Hongkong, le déclin ?

Après avoir donné une perspective plutôt positive de Hongkong, je vais prendre le contre-pied. En Europe et en Occident, on parle beaucoup de la génération Y, qui souhaite moins réussir dans la vie que de réussir sa vie. Même si Hongkong est parfois considéré comme une fusion entre cultures occidentale et asiatique, le concept s’y applique plus difficilement. Au cours de mon année d’échange ici, j’ai entendu de nombreux discours pessimistes sur l’avenir de la cité. Un jour, un étudiant m’a confié que «dans l’histoire de cette ville autrefois brillante et porte d’entrée de la Chine, nous sommes dorénavant au ‘sunset’, au déclin».

Une compétition féroce

Pour illustrer ce climat morose, parlons du système de notations utilisé à l’université. Pour faire court, la note finale que l’on vous attribuera pour une branche sera dépendante de la moyenne et de la distribution des résultats de la classe. C’est une manière de forcer un classement et d’empêcher l’excellence pour tout le monde. Résultat: si vous avez une bonne note, cela veut probablement juste dire que vos camarades sont tous mauvais, et vice versa. Les Hongkongais tendent donc à adopter une attitude extrêmement compétitive, surtout parmi les jeunes, ce qui génère une pression malsaine et dangereuse. Cette année universitaire à la Chinese University of Hong Kong est d’ailleurs la pire en nombre de suicides parmi les étudiants. Si toutes les universités hongkongaises font face à un nombre important de suicides depuis déjà quelque années, celle-ci marque un triste record.

Ces  événements parmi les étudiants locaux sont le reflet d’un malaise plus compliqué qu’il n’y paraît. Selon le South China Morning Post, le journal anglophone influent de la ville, la perte d’espoir en l’avenir accroît la pression sur les jeunes. Cela est dû au destin de cette cité qui dépend dorénavant du pouvoir de Pékin. «The Mainland» envoie d’ailleurs des quotas réguliers d’étudiants chinois à Hongkong, chaque année, pour qu’ils mènent leur cursus dans les universités de l’ancienne colonie britannique. Ces étudiants, souvent très bosseurs et déterminés, augmentent fortement la compétition. Le marché du travail est évidemment aussi touché. Pour les étudiants de Chine continentale, il semblerait que Hongkong représente la porte de sortie du pays, grâce à son exposition internationale. L’objectif final de nombre d’entre eux est, souvent, de s’expatrier aux Etats-Unis ou ailleurs à l’étranger.

L’ennemi: “the Mainland”

Les étudiants et les jeunes Hongkongais en général sont les plus actifs dans la résistance du mouvement des Parapluies, parfois avec des moyens musclés, comme les casses survenus à Mongkok (Kowloon) cet hiver. Ces méthodes violentes ne sont pas très appréciées par les générations plus âgées. Pourtant, la situation pour les jeunes d’aujourd’hui sera beaucoup plus difficile que pour celle de leurs parents, ce qui génère une grande frustration et une nostalgie du passé. Les Hongkongais (de tous âges) les plus mécontents n’hésitent pas à vous dresser les pires portraits des «mainlanders»: certains ne viendraient à Hongkong que pour profiter du système, vider les magasins du lait en poudre pour les enfants et commettre de petits crimes afin de se faire enfermer en prison – où l’on échappe à la pauvreté – ou encore envahir les hôpitaux pour accoucher afin de profiter du droit du territoire. Si ce portrait semble extrême, j’ai pu moi-même observer le trafic qui prend forme près de la frontière au nord du territoire, où de nombreux Chinois continentaux achètent et revendent des produits afin de profiter de la situation hors taxes de Hongkong. Tout ce business est très bien organisé avec des réseaux de grossistes à Shenzhen, cette mégalopole qui borde le territoire de l’autre côté de la frontière.

