Pourquoi les Verts soutiennent l’initiative des Verts’libéraux « Remplacer la TVA par une taxe sur l’énergie »

Les Verts sont le seul parti à soutenir l’initiative des Verts'libéraux « Remplacer la TVA par une taxe sur l’énergie ». La fiscalité écologique est une de nos revendications de longue date. Nous l’avons mise à l’agenda politique il y a près de vingt ans déjà, avec une initiative populaire intitulée « pour garantir l’AVS, taxer l’énergie et non le travail ». Il s’agissait alors de créer une taxe sur les énergies non-renouvelables et d’en attribuer les recettes au financement de l’AVS et de l’AI. Cette idée visionnaire avait malheureusement échoué en votation par 77 % de non.

Aujourd’hui, les Verts'libéraux reviennent à la charge avec une idée comparable et il est tout naturel pour nous de les soutenir. D’autant plus naturel que le déroulement des débats au parlement nous a convaincus du fait que le recours au peuple était, une fois encore, nécessaire. En effet, tant nos collègues parlementaires que le Conseil fédéral ont traité cette initiative avec la plus grande légèreté et beaucoup d’esprit partisan, ne se privant pas de faire la leçon à un petit parti auquel ils ne souhaitaient visiblement offrir aucune tribune, et sans considération pour l’importance des enjeux abordés. Le Conseil fédéral a tout d’abord refusé d’octroyer un contre-projet à l’initiative des Verts'libéraux, alors que les services d’Evelyne Widmer-Schlumpf travaillaient sur leur propre projet de fiscalité écologique. Puis le parlement a refusé d’entrer en matière sur le contre-projet proposé par les Verts, alors qu’il répondait à nombre des critiques émises par les adversaires de l’initiative et que les Verts'libéraux eux-mêmes étaient prêts à en discuter.

Notre contre-projet avait l’avantage de ne pas présenter les difficultés liées au remplacement d’une taxe de financement – la TVA, dont la Confédération est très dépendante – par une taxe d’incitation, la taxe énergétique, dont les recettes se réduisent au fur et à mesure que les acteurs visés changent de comportement. Il visait en effet à percevoir une taxe purement incitative sur les énergies non-renouvelables, tout en maintenant la TVA. Les recettes de la taxe auraient été reversées à la population et aux entreprises, comme cela se fait actuellement avec la taxe CO2 perçue sur le mazout. Ce système permet de récompenser doublement les comportements vertueux, puisque ceux qui optent pour des économies d’énergie ou pour les énergies renouvelables non seulement réduisent, voire échappent à la taxe, mais reçoivent encore de l’argent lors du versement de ses recettes.

Les Verts n’acceptent pas le manque de sérieux du parlement face à cette question fondamentale : Qui doit payer le juste prix de l’énergie ? Le consommateur ou le contribuable ? Les Verts, comme les Verts'libéraux, considèrent que les consommateurs doivent payer le coût réel de l’énergie qu’ils consomment et non en reporter une part importante sur les contribuables, en Suisse et ailleurs dans le monde, ou sur les générations futures. C’est actuellement le cas, puisque les coûts externes considérables générés par les énergies fossiles et par l’énergie nucléaire – notamment les atteintes au climat et les déchets radioactifs – ne sont pas compris dans leur prix. Il s’agit d’une question de responsabilité et de l’application du principe de causalité.

La fiscalité écologique permet en outre de corriger un dysfonctionnement majeur du marché – à savoir le prix bas de produits susceptibles de s’épuiser à relativement court terme. Elle renchérit les énergies non-renouvelables, dont le prix reflète alors mieux la rareté, et rend dès lors les énergies renouvelables plus concurrentielles. Elle encourage ainsi une utilisation rationnelle de l’énergie et la transition vers les énergies propres.

La fiscalité écologique est indispensable pour faire aboutir le tournant énergétique. Actuellement, personne ne peut dire quand nous sortirons du nucléaire, ni des énergies fossiles. Le Conseil national a pris des décisions positives en matière de soutiens aux énergies renouvelables et à l’efficacité énergétique, mais il n’a pas limité la durée de vie de nos vieilles centrales nucléaires. Des centaines de millions de francs seront investis pour prolonger leur exploitation, au détriment des énergies vertes. Le traitement du dossier au Conseil des Etats est en outre soumis à de fortes pressions de la part d’Economiesuisse, qui exige une suspension des travaux en invoquant le franc fort. Par ailleurs, la Suisse continue à n’atteindre ses objectifs de réduction de CO2 qu’en achetant des certificats à l’étranger. Nous ne parvenons en particulier pas à réduire nos émissions liées au trafic automobile, alors que l’essence n’est pas soumise à la taxe sur le CO2. L’augmentation du prix des énergies non-renouvelables et polluantes est dès lors indispensable et devrait permettre de remplacer, après une phase de transition où les deux types d’instruments sont nécessaires, l’actuel système de subventionnement. C’est précisément ce que demande la majorité bourgeoise du parlement, qui se bat pourtant avec véhémence contre l’initiative des Verts'libéraux, et dont on peut craindre qu’elle en fera de même avec le projet de fiscalité écologique d’Evelyne Widmer-Schlumpf, qui devrait être mis en consultation ce printemps.

