Natacha Delessert: l’expérimentation comme mot d’ordre

Présentez-vous en quelques mots 

Natacha Delessert, 37 ans, mariée, je vis en pleine campagne avec des animaux… pas vraiment le profil type de la digital working woman. Pourtant, apprendre continuellement et expérimenter sont mes moteurs. En ça et même si j’ai dépassé l’âge limite, je me sens proche de la génération Y, ainsi qu’en phase avec le monde digital et tout ce qu’il amène comme changements, cela me passionne.

Quel a été votre parcours professionnel?

Je suis tombée dans la marmite de la communication dès mon apprentissage de commerce en relations publiques. Ensuite, j’ai tout testé !

  • Le secrétariat dans une rédaction et la vente d’espaces publicitaires dans un journal ;
  • plusieurs années en agence dans le média planning ;
  • plusieurs années en entreprise en communication marketing ;
  • ensuite, je me suis spécialisée d’abord en médias électroniques et web, puis en social media, avant de faire la certification Adwords et d’autres formations Google.

Aujourd’hui, je suis spécialiste marketing digital. Je peux me décrire comme une généraliste-experte de plusieurs domaines; ce profil me permet de maîtriser tant les aspects opérationnels que de conseils et d’accompagnement sur les projets digitaux. Communication, relation client, technologies, workflow, dématérialisation, génération de leads, la palette de mes compétences et de mes activités est large et c’est ce qui rend ce domaine si attractif.

Votre rencontre avec le digital?

En 2008, je travaillais en entreprise en tant que spécialiste communication marketing et j’ai collaboré avec le « département Internet » dans le cadre de notre site web. Dans le même temps, lors d’un lancement de produit, nous avons créé une nouvelle plateforme dédiée. J’ai adoré gérer ce projet et pour la première fois je me suis rendue compte du gap entre ce qu’on faisait et ce qui pouvait être fait.

Qu’est-ce qu’une femme digitale?

Une femme qui ne s’est pas laissée impressionner par un faux-semblant de « monde de geek » plutôt masculin. Une personne qui aimerait participer à la révolution digitale, en aidant les entrepreneurs à avancer vers ces nouvelles opportunités. Je pense que les aspects relationnels des réseaux sociaux notamment peuvent attirer les femmes et que très vite les questions de parcours digitaux et de solutions techniques deviendront passionnantes à maîtriser.

Le digital a-t-il un genre?

Non. Pour moi c’est une philosophie. Homme ou femme, soit on est en phase avec le monde digital, on voit les côtés positifs et on a envie de s’y engouffrer, soit on reste sur la retenue voire on refuse de suivre le mouvement.

La Suisse un pays digital?

En ce qui concerne la communication, j’ai vécu la période durant laquelle les annonceurs ne croyaient pas au digital. Les investissements étaient ridicules dans le mix-media. Puis celle où les Google Adwords étaient devenu une quasi obligation. Aujourd’hui, c’est l’avènement des réseaux sociaux qui sont devenus de vrais rivaux pour Adwords en terme de résultats. A chaque fois, j’ai observé les coups de frein, parfois du rejet de la part des décisionnaires.

La Suisse est assez schizophrène au fond. Nous avons d’un côté l’EPFL et nombre de start-ups qui mènent la marche de la transformation digitale à tous les niveaux de la société, et de l’autre des entreprises qui peinent à changer leur organisation interne d’une part et leurs business modèles de l’autre. Dans les grandes structures, je constate également une inadéquation entre les processus en place, les mentalités parfois protectionnistes et les ambitions de digitalisation. Il reste des efforts de formation et d’adaptabilité à fournir je pense pour nos entreprises suisses.

Giselle Rufer-Delance, une baby-boomeuse à l’heure du digital

Présentez-vous en quelques mots…

Comme toutes les femmes je suis multiple et quelques mots ne suffiront pas, alors je dis l’essentiel : J’aime la vie, j’aime rire et rencontrer des gens de toutes sortes. J’ai besoin de créer, que ce soit un repas, un bouquet, une montre. J’ai besoin d’apprendre encore et toujours et d’explorer toutes les facettes de la vie. 