Hongkong traverse une crise identitaire. D’un côté, les locaux sont fiers de leurs racines et du retour de la Chine comme puissance mondiale; de l’autre, ils sont attristés par l’avenir peu réjouissant qui les attend. Si les Hongkongais veulent résister, ils ne savent pas encore très bien comment. Ils regrettent la période britannique, mais se considèrent davantage chinois et traditionnels que le reste du pays. Officiellement, la ville pourra jouir de son entière indépendance jusqu’en 2047. Mais qu’arrivera-t-il alors aux Hongkongais une fois la date butoir venue? Taiwan représentera-t-elle alors peut être une possibilité d’expatriation? Pour l’heure, une chose est certaine: les suicides ne sont pas près de s’arrêter.

«Manger» vous dites ? Hongkong c’est par ici !

Le culte des restaurants et le la nourriture!

Un des passe-temps favoris de la culture locale, à Hongkong, est de manger, encore et encore. Les gens vont beaucoup au restaurant et y dépensent probablement une bonne part de leur revenu. Quand on vit dans cette ville, on travaille généralement beaucoup et l’on n’a pas le temps de dépenser l’argent que l’on gagne. La solution est donc de consommer sans que cela bouffe du temps, c’est-à-dire dépenser plus d’argent pour bouffer.

Même si la contrainte ne concerne pas «ces branleurs d’étudiants internationaux”, nous adoptons tout de même la même coutume. Au final, cela coûte presque le même prix que de cuisiner soi-même. Cela fait d’ailleurs parti des hauts que je n’ai pas évoqué lors d’un précédent post de blog.

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Ambiance dans l’entrée de chez « Mr Wongs »

Contrairement à la Suisse, mais aussi à beaucoup d’autres pays, à Hongkong on a le choix. On peut manger cher ou manger à bon prix. Cela reflète simplement la qualité de la nourriture, la propreté du restaurant et l’attrait de la décoration du lieu. On a donc cette option supplémentaire d’avoir de la bonne nourriture bon marché dans un restaurant où la salle à manger est en fait la cuisine, et où le carrelage qui était originellement blanc est dorénavant noir. Après tout on s’en fiche, car on ne mange pas à même le sol. Certes, parfois il arrive que les serveurs fassent penser à des esclaves de 75 ans.

La Mecque de l’auberge hongkongaise

Un autre plaisir de certains restaurants hongkongais est la liberté d’émettre des décibels. Après avoir fait du théâtre et vécu quelque années à bosser au milieu de sourds sur les chantiers, j’ai cette heureuse habitude de hurler quand je parle, surtout quand je vais au restaurant. Coup de bol: en Asie, c’est la norme. C’est particulièrement vrai dans un lieu mythique nommé «Mr Wong’s», qui est en quelque sorte la Mecque des étudiants en échange à Hongkong. Vous êtes certain de toujours trouver un groupe d’internationaux pour vous accompagner là-bas, peu importe le jour. D’ailleurs, quel meilleur endroit qu’un restaurant pour se rassasier et entamer la fête, avec nourriture et bières à gogo, tout ça pour la modique somme de 60 dollars hongkongais (8 francs suisses)?

Pour donner une meilleure idée du déroulement d’un repas chez Mr Wong’s, imaginez tout d’abord arriver au restaurant sans avoir réservé. On vous installe une sorte de table qui déborde à moitié sur le chantier d’à côté, vous aller chercher vous-même les bières illimitées dans un bac refroidissant et si c’est votre anniversaire, vous recevez même des bouteilles de vodkas en cadeau. Pendant ce temps, le proprio fait son one man show et flirte avec toutes les étudiantes. D’ailleurs, plus elles sont nombreuses, plus il y de bouteilles “gratuites”. Enfin, on mange inlassablement les plats qui s’entassent sur la table.

Différences culturelles

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Repas d’accueil au restaurant offert par l’université

Une autre preuve de l’importance de la nourriture? A l’université, un grand repas d’accueil a été organisé dans un luxueux restaurant en guise de bienvenue des étudiants internationaux! (On ne dit pas Erasmus en dehors de l’Europe.) On nous a servi, entre autres, un poulet accompagné de sa tête. Celui qui est parvenu à la manger en entier a reçu une bière gratuite. Deux de mes acolytes à ma table se sont modestement satisfaits de la cervelle de l’oiseau, une consistance dure, puis liquide, avec un léger goût de périmé, paraît-il.