Certes, l’initiative des Verts'libéraux, dans la mesure où elle remplace une taxe de financement par une taxe d’incitation, pose des difficultés. Mais, en l'absence de contre-projet, elle est sur la table. Et, surtout, les difficultés qu'elle pose sont surmontables. L’initiative doit être considérée comme une solution de transition, ayant pour vocation de donner un coup d’accélérateur salutaire à la transition énergétique. Plusieurs étapes doivent permettre de maintenir les recettes fiscales de la Confédération. Dans un premier temps, la taxe devra augmenter progressivement, pour compenser la modification progressive des comportements qui réduit l’assiette fiscale, comme le texte constitutionnel le prévoit. Par la suite, l’initiative prévoit la possibilité de taxer l’énergie grise. Ceci est nécessaire du point de vue environnemental, car nous importons une grande quantité de matières premières et de produits qui ont consommé de l’énergie au-delà de nos frontières. Mais c’est aussi pertinent au niveau financier, car cet élargissement de l’assiette fiscale fournira des recettes supplémentaires à la Confédération. Une fois la transition énergétique bien avancée, il serait encore possible, moyennant un vote supplémentaire, de taxer la consommation d’énergie dans son ensemble, ce qui assurerait un bon niveau d’efficience, y compris pour la consommation des énergies renouvelables. Enfin, l’initiative pour une économie verte des Verts apporterait encore une possibilité d’augmenter les revenus de la Confédération, puisqu’elle permettrait de taxer d’autres ressources que l’énergie.

Les Verts se sont enfin penchés sur les critiques issues de la gauche, à propos de l’impact social de l’initiative. Voici les réponses que nous pouvons leur apporter :

–        La TVA n’est pas une taxe sociale et elle disparaîtrait au profit de la taxe sur l’énergie. L’initiative des Verts'libéraux n’implique pas de taxation supplémentaire, mais modifie la source de recettes fiscales qui devraient rester stables.

–        Contrairement à la TVA, il est possible d’échapper ou de réduire la taxe sur l’énergie, en changeant de technologie ou de comportement. On devient ainsi acteur de sa propre fiscalité, en choisissant de prendre les transports publics ou d’acheter une voiture plus économique, à gaz ou électrique. Il en existe aujourd’hui dans toutes les gammes de prix. On peut aussi maîtriser sa facture de chauffage en modifiant son comportement, comme le montre actuellement la campagne de Suissenergie.

–        Le problème des locataires, qui seraient soumis à la taxe via leurs charges, mais ne pourraient assainir eux-mêmes leur système de chauffage et l’isolation de leur logement, doit être traité de manière ciblée et ne doit pas nous mener à refuser la fiscalité écologique. La proposition de la FRC, qui consisterait à imposer un plafond au montant des charges que les propriétaires peuvent exiger de leurs locataires, sur la base du calcul des charges que générerait un système de chauffage écologique et un logement bien isolé, est une piste à étudier dans ce contexte. Elle limiterait les charges pour les locataires et inciterait les propriétaires à assainir les systèmes de chauffage et l’isolation de leur parc immobilier. Les soutiens directs aux investissements dans l’assainissement énergétique des bâtiments doivent par ailleurs être maintenus pendant une période transitoire.

–        Il faut différencier les politiques environnementales et les politiques sociales. Les Verts seront toujours prêts à soulager les ménages à petit revenu via des mesures de politique salariale, sociale, fiscale, de logement ou de santé. Commençons par mieux maîtriser le prix des assurances et des loyers, qui sont appelés à rester des postes majeurs du budget des ménages, même en cas de hausse des prix de l’énergie.

–        Ce sont aussi les ménages à petits revenus et les petits contribuables, aujourd’hui et demain, en Suisse, mais aussi dans les pays défavorisés touchés par les effets du changement climatique, qui subissent et subiront les dégâts environnementaux liés à notre consommation irresponsable d’aujourd’hui.

C’est sur la base de ces réflexions que les Verts soutiennent l’initiative des Verts'libéraux. La fiscalité écologique est un axe majeur de la transition énergétique. Nous avons l’occasion de le dire et d’y contribuer le 8 mars prochain.

Adèle Thorens Goumaz

Adèle Thorens Goumaz

Adèle Thorens Goumaz est conseillère nationale verte vaudoise. Elle a coprésidé les Verts suisses entre 2012 et 2016. En matière de formation, elle a un Master ès Lettres en philosophie, histoire et sciences politiques (UNIL) et un certificat postgrade en politiques de l’environnement et de la durabilité (IDHEAP). Ses dossiers de prédilection sont l'économie verte, le climat et la biodiversité.

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