Quel a été votre parcours professionnel ?

Un parcours typiquement féminin comme bien de femmes de la génération 68. Je me suis adaptée aux circonstances de la vie. Fille aînée, j’ai secondé ma mère dans son commerce où j’ai fait un diplôme de commerce, à 26 ans tout en ayant mis deux enfants au monde j’ai passé une maturité fédérale scientifique, puis un brevet d’enseignement secondaire. A 36 ans j’ai repris des études en informatique de gestion à l’école d’ingénieurs de Bienne. Première et seule femme, j’y ai obtenu mon diplôme en 1986, à quarante ans. Après 10 ans dans l’horlogerie, en 1996, j’ai créé mon entreprise, DELANCE, une montre symbole de l’énergie créative des femmes dans tous les domaines.

Votre rencontre avec le digital ?

Lorsque j’ai décidé, à 23 ans, de reprendre des études pour obtenir une maturité fédérale, avec deux enfants petits, j’ai cherché comment m’y prendre. Mon mari était ingénieur de recherche à l’EPFL et au début des années 70, on parlait d’une révolution qui allait se produire dans la communication. Mais il n’y avait, à l’époque, que la possibilité de le faire par correspondance ou de suivre les cours du soir. Nous vivions à Lausanne et par chance il y avait le gymnase du soir, je m’y suis inscrite. Quand nous avons déménagé à Bienne, j’ai dû me débrouiller toute seule pour terminer la dernière année. C’est alors que j’ai décidé qu’un jour de créerai un système d’apprentissage à distance pour les personnes qui ne peuvent pas se déplacer ou qui habitent dans des endroits isolés. J’entendais parler des progrès de l’informatique et lorsque l’école d’ingénieur de Bienne a ouvert une formation spécialisée en informatique, je m’y suis inscrite. J’étais tombée dans le chaudron !

Lorsque l’idée de créer une entreprise à germée, j’ai tout de suite pensé à faire la promotion sur le web. En 1996, DELANCE y avait un des premiers sites horlogers. Et c’est tout naturellement que le reste a suivi et que je suis devenue très active sur les réseaux sociaux.

 

Qu’est-ce qu’une « femme digitale » pour vous ?

C’est une femme qui a le monde au bout des doigts. Ses dix doigts tapent agilement et instinctivement sur un clavier et la connecte avec toutes les femmes de la planète. Elle a l’esprit interconnecté et d’une grande agilité.

Le digital a-t-il, selon vous, un genre ?

Le digital c’est le tam-tam des temps nouveaux, chacun et chacune en joue à sa façon. Tout comme chaque femme doit inventer sa propre manière d’être femme, chaque personne invente sa manière de communiquer, féminine ou masculine. 

La Suisse, un pays digital ?

Dans notre pays, nous avons presque toutes et tous un ordinateur ou un moyen de nous connecter donc je pourrais dire oui. Pourtant être digital c’est plus que de posséder un accès au web, c’est une mutation de la communication et les mutations demandent du temps pour pénétrer jusqu’aux niveaux les plus profonds. Nous sommes dans une phase transitoire que j’appellerais la digitalisation. A nous de savoir effectuer cette mutation sans nous amputer de tout ce qui donne accès au bonheur et à la joie du réel partage, de la vraie communication.

Pour en savoir plus sur Giselle Rufer-Delance

Julia Borkenhagen, l’UX dans la peau

Présentez-vous en quelques mots

Co-fondatrice de Whitespace, une agence d’expérience utilisateur (UX) basée à Genève.

 

Quel a été votre parcours professionnel ?