A côté de cela, la plupart des étudiants en échange se plaignent de la nourriture qui ne serait pas d’une qualité exceptionnelle et manquerait de légumes. Je me demande à quoi s’attendent les gens quand on prend les cantines de l’université comme standard. Même si le niveau de variété n’atteint pas celui de Taiwan, la ville regorge de toutes sortes de restaurants, il suffit de fouiller un peu. Même les tendances végétariennes/véganes, par exemple, se multiplient dans certains quartiers.

Là où l’on mange très bien aussi, c’est durant les divers événements sur le campus. Prenons l’exemple des concerts où, dans la culture asiatique, les bières sont remplacées par des gobelets en carton remplis de nouilles saucées, selon des recettes inconnues. Même lors d’un rare concert de hard rock chinois, l’alcool est absent, et il faut bien avouer qu’on a parfois l’impression d’avoir les mains nues et délaissées de leur pinte. Finalement, l’ambiance était excellente, avec ces sonorités de festivals européens qui m’avaient manqué!

La «Swiss attitude» à Hongkong: l’ouverture

Ça fait quoi d’être Suisse à Hongkong?

D’abord on perd son accent, car lorsqu’on parle français, eh bien ce n’est pas avec des Suisses. Plus sérieusement: c’est un sentiment extraordinaire que cette perspective d’être un étranger. D’apprendre à respecter une autre société, une autre culture, en endossant naturellement un rôle d’ambassadeur pour préserver et parfois corriger l’image que donne la Suisse ou même, plus généralement, les perceptions que les locaux se font des Occidentaux. Comme lors de tout séjour en dehors de son pays, on reçoit surtout une belle leçon d’humilité, car non, nous les Suisses, ne sommes pas le centre du monde. Cela vaut pour presque tous les pays.

L’Helvétie n’est d’ailleurs probablement pas le pays du travail, ni le plus efficace et organisé qui soit. Ma professeure taiwanaise de Public Relations m’a d’ailleurs raconté les impressions qu’elle avait eues de la Suisse lors de ses voyages professionnels à Bâle: «C’est un joli pays, mais les gens m’ont semblé très lents. C’est bien pour la retraite.» Je n’ai pas pu dire le contraire. La Suisse n’est, par contre, jusqu’à présent pas mentionnée lorsque les locaux parlent des pays européens, qui sont souvent perçus comme des repaires de flemmards. (Pas besoin de rappeler ici que les Hongkongais sont de vrais bosseurs.)

A côté de cela, je suis toujours impressionné de rencontrer beaucoup de gens qui savent qu’il y a quatre langues parlées en Suisse. Il faut cependant vite expliquer que tout le monde ne les maîtrise pas toutes et qu’il s’agit de différentes zones géographiques. Cette notion est parfois compliquée à saisir: en général un pays est égal à une culture et un langage ou, du moins, une même famille de langues. Heureusement, j’ai trouvé la réponse parfaite en citant Singapour à titre d’exemple de pays multilingue (et qui se porte d’ailleurs très bien, économiquement parlant).

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Les autres étudiants suisses en échange et moi-même devant l’entrée de l’International Commerce Center (ICC Tower).

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Au-delà de ces questions culturelles, j’ai eu la chance de participer à un événement qui m’a donné une image plus qu’ouverte et internationale de la Suisse, en étant invité à la réception annuelle des alumni universitaires suisses à Hongkong par le secrétariat de la Chinese University où j’étudie. La manifestation était organisée par la Chambre du commerce et le consulat suisse, avec le concours de Credit Suisse (CS), Swiss Airlines et Swiss Re. Elle a pris place dans les locaux de CS au 88ème étage de l’International Commerce Center, qui est la plus haute tour de la ville, culminant à plus de 484 mètres et possédant 108 étages au total. Son dernier étage est occupé par Ozone, qui détient le record du plus haut bar au monde, propriété du Ritz Carlton.

