Accord institutionnel : participons au projet européen

Lentement mais sûrement, la Suisse se dirige vers une impasse dans le dossier européen. Après cinq ans de négociations, un projet d’accord est désormais sur la table, qui devrait permettre de prolonger la voie bilatérale, au bénéfice jusqu’ici d’un large consensus dans notre pays. Or ce projet ne dispose visiblement que d’un soutien de façade de la part du Conseil fédéral, qui l’a jeté sans conviction en pâture aux partis et aux acteurs économiques. Les premières réactions des syndicats, du PS et de l’UDC font craindre un blocage. Le président de la Confédération lui-même prétend qu’il faudrait renégocier, alors que les européens ont clairement fait savoir que cela n’était pas envisageable.

Un débat constructif doit être mené

Ce projet d’accord n’est évidemment pas idéal. Il mérite un large débat. Cependant, ce débat doit être mené sur des bases constructives et en toute connaissance de cause de la marge de manœuvre qui est la nôtre, des alternatives face auxquelles nous nous trouvons, ainsi que des conséquences des décisions que nous pouvons prendre. En particulier, l’alternative n’existe pas, entre ce projet d’accord et un texte idéal qui nous conviendrait parfaitement, indépendamment de la position des Européens. Notre marge de manœuvre se situe probablement plutôt du côté de mesures nationales, qui devraient permettre de préserver les salaires suisses, dont les montants ne sont pas un luxe, mais répondent à des coûts de la vie plus élevés chez nous qu’ailleurs. Il faut également considérer ce qui adviendrait en cas d’échec de l’accord. La voie bilatérale, qui s’est déjà avérée complexe et délicate à mener jusqu’ici, s’enlisera. Les conséquences pour notre économie, mais aussi pour notre formation et notre recherche, se feront rapidement sentir. Il ne s’agit pas d’une option viable. En l’absence d’accord pour prolonger les bilatérales, c’est à une adhésion à l’EEE ou tout simplement à l’Union européenne qu’il faudra songer.

L’Union européenne est un projet, qui doit être soutenu

Certes, pour de nombreux écologistes, la prudence est de mise face à une Union européenne souvent perçue comme centralisatrice, bureaucratique et peu équitable. Mais l’Union européenne est un projet. Un projet dont les objectifs premiers de paix et de solidarité sont toujours d’actualité, un projet qui offre un cadre démocratique et institutionnel indispensable à la gestion d’une multitude d’enjeux dépassant nos frontières, un projet qui permet de fixer des règles du jeu claires pour les échanges économiques, mais aussi de toute autre nature, entre les pays, un projet qui est en constante évolution. Ce projet doit être soutenu. Et il est dans notre intérêt d’y participer, d’une manière ou d’une autre. L’Europe des régions que nous appelons de nos voeux, plus décentralisée, plus collaborative, plus ouverte sur le monde et plus respectueuse des diversités, naîtra de l’Europe actuelle et non de son rejet. Nous devons prendre nos responsabilités et y contribuer, dans un monde où les mouvements de repli nationalistes et les atteintes à la démocratie sont de plus en plus violents et nombreux. Ne faisons pas le jeu de ceux qui veulent détruire le projet européen et les valeurs démocratiques, libérales et humanistes dont il est porteur !

Défendons une Europe de la durabilité

Contrairement à ce que craignaient ou craignent encore certains écologistes, l’Union européenne peut par ailleurs aussi constituer un moteur de durabilité. Elle est aujourd’hui, au niveau mondial, l’acteur le plus ambitieux en matière de lutte contre le réchauffement climatique, elle légifère pour favoriser des investissements plus durables, elle met sur pied une stratégie pour mieux gérer les matières plastiques, elle interdit des pesticides tueurs d’abeilles, elle affronte l’obsolescence programmée, elle développe des mesures pour promouvoir l’économie circulaire… La Suisse n’est plus une pionnière de la protection de l’environnement. Aujourd’hui, dans ce domaine comme en matière de protection des consommateurs, l’Europe peut être plus visionnaire que la Suisse, même si elle pourrait bien sûr faire mieux encore, aux yeux des Verts.

Je souhaite dès lors qu’en 2019, une discussion constructive et sans tabou, au-delà des peurs et des dogmatismes, soit menée dans notre pays, en faveur d’une Suisse qui participe au projet européen et aux valeurs dont il est porteur, selon des modalités qui lui conviendront. Le repli n’est jamais une solution. Ne l’oublions pas: nous avons besoin de relations fortes et claires avec l’Europe, pour défendre nos propres intérêts.

Adèle Thorens Goumaz

Adèle Thorens Goumaz

Adèle Thorens Goumaz est conseillère nationale verte vaudoise. Elle a coprésidé les Verts suisses entre 2012 et 2016. En matière de formation, elle a un Master ès Lettres en philosophie, histoire et sciences politiques (UNIL) et un certificat postgrade en politiques de l’environnement et de la durabilité (IDHEAP). Ses dossiers de prédilection sont l'économie verte, le climat et la biodiversité.

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