Des études de sciences politiques et communication à Munich, Paris et Londres à la base, puis l’arrivée à San Francisco au moment du premier boom de l’internet. Cela a tout changé pour moi et je me suis vite passionnée pour le monde digital. D’abord en travaillant pour l’agence Digitas, et ensuite pour une start-up spécialisée dans la gestion de projet.

De retour à Genève, j’ai rejoint blue-infinity, où j’ai monté leur practice d’expérience utilisateur. Après un passage aux Nations Unis, j’ai co-fondé Whitespace afin d’aider nos clients internationaux et locaux à créer des solutions digitales adaptées aux besoins des utilisateurs.

 

Votre rencontre avec le digital ?

Dans ma jeunesse, j’ai suivi un cours de programmation en « Pascal » au lycée, et je me rappelle d’avoir composer des mélodies et créer des loops sur un Macintosh 128K. Mais ce sont surtout les années passés dans la Silicon Valley qui ont été formatrices pour moi. J’ai vu et vécu l’ascension et la décente vertigineuse du premier dot.com boom et cela m’a appris que tout est possible, mais rien n’est jamais acquis !

 

Qu’est-ce qu’une « femme digitale » pour vous ?

C’est une femme curieuse, qui n’a pas peur des nouvelles technologies et qui s’en sert pour optimiser sa vie. Ça peut être la bloggeuse de mode, une développeuse à un hackathon, une mère qui fait ses courses en ligne ou une grand-mère qui adore voir les photos de ses petits-enfants sur sa tablette. Cela dit, je pense que les mêmes caractéristiques s’appliquent aussi aux hommes digitaux !

 

Le digital a-t-il, selon vous, un genre ?

Les professions digitales comme le développement ou le support informatique sont encore fortement dominées par les hommes. Par contre, les métiers traditionnellement plus féminins, comme les Relations Humaines, le Marketing ou l’Éducation, demande des compétences de plus en plus pointues dans le domaine digital. Du coup, je vois le digital comme un élément égalisant et donc du genre « neutre ».

 

Alors, la Suisse, un pays digital ?

Tranquillement ! Quand je suis rentrée en 2005 de Silicon Valley, j’avais l’impression de retourner quelques années en arrière, expliquant aux designers les avantages d’utiliser les CSS (style sheets) au lieu de hard-coder avec des « tables » à l’infini. L’approche centrée utilisateur n’était pas non plus largement connu.

Depuis, la Suisse a bien rattrapé le monde anglo-saxon et j’ai l’impression qu’ici, les choses se font peut-être un peu plus lentement mais de manière bien réfléchie et souvent innovante. Il y a une véritable culture de start-up en Suisse avec des incubateurs et des universités qui attirent du talent du monde entier.

Pour en savoir plus sur Julia Borkenhagen

Apprendre aux “petits suisses” à coder… vraiment?

Digital, ô digital… alors que s’agitent les géants du numérique autour d’enjeux allant de l’encodage d’informations sur des séquences ADN à l’implantation de puces destinées à augmenter nos capacités cérébrales et physiques, l’arrière-garde semble se concentrer sur des éléments anecdotiques au pays du chocolat et des montagnes (qui risque bien de s’y cantonner à nouveau si rien ne bouge…)!

Fans du solutionnisme, ceci est un message pour vous: de la même façon qu’en engageant un Y ou un Z dans l’entreprise, on règle le problème de sa transformation numérique (avec un titre de CDO, c’est encore mieux!), en apprenant aux enfants à coder dès l’école, on en fera l’élite planétaire de demain… Réjouissons-nous: notre Président qui milite pour le rire à l’international pourra reprendre sa bannière avec un plan destiné à nous permettre de rivaliser avec Palo Alto ou Tel-Aviv, à savoir, des enfants biberonnés à la programmation

Aaah, si c’était aussi simple, la culture numérique, ce serait évidemment bien moins compliqué. CQFD. Pourtant, au risque de faire redondance avec mon article paru sur Linkedin, je ne crois pas que l’atout principal de la Suisse, et assurément pas celui qui fera sa différence demain, réside dans la capacité de son école à formater une nouvelle génération, d’autant moins qu’elle a déjà prouvé être assez performante en la matière…