J’y suis allé avec d’autres étudiants suisses en échange, tous alémaniques. Deux filles avaient d’ailleurs des origines asiatiques, renforçant encore la beauté de la multiculturalité suisse. Sur place, on a assisté à une conférence de Peter Achten, un journaliste suisse spécialiste de l’Asie et animateur du site Journal21.ch, suivie d’un apéritif de réseautage. Même si l’anglais de ce monsieur n’était pas des plus fluides, j’ai été bluffé par sa vie et sa carrière internationale dans les médias. Il a vécu plus longtemps à l’étranger qu’en Suisse. La liste des pays où il a œuvré est des plus inspirantes: France, Angleterre, Venezuela, Etats-Unis, Vietnam et Chine, entre autres.

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Nous avons aussi visité «Ozone» après la réception, afin d’expérimenter le plus haut point de vue de la ville.

La conférence elle-même parlait du développement historique de la Chine et s’est terminée par une conclusion remarquable sur les prévisions futures de la globalisation, le pays figurant assurément parmi les nouveaux leaders mondiaux. J’ai également appris que presque 10% des Suisses vivent à l’étranger et que ce chiffre n’est que positif au regard de ces changements planétaires. Une vision ouverte sur le monde qui, de manière générale, m’a insufflé de grands espoirs pour la Suisse, alors que le peuple va voter ce weekend sur l’initiative que l’on connaît. Ce sentiment s’est d’ailleurs confirmé durant l’apéritif, où les discussions avec les différents invités fut captivante, retraçant des parcours à l’international dans les banques, les organisations diplomatiques où autres entreprises suisses opérant à Hongkong. Je me souviens par exemple d’une discussion enrichissante avec un jeune employé travaillant ici. Il m’a appris, entre autres, que l’ambassade de Suisse à Pékin était la plus grande de toutes et qu’elle offrait aux jeunes Suisses plusieurs opportunités uniques de stages. Même si personnellement je m’intéresse modérément aux carrières bancaires ou diplomatiques, j’ai trouvé ces discussions plus que passionnantes!

Dans tous les cas, j’ai quitté les lieux avec de l’ambition, et le sentiment que mener une profession en Asie, ou ailleurs, était un challenge souhaitable, envisageable. Du reste, bien que le soir même, je fusse toujours au cœur d’une capitale asiatique, au moment de me coucher, je me suis senti fier d’être Suisse.

Le nouvel an chinois à Hongkong et le singe rebelle

La nouvelle année chinoise a commencé ce lundi 8 février, et le singe, qui est au centre, incarne l’intellect et le désir de lutte et de concurrence dans une recherche de distinction.
Les hongkongais qui, de la même manière, refusent qu’on leur impose la dépendance à la Chine continentale n’échappent pas à la règle. Beaucoup de locaux disent que Hongkong est plutôt un mix de culture occidentale et orientale. Une bonne manière d’essayer de répondre à la question est de considérer toutes les célébrations qui s’y sont déroulées récemment.

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La parade du nouvel an à Tsim Sha Tsui (TST)

Noël, par exemple, est effectivement fêté. Si il y a quelques lumières et des dessins LED sur les gratte-ciels, c’était surtout à l’intérieur des centres commerciaux qu’on trouvait des sapins couverts de décorations kitsch. La célébration est restée généralement modeste, sauf le jour «J», où une foule d’étudiants locaux m’a coincé dans un couloir, alors que je sortais de ma chambre, pour entonner à mon attention une chanson de Noël en cantonais.

Et Nouvel An, alors? J’étais absent de la ville à ce moment-là, mais Hongkong dispose d’un countdown visible sur un gratte-ciel et l’on procède à une courte célébration. Les gens ne continuent pas pour autant à vous souhaiter une bonne année dans les jours qui suivent.
Car ici, c’est le Nouvel An chinois qui compte réellement! Il représente aussi souvent les seules vraies vacances que les Chinois ont durant toute l’année pour se retrouver en famille. Il s’agit d’une autre manière de célébrer les traditions. La ville ferme ses plus grandes artères pour une parade de nuit où l’on peut aussi assister à des performances internationales, avec la marque Disney qui vient ajouter sa présence au show.

