Climat : de belles promesses à la COP21, et après ?

Nous nous sommes réjouis des résultats de la COP21. Un accord global a vu le jour et la communauté internationale s’est même fixé un objectif de limitation du réchauffement climatique plus exigeant de 1,5 degré. Cet accord doit cependant maintenant être validé dans chaque pays, des objectifs nationaux et des plans de mesures déterminés, puis mis en œuvre sur le terrain. Sans cela, le succès de la COP21 ne sera que de la théorique.

 

Or en Suisse comme ailleurs, rien n’est joué. Notre pays a certes été parmi les premiers à annoncer ses propres objectifs de réduction des émissions de CO2. Mais l’Organe consultatif sur les changements climatiques du Conseil fédéral a déjà estimé qu’ils étaient insuffisants. Jusqu’ici, la Suisse n’est d’ailleurs parvenue à respecter ses engagements internationaux qu’en achetant des certificats de droits d’émission de CO2 à l’étranger. A l’interne, nous avons bien réussi à maîtriser nos émissions liées au chauffage. Par contre, celles qui sont dues au trafic n’ont cessé d’augmenter.

 

La Suisse, comme place financière majeure, a en outre une responsabilité importante dans les investissements favorisant les émissions de CO2. La Revue durable a estimé que le placement de 10'000 CHF dans une banque ou un fonds de pension doublait l’empreinte carbone moyenne d’un individu. Enfin, nous sommes responsables des émissions liées à la production à l’étranger et au transport des très nombreux biens que nous importons. Pourtant, tant les investissements que nos émissions « grises » échappent à notre politique climatique.

 

La stratégie énergétique 2050 devrait certes apporter quelques améliorations. L’augmentation de la taxe CO2 sur le mazout et des soutiens à l’assainissement énergétique du bâtiment est en particulier bienvenue, car au rythme actuel, il faudrait un siècle pour améliorer l’isolation et les systèmes de chauffage du bâti existant. Cependant, les mesures prévues en matière de mobilité sont faibles : la Suisse se limite à reprendre les normes européennes d’émissions de CO2 pour les véhicules. Or, malgré la présence sur le marché de nouveaux modèles plus écologiques et efficients, nous avons toujours l’un des parcs automobiles les plus polluants d’Europe et nous roulons trop.

 

La deuxième phase de la stratégie énergétique, qui vise à instaurer une fiscalité écologique, est maintenant à l’ordre du jour de la commission de l’environnement du Conseil national. Mais elle est très contestée et n’apportera vraisemblablement pas de grand progrès en matière de politique climatique. Elle prévoit la possibilité pour le Conseil fédéral de taxer les différentes sources d’énergie et d’en redistribuer les recettes à la population, mais elle exclut pour le moment une taxation écologique de l’essence. Et elle impliquerait la suppression des soutiens à l’assainissement énergétique des bâtiments.

 

Si rien de plus n’est entrepris, les belles paroles de la COP21 risquent donc de rester sans suite. Le Conseil fédéral devrait présenter ses propositions d’adaptation de la Loi sur le CO2 ce printemps. Sera-t-il à la hauteur du défi ? Il faut l’espérer, d’autant plus que l’enjeu n’est pas seulement environnemental. Nous dépensons chaque année plus de 10 milliards de francs pour importer de l’énergie fossile. Et la « bulle carbone » est désormais dénoncée comme un danger pour les investisseurs. Dans cette perspective, notre indispensable émancipation des énergies fossiles doit aussi être considérée comme une chance. 

Adèle Thorens Goumaz

Adèle Thorens Goumaz

Adèle Thorens Goumaz est conseillère nationale verte vaudoise. Elle a coprésidé les Verts suisses entre 2012 et 2016. En matière de formation, elle a un Master ès Lettres en philosophie, histoire et sciences politiques (UNIL) et un certificat postgrade en politiques de l’environnement et de la durabilité (IDHEAP). Ses dossiers de prédilection sont l'économie verte, le climat et la biodiversité.

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