Au-delà de la capacité à coder, outil important, mais pas indispensable, il me semble que d’autres compétences pourraient se révéler fort utiles à l’avenir – elles le seraient aujourd’hui déjà, mais étant donné que nous parlons des générations futures… – indépendamment de l’aspect technique (tellement rassurant, mais si peu pertinent somme toute: d’autres pays fabriquent plus de techniciens que nous ne sommes d’habitants en Europe):

  • la capacité à s’exprimer en public ou à expliquer une idée, un projet devant une audience
  • la capacité à défendre son point de vue avec des arguments étayés
  • la capacité à analyser ce que l’on nous dit ou montre, et à forger son opinion propre
  • la capacité à développer des connexions entre des univers apparemment sans rapport immédiat
  • la capacité à formuler, par oral ou par écrit
  • la capacité à aller vers l’Autre, sans inhibition ou complexe
  • la capacité à poser une question, sans craindre d’être jugé
  • la capacité à garder l’esprit ouvert sur ce qui nous est étranger
  • la capacité, enfin, à se donner le droit d’échouer

Evidemment, il s’agit d’une liste non exhaustive, et que d’aucuns compléteront à leur guise, mais si nous pouvions éviter de tomber dans nos travers d’ingénieurs en imaginant que tout se réglera demain par la maîtrise de la machine alors que ceux à qui nous voulons ressembler ont déjà compris que l’avenir est à la maîtrise des applications, ce serait bien…

Comme le disait le grand Clint: le monde se divise en deux catégories de personnes, ceux qui ont un pistolet chargé et ceux qui creusent.

Ce serait dommage que la Suisse se résume à former ceux qui tiennent une pelle.

Alexandra Marcoin-Karacsonyi, digital globe-trotteuse

Présentez-vous en quelques mots…

Professionnelle de la stratégie et du marketing stratégique, au profil très international, j’ai posé mes valises en Suisse il y a bientôt 9 ans. Fondatrice et Directrice d’Elixir Consulting, mon portefeuille d’activités professionnelles reflète ma curiosité intellectuelle et mon adaptabilité : consultante, coach, mentor, professeur, présidente d’association. Le prochain défi professionnel que je me suis fixé est de devenir membre d’un Conseil d’Administration.

 

Quel a été votre parcours professionnel?

Après un Master of Sciences in Management à l‘ESSEC près de Paris, j’ai commencé ma carrière en conseil en stratégie chez Bain & Company. En 2000, je suis partie aux USA faire un MBA à l’Université de Stanford, et ai enchaîné sur des postes en stratégie et en marketing chez PepsiCo, L’Oréal, PayPal, Migros-Leshop. En 2015, j’ai créé Elixir Consulting pour conseiller les startups et les PMEs de Suisse Romande en stratégie et en marketing stratégique.

En parallèle, j’ai souhaité transmettre mon savoir. J’enseigne ainsi le Marketing Digital et la Stratégie d’Entreprise aux étudiants de Bachelor de l’IFM (Institute of Finance and Management) à Genève, et interviens au sein du programme en ligne « LEAD : Corporate Innovation » de Stanford University, notamment en design thinking.

 

Votre rencontre avec le digital ?

A mon arrivée sur le campus de Stanford University en 2000, la bulle internet n’avait pas encore éclaté. Ces deux ans de Master, passés au sein de l’une des universités les plus innovantes au monde, au cœur de la Silicon Valley, m’ont profondément marquée et m’ont donné envie de regarder constamment vers l’avenir.

 

Qu’est-ce qu’une « femme digitale » pour vous ?

Une femme qui a su émerger dans un secteur encore majoritairement masculin. C’est un vrai challenge sociétal que de faire évoluer les mentalités, tant au niveau des formations que des opportunités d’emploi et de promotion.

 

Le digital a-t-il, selon vous, un genre ?