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Le marché aux fleurs de Victoria Park

Certains parcs sont couverts de stands pour vous vendre mille choses de manière à la fois hystérique et euphorique. Les objets sont très différents ou similaires de ceux que l’on connaît en Europe: il y a, grosso modo, des peluches, des armes chinoises (en plastique), et surtout des fleurs. C’est d’ailleurs assez drôle de voir les gens transporter ces fleurs de deux mètres de haut dans le métro.
Quant au campus universitaire, il est devenu comme une ville fantôme. Tout le monde a disparu, les cours sont suspendus pendant une semaine, les cantines sont fermées, le staff est parti, et les étudiants encore présents se chiffrent à deux par kilomètre carré. C’est ainsi que l’on prend conscience de l’importance de l’événement dans la culture locale.

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Vue sur la ville depuis Tsim Sha Tsui en période du nouvel an chinois

Peut-être la revendication internationale et occidentale de Hongkong est-elle simplement une manière de se distinguer politiquement du reste de la Chine, nommé péjorativement «mainland». Un local rencontré aujourd’hui m’a d’ailleurs expliqué que les émeutes qui ont suivit la parade du 8 février seraient l’expression de la protestation contre le gouvernement qui s’incline devant Pékin. Il m’a aussi explicité le ressenti général envers les «mainlanders» de Chine rurale qui sont bruyants et qui parfois, je cite, “pisseraient et chieraient dans la rue”.

Il y a presque comme une nostalgie de l’époque de la couronne britannique. Mais même si de nombreux hongkongais pensent de la sorte, il leur est plus simple de se concentrer sur leur vie privée pour oublier une problématique grandissante.
Je vais conclure avec le fait que je viens de réaliser que la première fois que j’étais allé en Chine, c’était aussi durant l’année du Singe, il y a douze ans. Rendez-vous en 2028 et Joyeux Nouvel An chinois!

Étudier à Hongkong: les hauts, mais aussi les bas…

Premier millième de seconde, premier servi.

L’arrivée dans une nouvelle université est un événement cauchemardesque. C’était déjà le cas lorsque je suis arrivé à celle de Lausanne, lors de ma première année en HEC, avec ce flot d’informations aussi gigantesque que difficile à digérer. Ajoutez à cela l’anglais en deuxième langue, ainsi qu’une méchante grippe d’adaptation climatique, et vous obtiendrez une idée générale de mes premières semaines à l’université à Hongkong: une envie constante de chanter l’intégrale de Patrick Juvet.

La chose la plus complexe à gérer est l’inscription au cours. C’est plus une guerre qu’une compétition pour réussir à obtenir ce que l’on souhaite. Il n’y a pas assez de place pour tout le monde par classe, en particulier dans les cours de management. Il y a pour procéder à cette inscription une période officielle d’une semaine où l’on a le temps d’ajouter soi-même en ligne les cours qui nous intéressent à notre emploi du temps. Ça c’est la théorie… La concurrence est si féroce que tout le monde ne peut pas avoir les cours qu’il désire, mais c’est aussi une véritable victoire si l’on parvient à ses fins.

Mon cours de putongha/mandarin, obtenu avec succès
Mon cours de mandarin, obtenu avec succès. Putongha selon le terme chinois (différent du cantonais).

En réalité cela se déroule ainsi: tous les ordinateurs des bibliothèques et tous les laptops des étudiants sont ouverts avec, à leurs claviers, des fauves prêts à attaquer leur proie, les griffes au-dessus de la souris, espérant être les premiers, mais surtout les derniers chanceux à s’ajouter dans une liste de classe. Le résultat a été pour moi un immense bug de mon ordinateur portable. Derrière la porte de ma chambre, des énormes cris de joie et de haine dans toute la résidence, comme si le nirvana des uns faisait la descente aux enfers des autres.

