteurs ma lettre envoyée à la commission de la nomenclature du Canton de Genève. Cette commission valide les nouveaux noms des rues et des places publiques dans tout le canton et va devoir se prononcer en fin de semaine sur les nouvelles dénominations proposées par la Ville de Genève.

Le langage est pouvoir, les mots employés, les images utilisées créent du sens et renseignent sur le contexte et les enjeux d’une société en un lieu et à une époque donnée.

Chères, Chers membres de la commission cantonale de la nomenclature,

Vous allez bientôt devoir vous prononcer sur une décision concernant des noms de rues attribuées à des femmes politiciennes, scientifiques, militantes et révolutionnaires.

Vous avez reçu de nombreuses prises de positions négatives sur cette question, ainsi que de nombreux messages positifs, auxquels vient s’ajouter le mien aujourd’hui.

Tout d’abord en tant qu’élue de ma commune et militante dans différents collectifs et associations féministes, je tiens à préciser que cette action ne ressort pas de la seule volonté ou idée de la Ville de Genève et de ses services mais concrétise le travail de nombreuses personnes, associations actives dans le domaine de la prévention, des droits des femmes, des personnes LGBTQI et de l’égalité.

Elle s’inscrit dans un plan plus large de lutte contre les violences sexistes et le harcèlement dans les espaces publics, action politique validée par une large majorité du Conseil municipal de la Ville de Genève. C’est donc au nom de ce consensus politique et de ces luttes de terrain des associations féministes que je vous demande d’accueillir ces changements de noms de rues de manière positive.

La lutte pour rendre les espaces publics sûrs, agréables et accueillants pour toutes et tous passe par la représentation, par les images et les modèles ; de qui parle-t-on, qui occupe et définit les espaces ?

Le débat portant autour du nom d’une rue peut sembler anodin. Le changement de dénomination d’un lieu dans lequel on vit, travaille où l’on a ces habitudes peut être source de critiques négatives, voire d’une certaine angoisse, je le comprends bien et il s’agit d’avoir cette ouverture et ce dialogue pour expliquer le bien-fondé de ces mesures.

Toutefois la motivation égalitaire qui sous tend cette mesure est, à mon sens et au sens de nombreuses personnes, prépondérante sur certaines réactions sans doute légitimes de quelques individus. Il en va d’un projet de société, de la concrétisation en partie de la loi sur l’égalité promulguée en 1996 ; c’est une question d’intérêt général et du respect de nos valeurs et d’une vision plus juste de notre société.

La Ville de Genève a fait un large pas en avant, salué par de nombreuses autres communes en Suisse et à l’étranger. Cette mesure marque l’entrée de notre Ville, et pourquoi pas de notre Canton, dans le 21ème siècle. Continuons cette progression toutes et tous ensemble. Un retour en arrière serait perçu comme une violence, comme une remise en question des engagements pris par de nombreuses collectivités publiques, par la Ville de Genève et par le Canton.

Au regard de ces arguments et en appelant à votre bon sens, j’espère que vous vous positionnerez de manière favorable pour cette action précise et globalement pour plus d’égalité dans nos communes, dans nos quartiers, dans notre Canton, dans notre pays.

En vous souhaitant bonne réception de ce message, je vous adresse mes meilleurs messages.

Albane Schlechten, Conseillère municipale Ville de Genève

Albane Schlechten

Albane Schlechten

Militante pour la scène alternative au sein de l'Usine, Albane Schlechten monte le club la Gravière en 2011 et le quitte fin 2016 pour rejoindre la faîtière suisse des clubs et des festivals, PETZI. Depuis le début de l'année 2019 elle a repris la direction de la Fondation pour la chanson et les musiques actuelles. Elle est également élue au Conseil municipal de la Ville de Genève depuis 2015.

2 réponses à “L’égalité s’illustre aussi dans le nom de nos rues

  1. J’ai lu que l’on villipendait des panneaux de rue avec des noms de femmes!!!

    Que le monde peut être bête, malheureusement et malgré le corona, ce sont toujours les mauvaises herbes qui survivent… .

  2. Beaucoup de personnes qui ont apporté aux autres sont facilement oubliées et j’imagine que couramment, un enfant accompagné demande : « Qui c’est ? Qu’est-ce qu’il, ou elle, a fait ? » Sur les panneaux bleus il est rare d’avoir des précisions, alors si j’étais l’adulte qui n’en sait pas plus, je répondrais à l’enfant : « Ce que nous savons, c’est que nous allons faire les courses, autrement nous ne serions pas ici. Mais ce que cette personne sur le panneau vient faire là, je n’en sais rien ». Non, j’imagine cette pauvre fin de dialogue pour rire. Je me donnerais la peine de me renseigner, et ce serait positif pour nous deux…

    Nous revenons des courses, et surprise, nous voyons qu’une boîte aux lettres a perdu son étiquette, il n’y a que le métal, et encore de la colle qui ne retient plus rien. Mon enfant me dit : « Oh pourquoi elle n’est plus là ?.. Elle n’est pas morte j’espère ?.. » Et moi : « Elle est à l’hôpital, on sait déjà qu’elle ne reviendra pas… » Lui : « Oh, j’aurais voulu qu’elle reste, ce n’est pas gentil de l’avoir enlevée comme ça, est-ce qu’on peut la remettre ? Fais une étiquette, j’ai de la colle ! »

    Des nouveaux, des nouvelles, arriveront dans la rue, d’autres s’en iront. Et mon enfant va de nouveau me poser des questions : « Mais… Là ! Il y avait quelqu’un d’autre, le médecin qui a aidé les pauvres… Il est mort ?.. » Et Moi : « Non… Il était déjà mort depuis longtemps ». Lui : « Ah je ne savais pas ! Tu ne me l’avais pas dit… » Moi : « Je n’y avais même pas songé, quelqu’un qui a fait beaucoup de bonnes choses pour nous, c’est un peu comme s’il était encore là… » Lui : « Alors pourquoi est-ce qu’on l’a enlevé ? Est-ce qu’il passait aussi dans cette rue quand il allait faire les courses ? »

    Vous avez deviné pourquoi je vous ai raconté ces petites histoires, parce que c’est vous qui avez le tournevis pour aller décrocher l’un, et en mettre une pendue plus haut qui restera exposée un temps, avant d’être enterrée à son tour… Ah ce que je dis est donné sous un angle sinistre. Vous préférerez certainement entendre ce que mon fils, toujours préoccupé par ces panneaux, a d’important à dire…

    « Papa, je sais qui enlève les gens ! C’est une dame habillée en rouge clair, avec un tournevis, une lampe de poche et une échelle !.. Je me suis demandé quelque chose… Est-ce qu’il y a trop de gens qu’on ne sait pas ou mettre ? Ou pas assez de rues ?.. »

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