Non – aucun secteur n’a de genre per se, c’est uniquement la représentation que la société s’en fait. En tant que Présidente de PWN Geneva-Lausanne, qui est la 27ème branche de PWN Global, j’essaie chaque jour de faire en sorte que ces clivages de genre soient de moins en moins présents en Suisse Romande.

 

La Suisse, un pays digital ?

Une des forces de la Suisse réside dans sa très forte capacité à générer des innovations hautement technologiques, issues de la R&D. Cette force amène en contrepartie une semi-faiblesse en terme de digital, et notamment de stratégie de marketing digital : certains des entrepreneurs que je conseille ont parfois l’impression que l’excellence de leur service ou de leur produit se suffira à elle-même pour attirer les clients. Continuer à communiquer et à éduquer sur l’importance du digital, que ce soit au niveau du marketing ou du business model, est capital.

Pour en savoir plus sur Alexandra Marcoin-Karacsonyi ou les services d’Elixir Consulting.

Héloïse Le Men: digital un jour, digital toujours!

Présentez-vous en quelques mots…

Héloïse, Marketing Manager chez Graphax SA et mère de deux enfants qui me comblent de bonheur… J’ai l’impression de vivre la vie à 100 à l’heure! Même si je suis orientée “digital”, je ressens le besoin de faire la part des choses pour ne pas me sentir trop dépendante de la technologie. Curieuse, à l’écoute et engagée, j’aime beaucoup l’idée d’agir en faveur des prochaines générations ! Notre comportement à l’égard du numérique ou de la place des femmes sur le marché du travail conditionne aussi les futures générations.

 

Quel a été votre parcours professionnel?

J’ai débuté directement dans une agence Webmarketing où j’ai tout appris par moi même, sur le tas! Travailler sur de multiples projets en simultané et répondre à des besoins clients très différents et donc proposer des plans média puis gérer les campagnes opérationnelles sur les divers canaux Web fut une bonne école.

Avec mon profil généraliste, ce que j’aime, c’est répondre aux problématiques Marketing globales des entreprises; c’est pourquoi j’ai souhaité intégrer le Swatch Group pour avoir un  bagage sur les médias traditionnels également.
Plus récemment, j’ai été Community Manager chez Romande Energie où j’ai fait de belles rencontres professionnelles et pu vivre une transformation digitale.

Actuellement, chez Graphax SA je suis la référente Marketing pour la Romandie sur les média traditionnels et digitaux: il y a beaucoup à faire car il s’agit d’une création de poste, ce qui est passionnant! Convaincre en interne prend du temps,mais j’ai bon espoir que l’arrivée prochaine de notre nouveau site web accélère le changement!

 

Votre rencontre avec le digital ?

Ma rencontre avec le digital date de mes première années d’étudiante en 2000, et les publicités étaient très intrusives. Quelques années plus tard, lorsque j’ai terminé mes études et cherché un emploi, soit en 2006, les formats et contenus publicitaires étaient déjà plus attrayants, ce qui m’a poussé à accepter un poste dans une start-up.

 

Qu’est-ce qu’une « femme digitale » pour vous ?

Une femme comme une autre mais qui a peut être plus de chance de rebondir professionnellement actuellement. Toutes les femmes que j’ai rencontrées dans ce domaine sont particulièrement sympathiques et compétentes!

 

Le digital a-t-il, selon vous, un genre ?

Non, pas du tout!

 

Alors, la Suisse, un pays digital ?…

Bien que la population Suisse soit particulièrement bien équipée en multiples devices (smart phones, tablettes etc…), seulement certaines grandes  entreprises ont déjà franchi le pas vers la transformation digitale… J’ai personnellement pu participer à la transformation de l’une d’entre elles, ce qui me permet d’y croire aussi pour les plus petites PME !