Je relativise tout de même. Ces classes à quantité de participants limités à l’avance n’est finalement peut-être pas le pire des systèmes quand on pense qu’aux cours de première année à HEC Lausanne, où il n’y avait physiquement pas assez de place pour tout le monde dans les auditoires. Ce tri au profit de ceux qui ont les dents qui rayent le plus le parquet n’est qu’un exemple parmi d’autres de cette capacité générale des locaux à parvenir à s’organiser face à un surnombre constant de personnes en comparaison des ressources à disposition. J’appelle cela «l’efficacité hongkongaise», un concept qui reviendra dans mes futurs articles.

L’auberge stalinienne

Le logement: voilà autre chose à quoi il a fallu s’habituer! Après la semaine d’orientation évoquée dans mon précédent post de blog, nous avons donc tous rejoint nos résidences permanentes respectives, et j’ai dit au revoir à mon roommate mexicain, avec qui je m’entendais pourtant tellement bien.

Quand je suis arrivé dans mon nouveau bâtiment, j’ai d’abord été choqué. Il y avait du désordre partout dans les couloirs, les toilettes n’avaient franchement pas l’air très propres et ma nouvelle chambre en commun était encore plus petite que la précédente, environ huit mètres carrés. Mon nouveau roommate vient dorénavant de Mainland China. C’est le terme utilisé pour qualifier les Chinois qui ne sont pas de Hongkong, terme parfois péjoratif suivant le contexte. Il est Shanghaïen, pour être précis, et fait presque deux mètres de haut, chose assez rare, mais semble plutôt sympathique. Je réalise, plus le temps passant, que nous avons beaucoup en commun: il est athée, aime parler d’histoire, de culture et manger du fromage – enfin, ceux qui ne puent pas trop, il a dû sortir de la chambre à une occasion.

Lors de cette première rencontre, il attise rapidement mes peurs en m’apprenant que cette résidence est la pire de toutes! Fort heureusement, nous n’avons pas les mêmes notions du bien et du mal concernant l’ambiance de logements d’étudiants. Il se trouve que Hang Seng Hall, ma nouvelle résidence, fait partie des rares à être libres sur le va-et-vient des sexes opposés, ainsi que l’organisation d’after parties dans les chambres.

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La bibliothèque centrale

Oui c’est exacte, la plupart des résidences séparent les dortoirs des femmes de ceux des hommes et interdisent formellement les visites au-delà d’une certaine limite temporelle. Bienvenu à Nonnes Land, ou «The girls’ prisons», comme je l’ai déjà entendu à maintes reprises. Ce n’est pas l’école obligatoire, encore moins le lycée, nous parlons bien de l’université…

Je réalise à présent l’importance en Europe de Mai 68 et du combat contre le conservatisme moyenâgeux qui enfreint les libertés de la charte internationale des droits de l’étudiant en échange! Heureusement pour moi, j’échappe de justesse à l’autoritarisme et vous retrouve prochainement pour une aventure culinaire!

The Chinese university of Hong Kong

Départ pour le campus!

Quand je suis arrivé dans ma nouvelle vie à Hongkong, Michael, mon buddy, s’est proposé de me rejoindre à mon auberge de jeunesse à Causeway Bay où j’ai atterri, comme mentionné dans mon prédécent post de blog, afin de me guider jusqu’au campus.

Ah oui, c’est quoi un « Buddy » ? Et bien l’université que j’ai rejointe à Hongkong propose de signer pour ce programme de Buddies qui existe un peu partout dans le monde (en Suisse y compris). Il s’agit d’un système de parrainage où des étudiants locaux ayant déjà effectué un échange universitaire se proposent d’accompagner les étudiants incoming.

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Allée principale

Une aubaine pour mes nouveaux amis qui logeaient aussi dans l’auberge, car ces derniers n’avaient aucune idée du chemin à prendre. J’ai alors été agréablement surpris de voir qu’ils m’attendaient tous dans la rue à la sortie de l’auberge, comme d’un accord tacite. Du coup, Michael qui pensait n’accompagner qu’une seule personne s’est finalement retrouvé à guider un groupe d’une dizaine d’étudiants internationaux à travers la ville!