 

Pour en savoir plus sur Héloïse Le Men

 

Chloé Saas, un laboratoire d’idées en ébullition

Présentez-vous en quelques mots…

Fondatrice et directrice d’une fondation active dans la promotion de la santé et le développement durable, je suis également directrice de Kinitic SA qui a pour but l’étude, la conception, le développement, la fabrication et la commercialisation de solutions intégrées et technologiques. Créée en janvier 2016, cette start-up est une agence de créativité qui est la fois un laboratoire et une organisation qui met en œuvre et offre des solutions. Elle développe de outils digitaux permettant de réinventer la communication et d’offrir des outils d’échanges et d’informations globaux où la communauté entre l’utilisateur et le prescripteur est au centre. Il s’agit d’une approche sociologique et non conventionnelle qui me ressemble. Kinitic correspond à mon parcours et à mon expérience. Je ne viens pas du milieu de la technologie mais des sciences sociales et des politiques publiques: je n’ai pas 20 ans alors que je rêve de lancer ma start-up en baignant dans un écosystème qui l’encourage. Aujourd’hui, j’ai 38 ans, une expérience de plus de 14 ans dans la gestion de projet et la communication et ma start-up est le résultat logique de mon parcours personnel enrichi par différentes approches et surtout par les rencontres et échanges avec d’autres milieux.

 

Quel a été votre parcours professionnel?

Licenciée et diplômée en travail social et politiques sociales à l’université de Fribourg, j’ai commencé ma carrière professionnelle comme assistante mais j’ai décidé après une année de ne pas poursuivre une carrière académique, tout en poursuivant l’enseignement de manière épisodique. J’ai été engagée comme déléguée à la prévention et promotion de la santé dans le canton du Jura puis j’ai fondé la Fondation O2, centre de compétences en gestion de projets dans les domaines de la prévention, du développement durable et de la promotion de la santé que je dirige encore aujourd’hui. La création de cette fondation a permis de développer de nouvelles approches et d’augmenter sensiblement les investissements dans ces domaines. Je me suis toujours formée en parallèle à mon travail, car il est essentiel pour moi de mélanger les connaissances et l’expérience. J’ai ainsi obtenu un master en santé publique (Université de médecine sociale et préventive de Genève) et un diplôme en management et administration publique.

Femme de projets, je ressens toujours la nécessité de créer et de faire évoluer les choses. Ainsi, dans un souci de créativité et de bonne utilisation des ressources, la Fondation O2 a emménagé en janvier 2016 avec d’autres centres de compétences, de domaines très différents, dont Créapole, société soutenant l’innovation. Cette mutualisation a encouragé et encourage aujourd’hui nos différentes structures à être innovantes et surtout à ne pas travailler en silo, étant donné le mélange de compétences que nous avons réuni entre tous. C’est dans cette dynamique et cet espace créatif que la société Kinitic a vu le jour et que son projet phare SNUKR s’est développé.

 

Votre rencontre avec le digital ?

Ma première vraie rencontre était il y a 18 ans quand j’ai pu, depuis un café internet, téléphoner via Skype alors que j étais à l’autre bout du monde. On ne pouvait pas encore se voir, mais je trouvais déjà cela incroyable, les distances étaient raccourcies d’un seul coup, si facilement! Pour moi, le digital n’est pas une fin en soi, mais un moyen pour arriver à créer un univers; c’est dans ce sens qu’il est logique avec mon parcours car je l’utilise pour créer un univers dédié à la découverte et au partage de son style de vie, de ses intérêts et de son environnement. Kinitic signifie le mouvement et fait un clin d’œil aux TIC: c’est le nom parfait qui regroupe nos différentes valeurs et ce qu’on a voulu créer. Des racines et des ailes, un ancrage et un voyage, c’est ce que le digital nous permet, si on l’utilise bien !

 

Qu’est-ce qu’une « femme digitale » pour vous ?

C’est une femme qui utilise le digital comme un outil pour faire passer ses valeurs, ses idées, pour moi personnellement, je reprends le slogan de snukr : une fenêtre ouverte sur le monde…le digital me permet de raconter une histoire…et d’écouter celle des autres.

 

Le digital a-t- il, selon vous, un genre ?

Je pense que l’approche du genre dans le digital peut être une lunette très intéressante, comme dans tous les domaines. On y retrouve très certainement une approche différente selon le genre et comme dans tous les domaines professionnels, je suis certaine qu’on y retrouve des stéréotypes et des dynamiques semblables aux autres domaines, où la femme y a une place particulière. Malheureusement, encore aujourd’hui une femme cadre ou directrice reste une thématique en soi…

 

La Suisse, un pays digital ?

En Suisse nous avons la chance d’avoir un excellent réseau et de très bons accès ainsi qu’une excellente éducation et égalité des chances, donc certainement, la Suisse est un environnement favorable au digital.

 

Pour en savoir plus sur Chloé Saas

Anne-Paule Martin, l’atout numérique de la RTS

Présentez-vous en quelques mots…

Anne-Paule Martin, cheffe de l’Offre en ligne de la Radio Télévision Suisse

 

Quel a été votre parcours professionnel?

Une formation littéraire au départ, un passage dans le monde de l’art ensuite puis une plongée enthousiaste dans le numérique à la fin du XXe siècle à la RSR. Ma mission est alors de traduire les besoins numériques des radios.

Retour sur les bancs de l’école en 2009 lorsque je postule pour obtenir une place de stagiaire journaliste à la rédaction de l’actualité de la RSR. En 2010, passage par Berne, je live-tweet pendant une année certains débats du Parlement et participe à l’expérience Huis clos sur le Net (oui, “le loft des journalistes”).

Après un passage de deux ans chez Tamedia, comme rédactrice en chef adjointe du Matin et du Matin Dimanche en charge du numérique, je retrouve la RTS en 2013.

 

Votre rencontre avec le digital ?

Tous les jours!

Enfant, coup de foudre avec PacMan sur mon Commodore 64, dix ans plus tard, le format Real qui a permis de mettre la radio sur internet, les blogs dans la foulée, l’arrivée du premier iPhone et les réseaux sociaux quelques années plus tard.

 

Qu’est-ce qu’une « femme digitale » pour vous ?

Je suis mal à l’aise avec l’opposition des genres en général mais c’est certain que le numérique propose de nouvelles opportunités aux femmes en particulier.

 

Le digital a-t-il, selon vous, un genre ?

Non, il n’est qu’agilité et créativité.

 

La Suisse, un pays digital ?

Deux facteurs font de la Suisse un pays particulièrement digital selon moi: la prédominance des activités liées au secteur tertiaire et, dans un domaine différent, la belle qualité de médias disponibles dans notre pays.

 

Pour en savoir plus sur Anne-Paule Martin

Marie-Christine Müller, coordinatrice digitale à l’Etat de Fribourg

Présentez-vous en quelques mots…

Polyvalente, je m’adapte facilement. Ma curiosité aime les grands chantiers sur des sujets que je connais peu. Travailler en réseau afin que chacun amène sa pièce du puzzle est important à mes yeux.

 

Quel a été votre parcours professionnel?

Après une carrière dans l’information documentaire, je coordonne la communication digitale de l’Etat de Fribourg et participe à des projets de cyberadministration. Je suis aussi membre l’état-major cantonal de conduite en cas de catastrophe.

 

Votre rencontre avec le digital?

En 1995, lorsque j’ai catalogué le premier journal entièrement numérique de Suisse, qui s’appelait « XJournal », édité par l’ancêtre de Scout24. Puis en 1996,  sur le stand de la Bibliothèque nationale suisse, au Salon du livre de Genève, je faisais des démonstrations de sites web…

 

Qu’est-ce qu’une « femme digitale » pour vous?

Une femme qui pense et agit en réseaux, qui aime les nouveautés et se remet en question.

 

Le digital a-t-il, selon vous, un genre?