La Chinese University of Hong Kong où nous sommes enfin arrivés après avoir changé quatre fois de ligne dans le MTR (le métro de la ville) est situé à l’extérieur de la cité, dans ce qu’on appelle les nouveaux territoires. L’humidité y est encore plus aiguë qu’au centre-ville, à cause de la présence de la forêt tropicale partout autour des bâtiments.

Dangers sauvages

Lorsque je me déplace à travers le campus, je me fais des films, imaginant des serpents venimeux à chaque recoin. J’ai même entendu qu’un étudiant aurait terminé à l’hôpital après s’être fait mordre ou que quelqu’un serait tombé nez à nez avec un spécimen dans l’ascenseur. Parfois, il paraît que ce sont des singes qui décident de débarquer de nulle part et de voler la nourriture des passants. Si je ne me suis pas encore fait attaquer par les singes, les serpents je ne peux pas en dire autant. Il fallait que ma première rencontre dans la nature avec l‘un d’eux, ce soit avec un cobra. Evidemment. Fort heureusement c’est surtout un ami à moi qui a eu chaud, entendant un bruit de chat qui souffle lors d’un trek sur l’île de Lamma (voir carte). Le reptile vert s’est mis à se redresser en posture de combat, ouvrant sa coiffe à vingt centimètres de sa jambe dénudée. Plus de peur que de mal au final, quand je pense que je n’avais même pas de réseau à ce moment-là.

UntitledLe premier jour d’arrivée sur ce campus, je suis tombé malade. Une bonne angine, sûrement due aux interminables alternances d’extérieurs à 35 degrés et d’intérieurs gelés à cause de l’air conditionné. Pour dire la vérité, mes deux premières semaines sur le campus ont été moyennement agréables. Au moment où j’allais craquer et demander des soins au centre médical du campus qui est d’ailleurs totalement gratuit, l’angine a passé. Les soins médicaux offerts à l’université sont plutôt généreux: on obtient très facilement des somnifères si l’on a de la peine à dormir, par exemple. L’insomnie constitue, il faut bien le dire, un symptôme assez fréquent chez les étudiants en échange, complètement déphasés entre sorties inlassables et voyages.

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Vue depuis la résidence d’orientation

De nouvelles rencontres constantes

Notre première semaine à l’université était une période d’orientation: l’idée est que tous les étudiants en échange dorment dans les mêmes résidences afin d’apprendre à se connaître. A mon arrivée, je fais rapidement la rencontre d’un Mexicain dans l’ascenseur qui se trouve par ailleurs être mon roomate pour la semaine d’orientation. Décidément, les ascenseurs sont des lieux de rencontre à Hongkong! En même temps, en prendre souvent n’est pas si surprenant dans une ville qui possède le plus grand nombre de gratte-ciels au monde. Cette rencontre sera le début d’une superbe amitié, surtout dans un lieu asiatique où l’on a soudainement tout en commun avec d’autres cultures plus proches !

Les premiers jours, bien que malade, je passais chaque soir sur la terrasse du toit de la résidence, près de ce que l’on appelle l’infinity pool, un petit bassin d’eau avec une vue plongeante sur les îles en arrière-plan. On y sirote des boissons et, surtout, on rencontre beaucoup d’étudiants venant des Etats-Unis, du Canada, d’Amérique latine, d’Europe de l’Ouest et de l’Est, de Corée, du Japon, et j’en passe! La deuxième partie de la nuit se déroule généralement en ville, à Central (voir carte) dans le quartier de Lang Kwai Fong, bien connu dans cette ville décadente (je déconseille aux sujets à l’alcoolisme de s’y installer).

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Les parcs du campus..

Je me souviens aussi de ce jour, où en mangeant notre breakfast dans une des cantines, nous contemplions la vue plongeante, depuis la fenêtre, sur la forêt en contrebas: un décor qui nous faisait penser à «Jurassic Park». C’est dans ce genre de moment que nous réalisions à quel point nous avions tout juste commencé à vivre une expérience de rêve.