Non, même si les femmes sont peu présentes dans l’IT « traditionnelle ». Le digital n’est pas qu’une technique, c’est une attitude et une aptitude à mettre en relation. La mixité apporte plus d’innovation.

 

La Suisse, un pays digital ?

Pas encore, mais le changement est en marche. Les connaissances et les compétences sont là, mais les esprits sont plus lents. Quand les deux se rejoindront, la Suisse sera digitale.

 

Pour en savoir plus sur Marie-Christine Müller

#JamaisSansElles

Alors que le contenu est devenu roi, y compris dans nos contrées, que le contexte thématique tente de faire le lien avec les centres d’intérêts du business et que chaque institution, organisation, association, école, et autres collectivités y va de sa conférence ou de sa table ronde, les panels de messagers, eux, par contre, continuent de ressembler désespérément à ceux du siècle dernier…

90, voire 100% des intervenants, speakers, conférenciers issus de la gente masculine, et parmi celle-ci, on privilégie encore ceux nés avant les années 70 plutôt que la génération suivante… Vous me direz qu’avec des sujets aussi techniques que le numérique, l’intelligence artificielle, voire l’innovation de rupture ou la cybersécurité, des sujets de castes aussi segmentant que les Conseils d’administration, le leadership, l’innovation managériale ou l’usine 4.0, il paraît difficile de trouver des représentantes féminines “à la hauteur” de leurs congénères en terme d’expertise… Eh bien que nenni!

Je connais autant de femmes que d’hommes capables d’intervenir sur ces sujets, si les organisateurs/médias veulent bien se donner la peine de mettre à jour leur base de données d’experts et prendre en considération le fait qu’une conférence à 18 heures ne se marie pas forcément bien avec les horaires de repas des enfants, tout comme une émission en direct à 8h30 est plutôt incompatible avec le transbahutage à l’école du dernier-né.

Bien sûr, les choses changent: on voit désormais apparaître des événements typiquement féminins, mais qui ont l’inconvénient de faire fuir ces messieurs, un peu comme s’il fallait continuer de choisir entre les uns et les autres sans jamais pouvoir nous retrouver ensemble autour de la même table, tout comme dans nos vies privées, finalement. Quand l’un assiste à une conférence, l’autre garde les enfants et vice-versa…  Heureusement, il y a aussi des journalistes flexibles, qui sont prêts à accueillir votre progéniture le temps d’une interview dans leurs locaux, histoire de ne pas se priver de votre présence. Eh oui, c’est bien beau de dire “ça manque de femmes” d’un côté et de n’avoir rien à vous proposer quand vous demandez si l’option “garderie provisoire” est incluse dans la proposition!

Alors voilà, désormais, chaque fois que je vois passer un événement composé à quasi 100% d’hommes parmi les experts, j’interpelle l’organisateur; et si celui-ci me dit qu’il n’a trouvé personne, je me fais fort de lui donner des noms, histoire qu’il n’ait aucune autre excuse que son manque de curiosité pour proposer un panel monomaniaque.

Chez nos amis français, ils vont plus loin, comme souvent. Mais je dois avouer que de temps en temps, ça fait du bien dans un pays où on ne va sans doute parfois pas assez loin…

Une cinquantaine de décideurs et d’influenceurs hommes et femmes ont ainsi signé une initiative appelée #JamaisSansElles et qui invite à boycotter les manifestations exclusivement masculines dans la mise en lumière d’experts et d’expertises, et j’irais même au-delà: celles dans lesquelles les femmes ne sont là que pour parler de sujets dits “féminins”.

Pour ma part, j’ai définitivement décidé de ne plus assister à ce genre d’événements, et j’attends avec impatience le jour où on inversera les profils des intervenants/experts avec celui des hôtes et hôtesses lors des grands raouts de Suisse romande: ça donnera du boulot à tout le monde sans segmenter sur le physique ou l’âge dans un sens comme dans l’autre… A bon entendeur!