À la semaine prochaine pour un rendez-vous avec le côté obscur de l’université!

Se laisser emporter à HongKong

A quoi songe-t-on quand on pense à Hongkong? Je n’en sais trop rien à vrai dire. Mais pour moi c’est devenu assez évident: d’après ce que j’ai entendu dans mon entourage en Suisse, ce ne serait qu’une grande ville chinoise, polluée comme toutes les autres.

Mon premier jour sur place, à peine sorti de l’avion, prouve de facto le contraire. La photo en une est le lieu où je me retrouve environ trois heures après avoir quitté l’aéroport. Cet endroit paisible parmi tant d’autres nommé l’île de Cheung Chau fait partie intégrante de Hongkong.

Dans mon précédent post de blog, je parlais de mon arrivée et de mes premières impressions, mais la suite n’en est que plus étonnante!

(suite…)

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Décollage pour l’Asie!

Normalement quand je me rends dans une région aussi lointaine, je ressens quelque chose de spécial. Mais cette fois c’est un peu différent, j’’ai plutôt le sentiment de retourner en lieu connu: Hong Kong, ce lieu mystérieux qui charme tant de monde une fois qu’on y a mis les pieds!

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Moi lors de mon séjours linguistique en 2013, vue depuis “The Peak”

J’étais tombé amoureux de la ville il y a deux ans lorsque j’y avais effectué un séjour linguistique pour améliorer mon anglais. Cette idée peut sonner étrangement aux oreilles des Occidentaux, mais l’héritage britannique en fait un lieu parfait pour pratiquer la langue. C’est d’ailleurs une habitude fréquente en Russie orientale ou au Japon d’aller apprendre l’anglais à Hong Kong.

Mais justement, parlons-en de la Russie! C’est à Sheremetyevo, l’aéroport de Moscou, que mon voyage a commencé. J’ai choisi de voyager avec Aeroflot, un vol bon marché en destination de Hong Kong qui passe au-dessus de l’Ukraine et transite par Moscou. L’occasion de pratiquer mes connaissances basiques de russe avec les vendeuses du Duty-Free, qui ne parlent pas vraiment l’anglais. Mais cet aéroport est finalement assez simple et désuet comparé au spectacle complexe de la modernité qui m’attend.

Retrouvailles sensorielles

A peine arrivé à l’aéroport de Hong Kong, mon champ de vision se retrouve à nouveau inondé de mille couleurs, les souvenirs sensoriels refont surface: les écrans publicitaires, partout, les annonces sonores en cantonais et anglais, l’odeur de la forêt tropicale, la sensation de l’air conditionné, le charmant accent anglo-hongkongais des locaux et, de manière générale, le sentiment de grandeur. Hong Kong est l’une des plus importantes villes internationales.

Lorsque je prends ensuite le MTR (Mass Transit Railway) qui m’amène de l’aéroport au centre-ville, je retrouve également les gratte-ciels, la signature de cette ville fascinante. Mais ils ne sont pas imposants, ni larges et massifs à la newyorkaise, plutôt fins et élancés, tout en élégance.

Tigre asiatique

A l’intérieur du train, les écrans montrent la réussite des hommes d’affaires et leurs conseils pour gagner beaucoup d’argent. En plus d’être une ville asiatique, Hong Kong est un modèle de cité hypercapitaliste (la région fait partit des 4 tigres asiatiques, parfois aussi nommés les dragons), un temple de la consommation où l’influence occidentale fait face à la Chine continentale.

Le train filant là où doit démarrer plus d’une année d’échange universitaire, je sais déjà que des tonnes d’aventures survoltées m’attendent ! Suivra mon arrivée trépidante à « Hong Kong Island » où j’ai temporairement logé dans une première auberge de jeunesse, puis le grand déplacement sur le campus universitaire dans les « New territories ».

L’auberge hongkongaise m’ouvre ses portes…